Crédits rabotés, études interdites, purges dans les universités… Le retour au pouvoir de Donald Trump a laissé sous le choc la communauté scientifique. Et pourrait accélérer le déclin des États-Unis comme moteur de la recherche et de l’innovation mondiale, au profit de la Chine. 

Jean-Michel Lahire - Aujourd'hui à 17:29 | mis à jour aujourd'hui à 18:00 - Temps de lecture :

Le lancement de l’Observatoire spatial Nancy Grace Roman, dont la construction vient de s’achever, a été repoussé à 2027. Photo Nasa Le lancement de l’Observatoire spatial Nancy Grace Roman, dont la construction vient de s’achever, a été repoussé à 2027. Photo Nasa

C’est une des découvertes majeures de l’année 2025 : une équipe internationale pense avoir trouvé un trou noir primordial, objet dont Stephen Hawkins avait théorisé l’existence en 1971. Presque nu et d’une taille gigantesque (50 millions de masses solaires), QSO1 remonterait aux premiers instants de l’univers, une seconde après le Big Bang. Sa simple existence remet en cause toutes les certitudes sur l’histoire de l’univers : loin d’être leurs fossoyeurs, les trous noirs supermassifs pourraient en réalité avoir joué un rôle majeur dans la formation des galaxies.

Mais le trou noir, c’est aussi celui dans lequel menace de sombrer une partie de la recherche mondiale depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump. Coupes franches dans les budgets, scientifiques limogés, purges dans les programmes de recherche… Même la Nasa, fleuron de la science américaine, n’est pas épargnée : le budget (toujours pas adopté) que veut imposer l’administration Trump prévoit une baisse des crédits de près de 25 %, et de presque 50 % dans le domaine scientifique – priorité étant désormais mise sur la conquête de la Lune et de Mars.

Aux États-Unis, la science mise au pas

Ce sont des dizaines de missions spatiales qui sont menacées, à commencer par le retour des échantillons martiens collectés par le rover Perseverance, prévu en collaboration avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Et ce n’est que la partie la plus visible de l’iceberg. Des centaines de programmes ont été supprimées au sein des NIH (National Institutes of Health), fleuron de la recherche médicale américaine. L’expertise est rejetée, notamment sur la question vaccinale.

Sur les sciences sociales, accusées de promouvoir le “wokisme”, ainsi que sur les sciences du climat, c’est une chape de plomb qui s’est abattue. Les chercheurs du monde entier se sont précipités pour sauver des décennies de données essentielles à la compréhension du climat avant qu’elles ne disparaissent.

L’inexorable montée en puissance de la Chine

La “guerre à la science” lancée par l’administration Trump pourrait porter un coup fatal à la domination scientifique des États-Unis, au profit de la Chine. Selon une étude de l’Australian Strategic Policy Institute (Aspi), elle représente 42 % des publications scientifiques mondiales – le triple des États-Unis. Elle est désormais à la pointe de 90 % des technologies critiques, du cloud computing au nucléaire.

Pourquoi tant de haine ? À l’ère d’une “post-vérité” qui affirme que les croyances priment sur la réalité, la rigueur scientifique fait au mieux figure d’anomalie, au pire d’ennemi à abattre. Mais ce n’est qu’un des aspects de ce que certains chercheurs analysent comme un « sciento populisme » nourri du rejet des élites et des institutions.

S’il s’y exprime avec plus de force, le phénomène n’est pas circonscrit aux États-Unis. On le retrouve dans beaucoup de régimes illibéraux, et ce n’est pas la seule attaque dont la science fait l’objet. Sur fond de tensions géopolitiques croissantes, la science fait de plus en plus les frais d’arbitrages budgétaires privilégiant la rentabilité immédiate au long terme.

 « On ne peut pas commander une découverte comme on commande un repas. Si on coupe les fonds sous prétexte que les résultats ne sont pas rentables dans les six mois, on ne découvrira jamais le prochain ordinateur quantique ou le prochain vaccin », a récemment dénoncé le Nobel français Michel Devoret.

Selon l’Academic Freedom Index, la liberté académique a reculé de manière significative entre 2015 et 2025 dans 34 pays, dont plusieurs pays européens comme l’Allemagne, l’Autriche ou la Grèce.

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