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Il a chanté devant le Roi et la Reine. Ou plutôt, il a rappé. Ce dimanche 22 mars 2026, dans la mezzanine de la station de métro Maelbeek, Ryan Moerman faisait partie des artistes conviés à la cérémonie de commémoration des 10 ans des attentats dans le métro de Bruxelles. Ils ne sont pas nombreux, ceux qui ont pu rapper devant nos têtes couronnées et ministres. Mais l'histoire de Ryan n'est pas commune.
Le 22 mars 2025, sous le pseudo M2RY, l'Enghiennois sort un rap titré "Attentat". Dans son texte, il rend hommage à Jérémie, son beau-frère à l'époque. Ce jeune Ottintois a perdu sa sœur à Maelbeek en 2016. Elle s'appelait Sabrina. Écrite "dans sa chambre", la chanson plonge dans la tête des proches des victimes. "Le monde va mal […] j'ai le cœur en pierre, j'arrive plus à me confier". Les mots tapent juste. Et 9 ans après, touchent tous ceux qui, comme le rappeur, se souviendront toujours de "ce matin sombre" et de "toutes les victimes".
Dans son morceau, le rappeur de Ryan Moerman, alias M2RY, voulait sincèrement rendre hommage aux victimes de l'attentat de Maelbeek et à leur proches. ©EDA
Un an après ces 3 minutes remplies d'une sobre émotion, Ryan est donc invité à chanter à la cérémonie. Après le coup de fil de la STIB, il n'a pas hésité. "J'ai dit oui direct. J'étais étonné, je ne m'y attendais pas. C'est un bel hommage aux victimes et à tous ceux qui ont été impliqués". L'artiste de 19 ans est sincère : "Ce son, c'est montrer qu'on n'oublie pas ce qui s'est passé". Et qu'on garde en mémoire les 17 personnes qui ont trouvé la mort dans la station.
Harcèlement scolaire
M2RY (à prononcer en toutes lettres en français) plaide pour un rap "qui dit des choses vraies". Dans son dernier clip, "Déçu", il scande : "J'rappe à l'ancienne". Il y cause des amis qui tournent le dos, de la difficulté pour un jeune homme de dévoiler ses sentiments, du harcèlement. Le harcèlement scolaire, il en a été victime plus jeune quand, à 12 ans, la balance affichait ses 70 kilos. "J'voulais pas m'lever pour aller en cours", scande-t-il dans son carton, "Fallait bien que j'en parle". "Je veux sortir de l'image bling-bling de cette musique, des clips avec des voitures de fou : je ne m'invente pas des vies", assure celui s'affiche tout de même avec une montre dorée "parce que j'aime ça". Ou dans un garage avec un bolide vintage.
Ryan a été harcelé à l'école quand il avait 12 ans, notamment parce qu'il était en surpoids. Il en témoigne dans le rap "Fallait bien que j'en parle". M2RY a retrouvé la confiance à travers la boxe. ©cameriere ennio
Désormais, le Hennuyer tente de publier "un single par mois". Il en a sorti une dizaine sur Spotify. Des chansons qu'il enregistre avec un producteur de Liège, "déjà disque d'or avec Rohff". Outre cette veine "rap social", M2RY pousse aussi parfois vers "des sons plus ambiance, pour changer un peu". Même s'il ne veut pas de compromis. Il le revendique sur le beat : "J'suis pas écouté. J'aurai plus de succès si j'sors des sons qui font danser".
"J'ai vécu en cage pendant 7 ans" : le témoignage de Paule Somers, la procureure qui a porté le dossier des attentats de BruxellesPapa manager
Le titre "Attentat" a un peu accéléré la carrière du jeune homme. Ça lui a valu quelques passages en radio. Son père, Gérald, veille au grain : lui-même est fan de rap "depuis toujours". Ce qui provoquait aussi des moqueries à l'école. "Écouter 2Pac, c'était rare à l'époque. J'm'habillais rappeur. On s'foutait d'moi, mais r'gardez comment les jeunes se fringuent aujourd'hui".
La nuit, Ryan bosse dans la logistique. Le jour, M2RY compose "le plus possible". ©cameriere ennio
Le padre s'est improvisé manager. C'est lui qui gère le TikTok du fiston et ses 12 500 followers. Ce qui laisse le temps à Ryan de se lancer dans la vie. "Je suis sorti de l'école et je travaille la nuit dans la logistique. La journée, je me consacre à 100 % à la musique", pose celui qui aime aussi grimper sur les rings de boxe. Plusieurs concerts à Bruxelles et ailleurs en Belgique lui ont permis de tisser des contacts dans le monde du rap. Des dates à Paris et Marseille lui tendent les bras. Pour bientôt boxer dans une autre catégorie ?
Avant de prendre le micro ce dimanche devant ce parterre prestigieux et recueilli, Ryan a ressenti "une pression positive". Il avoue : "Moi, ça me fait plaisir que le rap soit invité dans ce genre d'événement. C'est vrai, mon style musical n'est pas trop mis en avant en Belgique d'habitude. Pourtant, le rap fait ressentir des émotions. Et peut aussi passer devant des personnalités". La preuve ce 22 mars.
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