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Pour nombre d'entre nous, c'est devenu un geste banal : appuyer sur l'icône représentant un micro avant d'approcher son smartphone de sa bouche et de parler. Exit les traditionnels appels téléphoniques et longs messages écrits. Le message vocal a désormais largement intégré notre quotidien. En mars 2022, le réseau social WhatsApp annonçait que le cap des 7 milliards de messages vocaux échangés sur sa plateforme avait été franchi. Au total, cela représentait environ 7 % des messages échangés.
Une question de facilité… et de stress
Pour les utilisateurs, c'est avant tout une question de facilité. "Les messages vocaux sont plus pratiques que les SMS quand il faut expliquer quelque chose en détail, confie Luna, 23 ans. Ils permettent aussi de contacter une personne à n'importe quel moment, en lui laissant le choix d'écouter le vocal quand elle a le temps. Quand je passe un appel, j'ai peur que le destinataire se sente forcé de répondre et d'arrêter ce qu'il est en train de faire pour décrocher. Avec les vocaux, j'ai l'impression de moins déranger."
Au-delà de l'aspect purement pratique, envoyer des messages vocaux permet aussi à certains d'éviter les appels téléphoniques, qui sont parfois sources de stress. "Je déteste appeler, je ne sais pas expliquer pourquoi, mais c'est stressant pour moi, ajoute Luna. Les messages vocaux sont une bonne alternative. Ils offrent la possibilité de recommencer l'enregistrement si l'on dit quelque chose d'erroné ou de non pertinent. Avec les appels téléphoniques, on n'a qu'une seule chance."
"Nous en parlons depuis des années": Meta annonce un grand changement à venir sur WhatsAppUne timidité téléphonique qui n'est pas nouvelle
Ce témoignage n'est pas un cas isolé et reflète même une tendance globale. Selon une étude menée par AXA Assurances au mois de juin 2025, près d'un jeune sur deux (49 %) entre 18 et 25 ans préfère envoyer un mail ou un message, "de peur de devoir passer un appel téléphonique".
La conversation instantanée, même sans aspect visuel, est emplie d'anxiété. Envoyer un vocal permet donc d'éviter l'interaction et de réduire cette charge anxiogène
Le recours au message vocal relève aussi de l'ordre de l'affect et de la psychologie, confirme Louise-Amélie Cougnon, docteure en linguistique et directrice de recherche au MiiL (Media Innovation & Intelligibility Lab) de l'UCLouvain. "La conversation instantanée, même sans aspect visuel, est emplie d'anxiété. Envoyer un vocal permet donc d'éviter l'interaction et de réduire cette charge anxiogène", explique-t-elle.
Cette timidité téléphonique était déjà d'actualité à l'époque du téléphone fixe, contextualise la chercheuse. Elle proviendrait notamment de la peur suscitée par l'usage des codes à emprunter dans le contexte d'un appel. "Lorsque l'on doit contacter le service des impôts ou l'administration, par exemple, il y a un sentiment d'insécurité par rapport aux us et coutumes de l'appel", illustre-t-elle.
Attention à l'arnaque: des SMS frauduleux envoyés au nom de parking.brusselsVers une disparition des appels téléphoniques ?
Pour ces raisons, les messages vocaux ont peu à peu remplacé les appels téléphoniques, surtout auprès des jeunes. Cela dit, ces appels étaient déjà quasiment inexistants pour eux, souligne toutefois Louise-Amélie Cougnon. "Je pense qu'on se dirige vers la disparition des appels purement audio parce que leur plus-value – la réaction sur le moment – n'est pas suffisante", projette-t-elle.
Si toutes les tranches d'âge utilisent les messages vocaux, plusieurs éléments différencient les seniors et les jeunes, affirme la chercheuse. Plus on est jeune, plus la fréquence d'utilisation des vocaux est élevée. Le nombre et le type de destinataires varient aussi selon l'âge. Un adolescent peut par exemple envoyer un vocal à son professeur sur le groupe WhatsApp de la classe, ou encore à ses copains, tandis que les jeunes adultes en envoient à leur supérieur hiérarchique et à leurs collègues. Les pratiques discursives reflètent aussi cette différence. Les adultes auront ainsi plus tendance à s'excuser et à justifier leur usage des messages vocaux. Ils enverront par exemple "Désolé, je te fais un vocal, mais c'était plus facile".
Attention si vous recevez ce SMS: il s'agit d'une arnaqueAmbiguïté et mauvaise interprétation
Cela étant, les messages vocaux loués pour leur facilité peuvent aussi amener une certaine ambiguïté, tout comme les SMS. S'il manque à l'écrit les éléments paraverbaux et l'émotion, le ton employé dans les vocaux peut être mal interprété. "Il manque aussi le fait de pouvoir interrompre pour demander des précisions, notamment lorsqu'on se sent offusqué. Vu qu'il n'y a pas d'interaction, l'interlocuteur doit interpréter à lui seul le monologue de l'émetteur", fait remarquer Louise-Amélie Cougnon.
Les jeunes n'ont jamais autant écrit, parlé, et communiqué
Pour la chercheuse, l'utilisation des vocaux n'aurait pas d'impact négatif sur le langage. "C'est la même chose que lorsqu'on pensait à tort que le langage SMS tuerait l'orthographe, souligne-t-elle. Les jeunes n'ont jamais autant écrit, parlé, et communiqué. Pratiquer l'écrit, l'oral, l'interaction permet justement de traiter les ambiguïtés de conversation. Tout cela permet d'améliorer les compétences langagières."
Quoi qu'il en soit, le message vocal ne remplacera pas l'écrit car tous deux remplissent des fonctions complémentaires. Il ne permettra pas non plus – du moins pour l'instant – d'échapper aux appels téléphoniques administratifs, rappelle la chercheuse avec humour.
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