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Rétablir un ancien lac pour s’adapter aux changements climatiques

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Après les récentes inondations à Abbotsford, en Colombie-Britannique, des chercheurs renouvellent leurs appels pour rétablir une partie de l’ancien lac Sumas. Une idée qui pourrait atténuer le risque croissant d’inondations dans la région. Mais la restauration des zones inondables soulève d’importants défis économiques, politiques et sociaux.

Sous une pluie battante, Kwilosintun (Murray Ned), membre de la Première Nation Semá:th, dont le territoire ancestral se trouve dans la région d’Abbotsford, en Colombie-Britannique, marche le long du dernier vestige d’un ancien lac. La rivière Sumas est tout ce qu’il reste de l’ancien lac Sumas, dit le directeur général de la Lower Fraser Fisheries Alliance.

th, devant la rivière Sumas.

Kwilosintun (Murray Ned), membre de la Première Nation Semá:th, debout près de la rivière Sumas avant qu'elle ne se jette dans le fleuve Fraser.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Des inondations à répétition

Mi-décembre, la région a été frappée par des inondations, ravivant le souvenir d’intempéries survenues quatre ans plus tôt.

En 2021, une rivière atmosphérique a causé plus de 450 millions $ de dommages en biens assurables en Colombie-Britannique. À Abbotsford, les eaux ont submergé de nombreuses fermes, révélant brièvement les marques du passé.

Deux bâtiments d'une ferme sont entourés d'eau à Abbotsford avec des montagnes en arrière-plan.

Une ferme est inondée dans la prairie Sumas en 2021. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ben Nelms

C’était à la fois tragique, à cause du chaos des inondations pour la population. Mais ça m’a permis de voir ce que nos ancêtres auraient vu, et de le contempler pendant un court moment, se souvient Kwilosintun.

Un ancien lac

Avant les années 1920, la prairie Sumas était recouverte par un lac. Cette plaine inondable avait une superficie qui pouvait varier de 36 à 105 km2, l’équivalent de près de 20 000 stades de football.

Une carte montrant le lac Sumas.

Une carte datant de 1876 montrant le lac Sumas à Abbotsford, en Colombie-Britannique.

Photo : British Columbia Department of Lands and Works

Afin d'augmenter l’espace disponible pour les terres agricoles, les autorités locales ont entrepris de drainer le lac. Le projet a profondément modifié l’environnement et déplacé les Semá:th.

Ça représentait tout pour nous. Quand ils l’ont drainé, nous avons perdu les ressources nécessaires pour subvenir à nos besoins, explique-t-il.

Repenser l’adaptation aux changements climatiques

Alors que les changements climatiques augmentent les risques d’inondation dans la vallée du Fraser, Kwilosintun pense que la restauration d’une partie du lac pourrait faire partie des solutions d’adaptation.

Je pense qu’on doit trouver une manière de s’harmoniser avec la nature, plutôt que de tenter de la défier, en construisant toujours des digues plus grandes et des stations de pompage plus puissantes, explique-t-il.

Kwilosintun et la professeure Tara Martin, de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC), ont publié en 2024 une étude (nouvelle fenêtre) (en anglais) dans le journal Frontiers of Conservation Science, dans lequel ils examinent la possibilité de restaurer le lac Sumas.

L’étude conclut que permettre au lac de revenir impliquerait une relocalisation à un coût d’environ un milliard de dollars pour le rachat des propriétés.

Une maison dont le terrain est recouvert d'eau.

Les inondations de mi-décembre 2025 à Abbotsford ont submergé des routes et des terres agricoles pendant plusieurs jours.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

À titre de comparaison, les projets proposés par la Ville d’Abbotsford, incluant de nouvelles digues, une station de pompage supplémentaire, dépassent les 2,4 milliards $, affirme Tara Martin, qui est aussi directrice de l'équipe chargée des décisions en matière de conservation à l'UBC.

Malgré ces chiffres, Tara Martin affirme que l’étude a été rapidement écartée par les autorités locales.

Il y a une grande confiance envers les solutions traditionnelles, le statu quo, plutôt que de chercher des approches différentes. Le défi, c’est qu’il n'y a aucune garantie que ces solutions traditionnelles fonctionnent, explique-t-elle.

Tara Martin, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique, à Abbotsford le 18 décembre 2025.

Tara Martin, professeure à l’Université de la Colombie-Britannique, s'est intéressée au retour du lac Sumas en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Dans un courriel, la Ville d’Abbotsford affirme privilégier les mesures de protection contre les inondations plutôt que l’option de remettre le territoire sous l’eau, car une telle approche impliquerait tous les ordres de gouvernement.

Une demande de fonds refusée

La Ville a indiqué avoir soumis en juillet 2023 une demande de financement de 1,6 milliard $ au Fonds d’atténuation et d’adaptation en matière de catastrophes (FAAC) pour la prévention des inondations. Ce plan inclut une nouvelle station de pompage et la modernisation des infrastructures.

En 2024, le gouvernement fédéral a rejeté cette proposition. Ottawa a répondu par courriel que depuis son lancement, le FAAC a reçu des centaines de demandes provenant de partout au pays. Celles-ci ont dépassé les fonds disponibles.

Des sables de sable pour freiner des inondations à Abbotsford, en Colombie-Britannique, le 18 décembre 2025.

La région de Sumas est vulnérable à la crue des eaux et aux inondations.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Kwilosintun aimerait que le gouvernement fédéral soit davantage présent dans les efforts d’adaptation de la Ville. Nous avons besoin que le gouvernement fédéral s'implique davantage au niveau opérationnel, et ne se contente pas d'envoyer des fonds. Nous avons besoin qu'il participe au processus en tant que décideur.

Les auteurs de l'étude reconnaissent l'exigence d'analyses complémentaires. Par exemple, l'impact financier sur les terres agricoles et des coûts liés à la remise en état du lac demeurent non quantifiés.

L’agriculture reste un pilier essentiel de l’économie régionale, une réalité que Kwilosintun ne minimise pas.

On ne veut pas voir les gens être déplacés. Mais en même temps, on veut retrouver un certain équilibre avec l’écosystème, avec l’esprit du lac.

Pour les Semá:th, le lac n’a jamais vraiment disparu.

Je pense que ça a toujours été un lac. Et je crois qu’il le redeviendra, d’ici la fin du siècle, d’une façon ou d’une autre, dit-il.

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