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Rising Through the Fray : quand le roller derby brise les frontières autochtones

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Sur une piste ovale, des corps se heurtent, accélèrent, chutent puis se relèvent. Le roller derby, sport de contact souvent perçu comme marginal et festif, prend une tout autre profondeur dans le documentaire Rising Through the Fray.

La réalisatrice kanien’kehá:ka (mohawk) Courtney Montour y suit Indigenous Rising, première équipe de roller derby de l’histoire à avoir concouru sans représenter un seul pays, mais réunissant des joueuses issues de plus de 30 nations autochtones à travers le monde.

L’étincelle, Courtney Montour s’en souvient précisément. En 2017, en feuilletant le journal de sa communauté à Kahnawà:ke, elle tombe sur ce titre annonçant qu’une équipe autochtone allait partir à la Coupe du monde. Ça m’a soufflée, raconte-t-elle en entrevue téléphonique. C’était historique, pour le sport comme pour nous collectivement.

Amatrice de longue date de roller derby à Montréal, où la discipline est solidement implantée, la cinéaste autochtone reconnaît d’emblée la force symbolique de cette équipe refusant les frontières. Les joueuses ont dit : "Nous ne voulons pas représenter un pays, mais célébrer nos nations".

Ce refus des cadres imposés irrigue l’ensemble du documentaire, qui mêle scènes de jeu à haute intensité et récits d’une grande intériorité.

Courtney Montour sourit.

La réalisatrice Courtney Montour est kanien’kehá:ka membre de la communauté de Kahnawà:ke.

Photo : Nish Média/7ième Écran

Loin de se limiter au seul spectacle des matchs, le film – dont le titre en anglais peut se traduire par s’élever dans la mêlée – s’attarde notamment aux trajectoires de trois joueuses : la Saulteaux Sour Cherry, la Cherokee Krispy, et Hawaiian Blaze, originaire de l'archipel du Pacifique (il est important de noter que la coutume exige que les joueuses de roller derby adoptent des surnoms). Des parcours marqués par le déplacement, la rupture avec la culture d’origine, puis la lente reconquête d’un sentiment d’appartenance.

Cette équipe, c’est d’abord une histoire de communauté. Même si ces récits sont très spécifiques, beaucoup de gens peuvent y reconnaître des fragments de leur propre quête identitaire, raconte Courtney Montour.

Des sportives, des femmes

La réalisatrice de 43 ans a pris le temps d’installer cette confiance auprès des joueuses. Avant même de sortir une caméra, elle rencontre chacune des membres de l’équipe en 2018, lors de la plus grande convention de roller derby au monde, à Las Vegas. C’était essentiel d’être ensemble sans filmer, de voir si elles avaient envie de partager leurs vies, leurs intimités, leurs moments de vulnérabilité.

Ce sont leurs histoires qui vont rester à l’écran. Cette approche patiente se ressent dans la douceur de certaines scènes, loin du vacarme des patins.

Une personne debout à l'intérieur d'une pièce.

Hawaiian Blaze apporte les derniers ajustements lors du vernissage de son œuvre de vitrail de plus de 500 pièces, inspirée par ses expériences avec Indigenous Rising.

Photo : Nish Média/7ième Écran

Sur la piste, pourtant, la dureté est bien réelle, mais jamais gratuite, assure la cinéaste. Le film montre comment cet espace devient un lieu de parenté et de lutte. Dès ma première rencontre avec l’équipe, j’ai compris que ça allait bien au-delà du sport. Dans les tournois, je cherchais surtout ces moments où elles se rassemblent, se parlent, partagent même des cérémonies.

La piste se transforme alors en véritable lieu de guérison collective. En s’affirmant comme équipe sans frontières, Indigenous Rising ouvre une brèche dans le monde du roller derby. Elles ont inspiré d’autres groupes, juifs, noirs, latinos, à se former à leur tour. Elles montrent que le sport peut évoluer, accueillir davantage de récits et de corps différents.

Plus que de défier la discipline, l’équipe l’élargit, l’oblige à regarder ce qu’elle laissait jusque-là en marge. Le roller derby devient ainsi un espace de visibilité, de solidarité et de sensibilisation aux enjeux qui traversent les communautés autochtones.

Présentée dans plusieurs festivals au Canada, l'œuvre a trouvé un écho particulier auprès des publics autochtones.

Les réactions m’ont profondément touchée, confie la cinéaste. Beaucoup de spectateurs, autochtones ou non, se reconnaissent dans cette recherche de soi, de sa place. C’est quelque chose de très universel aujourd’hui.

Alors que le film entame sa sortie en salles au Canada, Courney Montour espère que les spectateurs repartiront avec une image forte : celle d’une équipe de femmes puissantes, venues d’horizons différents, qui trouvent leur force les unes avec les autres.

Et peut-être aussi l’envie de découvrir le roller derby, ce sport si vibrant où l’on célèbre encore trop rarement les femmes autochtones, conclut la réalisatrice.

Le documentaire Rising Through the Fray sort le 29 janvier à Montréal, au Cinéma Beaubien, en présence des artisans du film.

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