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Au tribunal de Milton, la défense de deux mères adoptives inculpées pour meurtre a montré du doigt les employées de la protection juvénile et les médecins de leurs enfants pour la mort de l'aîné des deux présumées victimes.
Brandy Cooney et Becky Hamber sont accusées du meurtre prémédité de l'enfant et d'avoir omis de fournir les nécessités de la vie à son jeune frère, en 2022, à Burlington.
La Couronne soutient que les deux enfants ont été maltraités, séquestrés, battus et affamés, lorsque les deux accusées les ont adoptés en 2017.

Les deux présumées victimes du couple Cooney-Hamber ont vécu chez les deux femmes à Burlington de 2017 à 2022. L'identité des deux garçons autochtones est protégée en vertu d'une ordonnance des tribunaux. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
La cause exacte du décès de l'aîné n’a jamais été établie avec certitude, mais l'autopsie a révélé qu'il est décédé d'un arrêt cardiaque.
L'adolescent de 12 ans avait été retrouvé en état d'hypothermie sur le sol de sa chambre ; sa taille correspondait davantage à celle d'un enfant moyen de 6 ans.
Plaidoyer de Brandy Cooney
La défense de Brandy Cooney assure que sa cliente a tout fait pour protéger les enfants contre eux-mêmes, parce qu'ils s'adonnaient à l'automutilation et à la destruction de biens matériels.
Ils étaient agressifs, menaçants et violents, mais on leur avait caché l'étendue de leurs problèmes avant leur adoption, rappelle Me Kim Edward.
Me Edward a rejeté la faute sur la Société d'aide à l'enfance de Halton (SAEH) pour avoir failli à sa tâche de garantir, selon elle, le bien-être des deux garçons et d'assurer un suivi au sujet de leur adaptation.
L'avocate rappelle que la Société d'aide à l'enfance d'Ottawa, qui avait placé les enfants dans la région de Halton en 2017, n'a rien fait malgré des signaux d'alerte provenant de leur premier foyer d'accueil.
Elle rappelle que deux travailleuses sociales de la SAEH avaient été renvoyées en 2023 à la suite d'une enquête interne.

L'avocate de Brandy Cooney, Kim Edward, plaide au lutrin en faveur de sa cliente lors des arguments finaux de la défense, le 23 mars 2026. Sa cliente est à gauche derrière elle.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Elle laisse en outre entendre que la SAEH n'appréciait pas que des lesbiennes puissent élever des enfants et que l'école les avait mises en garde de ne pas contacter la protection juvénile pour leurs comportements perturbants en classe.
Me Edward précise que l'aîné souffrait du trouble alimentaire de la rumination et que la pandémie de COVID-19 n'a fait qu'aggraver les choses, puisque les travailleurs sociaux ou les médecins étaient réticents à consulter les enfants en personne.
Ma cliente et sa conjointe n'ont cessé de demander de l'aide, mais la protection juvénile a refusé de les assister ou de reprendre les enfants, poursuit-elle.

Becky Hamber (à gauche) lit un document de ses avocats et Brandy Cooney écoute attentivement le contre-interrogatoire de son avocat, Monte MacGregor, en janvier 2026. On ignore la raison pour laquelle elles sont masquées, mais le procès a montré que Becky Hamber était immunodéprimée.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
L'avocate assure que le couple s'est alors assuré de les garder en sécurité dans leur chambre en attendant de recevoir de l'aide.
Les exercices obligatoires auxquels les enfants étaient contraints avaient pour but, selon elle, de les calmer, de structurer leur vie quotidienne et de les habituer à une routine.
Ma cliente et sa conjointe ont toujours défendu des habitudes de vie saines pour leurs enfants en leur donnant nourriture, vêtements et couvertures, dit-elle.

L'avocat de Becky Hamber (à gauche), Monte MacGregor (debout) contre-interroge la conjointe de sa cliente, Brandy Cooney, sous le regard du juge Clayton Conlan, de la Cour supérieure de l'Ontario, en janvier 2026.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
L'avocate a en outre relativisé le témoignage de l'enfant survivant, en avançant que les mineurs ont tendance à exagérer et en rappelant qu'il avait eu de nombreux trous de mémoire au sujet de certains événements allégués.
Elle reconnaît que sa cliente a utilisé un langage grossier pour parler des enfants à son épouse ou pour les les traiter de tous les noms, mais jamais en leur présence.
Me Edward explique que sa cliente était frustrée de ne pas recevoir de l'aide pour ses enfants.
Brandy Cooney détestait la façon dont ils se comportaient, mais elle n'avait aucune intention de leur faire du mal, précise-t-elle.
Il n'existe enfin aucune preuve, selon Me Edward, que l'aîné des garçons ait été affamé de façon intentionnelle, puisque l'autopsie n'a pas été concluante.
Brandy Cooney n'est pas médecin et n'a aucune connaissance en matière de troubles alimentaires, conclut-elle en expliquant la réticence de sa cliente à ne pas conduire la victime à l'hôpital lorsque sa condition médicale s'est aggravée un mois avant sa mort.
Plaidoyer de Becky Hamber
La défense de Becky Hamber a insisté sur l'absence de preuves médico-légales, en expliquant que l'autopsie n'avait pas été déterminante puisque les médecins légistes n'avaient aucune expertise en matière de troubles alimentaires.
Rien ne prouve qu'il y ait eu meurtre et que l'aîné ait été privé de nourriture de façon délibérée, déclare l'avocat Monte MacGregor, qui rejette aussi du revers de la main l'éventualité d'un homicide involontaire dans cette cause.

L'avocat Monte MacGregor montre du doigt sa cliente, Becky Hamber, en mentionnant qu'elle n'a jamais eu d'intention malveillante à l'endroit des deux enfants qu'elle avait adoptés avec sa conjointe, Brandy Cooney.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Me MacGregor ajoute que l'hypothermie comme cause du décès suggérée par la Couronne ne tient pas la route non plus, parce que l'autopsie n'en fait nullement mention dans le rapport.
L'aîné vivait certes au sous-sol, mais sa chambre était chauffée et son grand-père adoptif y résidait lui aussi, dit-il.
L'avocat laisse entendre, grâce à l'expertise de la Dre Emma Cory, qu'un déséquilibre d'électrolytes dans le sang de la victime a provoqué l'arrêt cardiaque.
Les électrolytes sont des minéraux chargés électriquement qui sont essentiels pour la contraction musculaire, y compris celle du muscle cardiaque.

Brandy Cooney répond aux questions de l'avocat de son épouse, Becky Hamber, lors du contre-interrogatoire de Me Monte MacGregor, le 8 décembre 2025.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Selon Me MacGregor, ce déséquilibre d'électrolytes a été causé par une malnutrition sévère qui n'a toutefois rien à avoir avec la façon dont les enfants étaient nourris.
L'avocat souligne que les crampes, la nausée, les vomissements, les céphalées et un rythme cardiaque irrégulier en sont les symptômes qui ressemblent à ceux de la malnutrition.
Me MacGregor rappelle en outre que les accusées avaient deux réfrigérateurs remplis de vivres et sur lesquels les menus des enfants étaient affichés.
L'aîné souffrait de troubles alimentaires, comme la rumination et la régurgitation, dont les complications sont imprévisibles, poursuit-il en précisant que la victime nécessitait une gestion rigoureuse de son apport calorique.

La procureure de la Couronne, Kelli Frew, interroge à la barre des témoins la Dre Emma Cory le 20 octobre 2025. Les prévenues sont séparées dans deux boxes des accusés distincts.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Me MacGregor mentionne que les médecins qui traitaient l'adolescent à l'époque, les Drs Duncan et Dhaliwal, ont toutefois sous-estimé l'ampleur et l'urgence de l'état de santé physique et mental dans lequel l'enfant se trouvait.
L'avocat rappelle que le Dr Duncan a même avoué lors du procès qu'il se sentait responsable de la mort de l'aîné, parce qu'il n'avait pas reçu assez d'informations sur son état de santé, ce qui lui aurait permis de le référer à un pédiatre ou à un spécialiste en nutrition, voire à le faire hospitaliser.
La mort de l'adolescent était inattendue, poursuit-il en ajoutant que l'enfant était une bombe à retardement dû au déséquilibre des électrolytes dans son métabolisme.

L'aîné des garçons (à gauche) est décédé en décembre 2022. On le voit à gauche avec son jeune frère sur une photo que la Couronne a présentée au procès des deux accusées. Radio-Canada a flouté leurs visages en vertu d’une ordonnance de non-publication. (Photo d’archives)
Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario
Il explique que l'adolescent n'avait pas de gras sous la peau, parce qu'il régurgitait sans cesse sa nourriture dans les derniers mois de sa vie.
Comment voulez-vous que ma cliente ait eu l'idée de l'amener à l'urgence le soir de sa mort, si les médecins eux-mêmes ignoraient que la situation de l'enfant était désespérée? s'interroge Me MacGregor.
L'avocat affirme que les deux médecins communiquaient très mal entre eux et que leurs rapports étaient parfois incomplets. Ils ont fait preuve d'une piètre collaboration, conclut-il.
La Couronne présentera ses arguments finaux vendredi.


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