
Les affirmations selon lesquelles un groupe soutenu par l’Iran mènerait des attaques dans des villes européennes soulèvent des questions quant à savoir pourquoi ils ne ciblent pas les pays directement impliqués dans la guerre israélo-américaine, et pourquoi ils semblent communiquer comme des Israéliens.
Curieusement, les suspects arrêtés dans le cadre de ces attaques ont été libérés sous caution.
Un spectre hante l’Europe : celui d’Ashab al-Yamin. Officiellement connu sous le nom de “Harakat Ashab al-Yamin al-Islamia” (HAYI), ou “Mouvement islamique des compagnons de droite”, ce groupe est apparu mystérieusement début mars et, selon les médias grand public, il envahit le continent.
Mais un examen plus approfondi de cette organisation terroriste prétendument soutenue par l’Iran suggère qu’elle n’existe sous aucune forme concrète, et qu’elle pourrait être une invention des services de renseignement israéliens.
Bien que ce nébuleux HAYI a revendiqué l’incendie d’ambulances appartenant à une organisation communautaire juive à Londres le 23 mars, deux suspects de l’attaque ont été libérés sous caution et ne sont inculpés d’aucun crime lié au terrorisme. De plus, la police métropolitaine de Londres a jusqu’à présent refusé de divulguer les noms de ces hommes, soulevant des questions quant à leur identité. Étaient-ils seulement musulmans ?
La première mention publique de HAYI en Occident remonte au 9 mars, lorsque cette organisation jusque-là inexistante a diffusé une vidéo montrant un engin explosif se déclenchant devant une synagogue à Liège, en Belgique, accompagnée d’un communiqué revendiquant l’attaque. En quelques heures, le groupe a été identifié par le “SITE Intelligence Group”,une société de renseignement privée dirigée par des Israéliens et fondée au lendemain du 11 septembre pour tirer profit de la toute nouvelle “guerre mondiale contre le terrorisme”.
Les documents publiés par HAYI ont été rapidement diffusés sur les réseaux sociaux par Joe Truzman, qui se qualifie d’“analyste de recherche senior chargé d’étudier les groupes armés palestiniens et les organisations mandataires iraniennes” à la Foundation for the Defense of Democracies (FDD), un think tank néoconservateur basé à Washington et fondé en 2001 avec pour objectif déclaré de travailler à “améliorer l’image d’Israël”. Comme l’a signalé The Grayzone, la Maison Blanche de Trump a plagié mot pour mot un document de la FDD pour justifier publiquement son attaque contre l’Iran.
Bien que Truzman ait refusé de préciser d’où il tient ces documents, il a écrit que “des chaînes Telegram liées à l’Axe de la Résistance… ont largement diffusé ces publications”, faisant référence à diverses factions de résistance sympathisantes de l’Iran et de la Palestine dans l’ensemble du Grand Moyen-Orient. Le groupe auquel il faisait référence, une chaîne Telegram populaire appelée Sabereen News, a clairement indiqué republier la vidéo qu’il attribue à un groupe se faisant appeler “les compagnons”.
Presque immédiatement, Truzman a commencé à affirmer que ces “compagnons” seraient à coup sûr une façade liée à Téhéran. Pour commencer, a-t-il déclaré aux médias britanniques,
“leur logo avec ce slogan est le signe d’une organisation de façade iranienne classique”.
L’Iran aurait déjà menacé de mener une telle vague d’attaques, a affirmé Truzman. Après tout, a-t-il écrit,
“le 8 mars, Majid Takht-Ravanchi, vice-ministre iranien des Affaires étrangères, a averti que tout pays européen se joignant aux États-Unis et à Israël dans la guerre actuelle contre la République islamique serait une cible “légitime” pour des représailles iraniennes”.
Au cours des deux semaines suivantes, ce groupe obscur a revendiqué l’incendie d’un véhicule dans un quartier juif d’Anvers, l’incendie criminel d’une synagogue à Rotterdam, des explosions près d’une école juive et d’un immeuble de bureaux financiers à Amsterdam, des attentats à la bombe incendiaire contre des ambulances réservées aux Juifs à Londres, ainsi qu’une attaque non précisée en Grèce.
À ce jour, le seul média à avoir interviewé un membre de HAYI est CBS News, récemment racheté par David Ellison, le milliardaire ultra-sioniste fils du plus grand donateur individuel de l’armée israélienne, Larry Ellison, qui se trouve être un ami proche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Bari Weiss, la rédactrice en chef mise en place par Ellison à CBS, se décrit elle-même comme une “fervente sioniste”.
Avec un timing parfait pour déclencher une nouvelle vague de mise en scène sécuritaire et d’hystérie autour de la montée de l’antisémitisme et de l’infiltration iranienne, les agents israéliens se sont emparés du récit selon lequel une cellule dormante transcontinentale du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) aurait été lâchée sur le Vieux Continent. Yossi Kuperwasser, l’ancien chef de la division de recherche du renseignement de l’armée israélienne, a été cité dans un média britannique confirmant que l’Iran
“dispose de cellules dormantes qui pourraient tenter de mener des attaques terroristes”. Il a ajouté : “ils s’emploient probablement à les réveiller en ce moment même”.
Pour ceux dont l’esprit critique est encore intact, cette étrange vague d’attaques a fait tinter la sonnette d’alarme – et de vifs soupçons d’opérations sous faux drapeaux.
Parmi les aspects les plus étranges des attaques prétendument menées par HAYI figurent les cibles. Les pays où les attaques ont eu lieu ne correspondent pas à ceux que l’Iran serait susceptible de choisir pour exercer des représailles.
La Belgique, deuxième pays le plus visé, a explicitement et à plusieurs reprises exclu de se joindre à la guerre américano-israélienne, qu’elle qualifie de contraire au droit international. La plupart de ces étranges explosions se sont concentrées aux Pays-Bas, qui ont envoyé une seule frégate en Méditerranée orientale. Cependant, leur implication est insignifiante par rapport à celle d’un pays comme la France, qui n’a pas été frappée une seule fois par HAYI malgré l’envoi d’un porte-avions et de plusieurs autres ressources militaires.
Des frappes de l’Iran contre ces pays n’auraient donc guère d’intérêt politique. Après tout, si les assaillants espéraient dissuader les États de s’impliquer davantage dans la guerre, ils se concentreraient probablement sur les principaux participants européens, tels que la France, la Grande-Bretagne et l’Italie. Or, un seul de ces pays a subi une attaque présumée de HAYI, et ce, une seule fois.
Les mesures prises par diverses autorités de police européennes ne correspondent pas non plus aux détails des crimes présumés. Après l’attaque contre les ambulances de l’organisation caritative juive Hatzalah à Londres le 23 mars, les auteurs sont simplement été libérés sous caution par la police, preuve d’une indulgence pour le moins étonnante vis-à-vis d’un espion iranien présumé. Pour Hatzalah, cet incident s’est avéré être une bénédiction déguisée. Le gouvernement britannique s’est depuis engagé à remplacer gratuitement leurs ambulances endommagées par quatre véhicules flambant neufs, et l’organisation a déjà profité de la situation pour récolter plus de 2 millions de livres sterling de dons.
Au moment de la publication, la police métropolitaine de Londres n’avait toujours pas divulgué les noms des deux suspects de l’attaque, et la presse britannique semble avoir tourné la page sur cet incident.
Le soir même de l’attaque contre l’ambulance à Londres, deux mineurs ont été arrêtés pour avoir incendié une voiture à Anvers, en Belgique. Bien que le crime ait eu lieu dans un quartier juif, la victime serait une femme marocaine nommée Fatia. Son véhicule, a-t-elle déclaré à un média belge, a été la cible d’un vol par des vandales qui convoitaient les bijoux qu’elle gardait dans la voiture.
“Peu importe qu’ils aient réellement pris pour cible des Juifs”, a-t-elle déclaré.
This crime is being attributed to the same mysterious « Iran-backed terror group » that torched ambulances in London
However, the victim of the attack was a Moroccan woman named Fatia who says her car was robbed of jewelry, and calls the underage suspects « vandals »
From HLN: https://t.co/kFpgLNMVp9 pic.twitter.com/GoQeLMqCuF
— Max Blumenthal (@MaxBlumenthal) March 25, 2026
Pour de nombreux experts, les messages écrits de HAYI ont également soulevé de sérieuses questions. Comme l’a déclaré à un média national un professeur néerlandais spécialisé dans les groupes militants chiites transnationaux :
“Ce groupe ne peut manifestement pas lire ou écrire l’arabe couramment comme un locuteur natif, et je ne le considère donc pas comme une cellule dormante radicalisée sérieusement organisée”.
Dans les documents du groupe, le logo change considérablement d’un message à l’autre, suggérant fortement qu’ils ont été créés à la hâte à l’aide de l’IA. Les communiqués contiennent également un langage très discutable, à commencer par une déclaration du 20 mars faisant référence à la “nation d’Israël”. Le message publié quelques jours plus tard revendiquant l’incendie d’ambulances à Londres, faisait référence à quatre reprises, en anglais et en arabe, à “Israël” ou à “la Terre d’Israël”. La traduction en hébreu de cette déclaration soulève encore plus de questions, car elle qualifie l’installation d’un rabbin dans le pays de “faire son aliyah vers la Terre d’Israël” – une expression employée presque exclusivement par les sionistes.
It is worthy of note that the group which is claiming responsibility for the burning of ambulances last night refers to Palestine as “the land of Israel.”
It does so in both English and Arabic, which is particularly unusual. pic.twitter.com/erQ47E742p
— Lowkey (@Lowkey0nline) March 23, 2026
Les émissions officielles iraniennes, comme celles de pratiquement tous les groupes de résistance islamique de la planète, s’abstiennent généralement d’utiliser un tel langage, qu’elles considèrent comme légitimant l’État d’apartheid, et elles ont tendance à préférer des termes comme “régime sioniste” et “Palestine occupée”. Le langage utilisé dans le communiqué par le groupe supposé lié à l’Iran est bien plus caractéristique des schémas de discours israéliens.
Il existe bien sûr une autre explication à l’intention de mener une série d’attentats à la bombe de faible ampleur et relativement inoffensifs contre des sites juifs. La même stratégie aurait été employée par des espions sionistes en Irak au début des années 1950, juste après la création d’Israël, lorsque au moins cinq attentats visant des lieux juifs ont été perpétrés. L’historien israélien Avi Shlaim a par la suite découvert de nombreuses preuves indiquant que les services de renseignement israéliens avaient perpétré la majorité de ces attaques dans le but d’encourager un exode des Juifs vers Israël.
Yaakov Karkoukli, membre de la résistance sioniste irakienne qui travaillait étroitement avec l’espion israélien condamné Yusef Basri à l’époque, a déclaré à Shlaim qu’il s’agissait d’une stratégie délibérée visant à “terroriser et non à tuer” les Juifs de la région et à forcer leur réinstallation.
From 1950 – 1951, a wave of bombings targeted synagogues across Iraq.
Though many in the West blamed Arab Iraqis at the time, Jewish-Iraqi historian Avi Shlaim later concluded “without any doubt that the Zionist Underground, with Israeli involvement, was responsible for three of… https://t.co/M3fIbHsfmR
— Wyatt Reed (@wyattreed13) August 27, 2025
Si tel était le cas, la stratégie a fonctionné à la perfection. En l’espace de quelques années, plus de 95 % des Juifs d’Irak ont émigré.
Ce schéma semble s’être poursuivi au cours des décennies suivantes. D’autres observateurs ont attiré l’attention sur des incidents étranges, comme l’attentat à la voiture piégée de 1994 contre l’ambassade d’Israël à Londres, qui a fait vingt blessés, pour la plupart légers. Au lendemain de l’attentat, il est apparu que le principal organisateur, un homme se faisant appeler “Reda Moghrabi”, avait disparu. À sa place, deux universitaires palestiniens actifs dans les mouvements de solidarité locaux, Samar Alami et Jawad Botmeh, ont finalement été condamnés pour complot en vue de faire exploser l’ambassade – bien qu’ils se soient trouvés loin de l’ambassade au moment de la détonation et que la caméra de l’ambassade israélienne située à proximité ait mystérieusement cessé de fonctionner ce jour-là. Tous deux ont conclu par la suite que “Moghrabi” était probablement un agent du Mossad opérant sous un pseudonyme.
Des années plus tard, Annie Machon, lanceuse d’alerte du MI5, a déclaré publiquement que l’attentat de 1994 était une “opération sous faux drapeau”menée par Israël. Lors d’une interview, Machon a indiqué que l’agent supérieur du MI5 chargé de l’enquête de l’agence a conclu que “le Mossad… avait fait exploser sa propre ambassade”.
Le haut responsable du MI5 “a dit qu’[Israël] l’a fait pour deux raisons”, a expliqué Machon. Tout d’abord, a-t-elle dit, les responsables israéliens
“harcelaient sans cesse le MI5 pour qu’il renforce la sécurité autour de leur ambassade et de leurs autres intérêts à Londres, car Londres avait alors la réputation d’offrir un refuge aux dissidents arabes du monde entier”.
Mais “le MI5 n’arrêtait pas de dire : ‘Il n’y a aucune raison de rehausser le niveau de menace. Vous n’avez pas besoin de protection supplémentaire’. Ainsi, en provoquant une explosion contrôlée à l’extérieur, bien sûr, ils ont immédiatement obtenu ce qu’ils voulaient là-bas”.
Annie Machon, a former MI5 intelligence officer explains how Israel bombed their own embassy in London in 1994 to frame Palestinian activists as terrorists.
Yet whenever anyone suspects Israeli false flag attacks, the mainstream media calls them conspiracy theorists pic.twitter.com/cwGPmWp0K4
— Afshin Rattansi (@afshinrattansi) June 3, 2025
Deuxièmement, a expliqué Machon,
“deux Palestiniens innocents ont été arrêtés, inculpés et condamnés pour complot en vue de commettre cet attentat. Et ils étaient très actifs au sein d’un réseau de soutien palestinien à Londres” qui avait été impliqué dans “des campagnes en faveur des habitants de la Cisjordanie et de la bande de Gaza”, lesquels “bénéficiaient, je cite, d’un large soutien” en Grande-Bretagne. “En arrêtant ces personnes, en les faisant passer pour les auteurs d’un attentat et en les jetant en prison, tout le réseau s’est effondré et ne s’est toujours pas remis sur pied à ce jour.
“L’opération constituait donc un gain politique évident pour le Mossad à Londres, en faisant porter le chapeau à ces innocents pour une attaque perpétrée par le Mossad lui-même”.
Il est fort probable qu’un plan similaire a été mis en œuvre en Australie plus récemment, lorsqu’une vague d’attaques contre les communautés juives a rapidement suivi la décision du Premier ministre australien Antony Albanese de reconnaître un État palestinien en 2025. Les médias australiens ont immédiatement rejeté la responsabilité sur l’Iran, mais il s’est avéré que cette conviction reposait également sur l’influence israélienne.
Comme l’a rapporté The Grayzone à l’époque, la chaîne australienne Sky News a révélé qu’Israël avait initialement fourni à l’agence de renseignement australienne, l’ASIO, une “information, ou piste, concernant l’un des incendies criminels”, indiquant qu’une série d’attaques “avait été orchestrée par l’Iran”.
En décembre, lorsque des de sympathisants de l’État islamique ont attaqué une cérémonie de Hanoukka à Bondi Beach à Sydney, en Australie, le Premier ministre israélien Netanyahou a immédiatement accusé une “cellule terroriste étrangère soutenue par l’Iran” non identifiée, poussant Canberra à expulser l’ambassadeur iranien. Il a également pointé du doigt le Premier ministre australien Anthony Albanese, l’accusant d’avoir inspiré l’attaque en reconnaissant un État palestinien.
Deux mois plus tard, le président israélien Isaac Herzog s’est rendu à Canberra pour promouvoir l’attaque prévue par Israël contre l’Iran. Au cours de son voyage, Herzog a tenu une réunion secrète sans précédent avec le directeur général de l’ASIO, Mike Burgess.
“Le président a rencontré le directeur général de la sécurité et a été informé par l’équipe antiterroriste de l’ASIO de son enquête suite à l’attaque de Bondi”,
a déclaré un porte-parole de l’ASIO après que la réunion a été révélée.
Wyatt Reed
Article original en anglais : Who’s behind the mysterious ‘Iran-backed terror cell’ haunting Europe? The GrayZone, 28 mars 2026.
Traduit par Spirit of Free Speech


























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