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Le rapport sur l’avenir d’Énergie NB le confirme, les tarifs d’électricité devraient continuer d’augmenter au Nouveau-Brunswick. Les experts font 50 recommandations pour améliorer la situation de la société d’État, sans viser la privatisation. Le modèle de gouvernance doit être revu, les provinces maritimes doivent mieux collaborer, et la centrale nucléaire de Pointe Lepreau doit être dissociée des autres actifs d'Énergie NB.
Il y a près d’un an, Fredericton annonçait une révision indépendante d’Énergie NB. La première ministre, Susan Holt, indiquait que le statu quo n’était plus possible et que toutes les options concernant son avenir étaient sur la table.
La province avait choisi trois responsables pour mener cet examen, soit Michael Bernstein, spécialiste dans l’infrastructure énergétique et les investissements, Anne Bertrand, avocate et ancienne membre du conseil d’administration d’Énergie NB et Duncan Hawthorne, expert en services publics et énergie.

Les experts chargés de la révision d'Énergie NB ont présenté leur rapport lundi à Fredericton. De gauche à droite : Anne Bertrand, Duncan Hawthorne et Michael Bernstein.
Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano
Ceux-ci ont présenté leur rapport lundi à Fredericton.
50 recommandations
Les Néo-Brunswickois ont connu plusieurs augmentations des tarifs d’électricité dans les dernières années. Les experts du rapport s’entendent pour dire que ceux-ci devraient continuer d’augmenter en raison du niveau d’endettement élevé et des actifs vieillissants d’Énergie NB.
Pour améliorer la situation, ils font état de 50 recommandations liées à la gouvernance, à la compétitivité industrielle, à la collaboration régionale et à l’avenir de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau, entre autres.
Pas de vente d’Énergie NB
Les experts jugent qu’une privatisation ou une vente à court terme des actifs principaux d’Énergie NB n’est pas souhaitable. Ils croient que, si la province met en œuvre ses recommandations, elle pourrait éviter ce scénario.
Ce n'était qu’une des approches qu’on a considérées, mais d’après nous, ce n’est pas une approche pour le moment, il faut stabiliser le système public, explique Anne Bertrand.
Pour Duncan Hawthorne, il s’agit plutôt d’une question de priorités et le prix n’en vaut pas la chandelle, dû aux problèmes auxquels fait face la société d’État. Le prix ne serait pas acceptable pour les gens du Nouveau-Brunswick pour la valeur de l’actif, dit-il.
Toutefois, Énergie NB doit continuer à établir des partenariats et des alliances pour lui fournir une combinaison d’expertise, de capital, de rapidité et de compétences. Elle doit faire preuve de flexibilité pour réagir aux occasions de vente d’actifs, si cela est bénéfique pour les consommateurs, mentionne le rapport.
L’acquisition par le secteur privé de nouvelles centrales éoliennes, solaires, à batteries et au gaz est un bon moyen d’accéder à des ressources, à une expertise et à des capitaux supplémentaires, cite en exemple le rapport.
Revoir la gouvernance
Les experts recommandent donc que Fredericton élabore une politique énergétique claire et laisse la société d’État mener ses activités sans ingérence.
Ils recommandent la modernisation de la Loi sur l’électricité et l’adoption de mesures législatives pour préciser le rôle du conseil d’administration d’Énergie NB, entre autres. L’idée est que le gouvernement serait toujours le propriétaire du service public, mais capable d’opérer avec transparence et d’atteindre l’excellence opérationnelle.

Les trois experts ont mené des consultations publiques en personne et virtuelles à l'automne 2025. Nous les voyons ici lors d'une séance à Caraquet en octobre dernier.
Photo : Radio-Canada / Réal Fradette
Par exemple, les experts sont d’avis que la société d’État ne devrait pas être responsable de diriger des activités de développement économique et que le gouvernement doit faire un examen complet de la Commission de l'énergie et des services publics.
Miser sur le nucléaire, dissocier Point Lepreau
L'énergie nucléaire est une catégorie à elle seule, affirme Duncan Hawthorne. Il explique que la centrale nucléaire est soumise à des règlements distincts et fonctionne comme un actif à coût fixe élevé de base. La situation actuelle n’est donc pas l’idéal et les experts recommandent de la dissocier des autres actifs d’Énergie NB.

La centrale nucléaire de Point Lepreau est située près de Saint-Jean. (Photo d'archives)
Photo : MARKHEMMINGS.COM
Ainsi, une nouvelle entité pourrait être créée qui aurait son propre modèle de gouvernance. La relation entre celle-ci et Énergie NB pourrait prendre la forme d’un accord commercial d'achat d’énergie, précise le rapport. Les experts ne se prononcent pas à savoir si cette nouvelle entité serait privée ou publique.
De plus, la construction d’une autre centrale nucléaire de grande envergure et à technologie éprouvée est suggérée, qui serait voisine de la centrale nucléaire actuelle. Cette nouvelle centrale pourrait répondre à la demande d’énergie lors des mises en arrêt de la centrale de Point Lepreau.
Malgré les défis entourant la réfection de la centrale nucléaire, les experts disent reconnaître les avantages d’un tel actif nucléaire dans le portefeuille énergétique de la province, en partie au niveau de la demande en électricité et de l’engouement pour les sources d’énergie sans émissions.
Une meilleure collaboration régionale
Comme le soulignent les experts, le réseau électrique de la province est relié par des interconnexions avec l’Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Québec et le Maine.
Ils croient qu’il existe une réelle occasion d’étendre la coopération et l’intégration régionale des réseaux, surtout dans le contexte des discussions entourant les grands projets nationaux par le gouvernement fédéral.

Les experts recommandent une meilleure intégration des réseaux d'électricité existants dans les Maritimes. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
La région pourrait bénéficier d’un exploitant de réseau indépendant dans les Maritimes, qui augmenterait l’efficacité des réseaux électriques d’Énergie NB, Maritime Electric, à l’Île-du-Prince-Édouard, et Nova Scotia Power, en Nouvelle-Écosse.
Le fait d’avoir trois entités pour la population des Maritimes est terriblement inefficace, dit Anne Bertrand. Une régionalisation des services aurait un impact positif sur le coût de l’électricité, dit-elle, en évitant toutefois de parler de fusion des fournisseurs d’électricité.
C’est plutôt une intégration profonde, versus une fusion complète.
Anne Bertrand espère que le gouvernement Holt acceptera de mettre en œuvre les recommandations du rapport.
Ce rapport bouscule le statu quo. Si ce rapport n'y parvient pas, nous ne savons pas ce qui le fera.
C’est une approche globale, ce sont des recommandations qui doivent être mises en place immédiatement.
Énergie NB et le gouvernement réagissent
Dans une déclaration, la présidente-directrice générale d'Énergie NB, Lori Clark, a indiqué que la société d'État sait que les Néo-Brunswickois s'inquiètent pour son avenir et qu'ils sont au cœur de leurs décisions.
Comme le souligne le rapport, les défis auxquels Énergie NB est confrontée se sont accumulés au fil des décennies, et nous devons planifier l’avenir avec soin. En tant qu’entreprise de services publics, nous nous engageons à mettre en œuvre les changements nécessaires tout en continuant à fournir un approvisionnement électrique sûr et fiable, à nous tourner vers des sources d’énergie plus propres, à maintenir des tarifs aussi bas que possible et à renforcer notre situation financière globale.

Lori Clark, PDG d'Énergie NB. (Photo d'archives)
Photo : Brice McVicar
Nous allons prendre le temps d'examiner le rapport dans son intégralité avant de formuler notre réponse. Nous collaborerons avec l'actionnaire et la direction afin de donner suite sans délai aux recommandations du rapport, ajoute le président du conseil d'administration, Andrew MacGillivray.

Le ministre de l'Énergie du Nouveau-Brunswick, René Legacy. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Stephen MacGillivray
Pour sa part, le ministre de l'Énergie, René Legacy, se dit heureux de finalement avoir reçu le rapport, après presque un an.
Je veux que les gens du Nouveau-Brunswick comprennent que, même s’il n’existe pas de solution simple, notre gouvernement est déterminé à tenir compte de ce rapport et à prendre les décisions audacieuses qui s’imposent, peut-on lire dans une déclaration dans laquelle il réagit au rapport final.
Nous sommes déterminés à présenter nos prochaines étapes d’ici la fin du mois de mai, affirme-t-il.


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