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Le nouveau projet de règlement sur les pratiques agroenvironnementales du gouvernement du Québec prévoit de permettre la conversion d’environ 317 310 hectares de forêts dans le sud du Québec en champs agricoles, soit l’équivalent de huit fois le territoire de la ville de Sherbrooke.
Radio-Canada a appris que plusieurs municipalités régionales de comté (MRC), dont celle de la Haute-Yamaska, en Estrie, sont vivement préoccupées par l’actuelle mouture du projet de règlement qui fait l’objet d’une consultation jusqu’au 10 avril.
Elles s’inquiètent notamment de la levée du moratoire en vigueur depuis 21 ans sur l’augmentation des superficies agricoles dans les milieux où la qualité de l’eau est dégradée.
Québec évalue que le potentiel de déboisement pour le Centre-du-Québec, la Chaudières-Appalaches, l’Estrie, Lanaudière et la Montérégie pourrait être de 317 310 hectares. Le potentiel pour les autres régions n’a pas fait l’objet de calcul précis par le ministère de l’Environnement du Québec.
Ça permet un déboisement sans réelle contrainte de plusieurs terrains, s’inquiète Simon Lajeunesse, directeur du Service de l’aménagement et de la planification du territoire à la MRC de la Haute-Yamaska.

Simon Lajeunesse est directeur du service de planification et René Beauregard est le préfet de la MRC de la Haute-Yamaska.
Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies
Le déboisement peut avoir une incidence sur l’eau
En plus d’occasionner une perte d’habitats pour les espèces vivantes, le déboisement pourrait avoir une incidence sur la recharge de la nappe phréatique. Les forêts conservent davantage l’eau pour permettre son infiltration dans le sol.
Si on imperméabilise ou on détruit nos milieux forestiers, on coupe la quantité d’eau qui se rend dans nos aquifères, explique la directrice de projets au Conseil de gouvernance de l’eau des bassins versants de la rivière Saint-François (COGESAF), Julie Grenier.
L’agronome Louis Robert, qui a travaillé pendant plus de 30 ans au ministère de l’Agriculture, croit que Québec fait fausse route en permettant de déboiser de grandes superficies pour mettre en culture de nouvelles parcelles. Ça n’a pas de bon sens; on devrait plutôt améliorer la productivité sur les surfaces dont on dispose déjà présentement, dit-il.

Louis Robert a été congédié pour avoir dénoncé dans les médias l'influence des lobbys de l'industrie des pesticides et des producteurs au sein du Centre de recherche sur les grains. Il a ensuite été réintégré. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / La semaine verte
Tout ce qui peut entraîner un déboisement supplémentaire, moi, je suis contre, d’autant plus qu’avec la superficie agricole qu’on a, on pourrait maximiser la productivité par des mesures assez simples.
Ils paniquent un peu pour rien! s’exclame le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA) de l’Estrie, Michel Brien. On comprend le besoin de garder un certain couvert forestier, mais il y a des régions comme en Estrie, où, dans les années 1960, il y avait 45 % de couverts forestiers, puis on est rendus à 70, 80 %. Il y a des terres qui étaient déjà en culture, puis qui ont été abandonnées.

Michel Brien est président de l'UPA en Estrie.
Photo : Radio-Canada / Thomas Deshaies
On est très content de la possibilité d’agrandir les superficies en culture, parce qu’à tous les ans, on en perd aux mains des municipalités, d’Hydro-Québec et de tous les projets.
Le président de l’Ordre des ingénieurs forestiers, Patrick Pineault, est quant à lui préoccupé par l’évaluation qui sera effectuée avant de permettre un déboisement. Deux lots contigus peuvent avoir des valeurs différentes en termes d’écologie, de connectivité, d’habitats fauniques, explique-t-il.

Patrick Pineault est président de l’Ordre des ingénieurs forestiers.
Photo : Radio-Canada
Pour prendre des décisions éclairées, l’avis des ingénieurs forestiers doit être exigé en amont d’un déboisement.
Il demande au gouvernement de modifier son règlement pour que l’avis d’un ingénieur forestier soit requis avant de changer la vocation d’un territoire. Il faut avoir un bon motif pour changer la vocation d’un territoire, outre que simplement des chiffres, comme on voit présentement dans le projet de règlement.
Les municipalités et MRC conserveront certains pouvoirs
Le ministère de l’Environnement estime par ailleurs que même si le potentiel de déboisement est de 317 310 hectares, les contraintes économiques feront en sorte que le nombre d’hectares mis en culture serait vraisemblablement de 66 041 hectares pour les 5 régions analysées dans le sud du Québec. En Estrie, 16 623 hectares seront probablement déboisés, soit environ la moitié de la superficie de Sherbrooke, selon le ministère.
Le nouveau règlement provincial prévoit certaines contraintes, dont une interdiction de mettre en culture les secteurs en forte pente (plus de 15 %). Les lots entièrement boisés qui sont situés dans une municipalité à couvert forestier de moins de 50 % ne pourraient pas être mis en culture, précise par écrit une porte-parole du ministère.
Des mesures d’atténuation sont aussi prévues pour atténuer l’incidence de la mise en culture sur l’eau, dont la présence de bandes végétalisées le long des fossés ainsi que la présence de culture couvrant entièrement le sol en période hivernale. Le ministère a précisé par écrit que les municipalités et MRC demeureront toutefois responsables de l’encadrement réglementaire entourant le déboisement.
Le directeur du Service de l’aménagement et de la planification du territoire à la MRC de la Haute-Yamaska n’est pas pour autant rassuré. Il pourrait quand même y avoir en théorie un déboisement sur des superficies très, très grandes, souligne, Simon Lajeunesse. C’est quoi, l’impact sur notre territoire? On aimerait plus de temps pour l’étudier.
L’entrée en vigueur du règlement est prévue pour 2027. La MRC de la Haute-Yamaska demande toutefois que la période de consultation soit prolongée, considérant l’ampleur des changements proposés.
Avec la collaboration de David Fillion


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