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Le 20 juillet marque la Journée mondiale de la poutine, recette emblématique du Québec révélée dans les années 1950. Comment cette combinaison de trois ingrédients est devenue si populaire, voire identitaire chez les Québécois?
La professeure émérite de l’Université Concordia et spécialiste des représentations culturelles de l'alimentation, Geneviève Sicotte, a publié en automne dernier le livre La poutine : Culture et identité d'un pays incertain.

L'écrivaine et professeure Geneviève Sicotte a publié son livre sur la poutine à l'automne 2025.
Photo : Radio-Canada / Kim Bouchard
Q. Qu'est-ce qu'il y a de spécial avec la poutine pour en publier un livre?
R. Elle est populaire dès son invention. Ce n'est pas un mets pour les classes sociales élevées. Ce n’est pas un mets pour les riches. On la mange lors d'occasions très décontractées, il n'y a pas un grand protocole.
Et je trouve que ça ressemble à ce que nous sommes en tant que collectivité, les Québécois.
C'est une belle vertu de la poutine. Elle parle de nous en tant que collectivité pour dire : Voilà, ce groupe socioculturel, ce peuple qui ne se prend pas pour un autre, qui ne valorise pas les hiérarchies, qui, au contraire, essaie d'être inclusif et où on se tutoie facilement. On valorise le fait d'être ensemble en groupe d'une manière festive.
Elle semble incarner quelque chose dont on serait fier.
Q. Cette fierté pour un plat est-elle rare dans le patrimoine culinaire québécois?
R. Comme toutes les cultures, [le Québec] a un patrimoine culinaire. On a des plats emblématiques, des ingrédients qui parlent de notre terroir, de notre histoire, mais aussi de nos usages actuels, de nos manières d'être ensemble.
On a été quasiment honteux de notre patrimoine culinaire qui était très populaire, marqué par un rapport à la subsistance. On avait une cuisine qu'on pourrait qualifier de pauvre. Quand on s'est émancipé de cette condition de première nécessité, on a un peu tourné le dos à tous ces plats, qui pourtant méritent quand même d'être reconsidérés.
On a encore cette vision positive à retrouver notre propre gastronomie. La poutine, je ne sais pas si elle peut nous y aider, mais elle y participe parce qu’elle est très populaire.
Q. Qu’est-ce qui a d’unique dans la façon de manger de la poutine?
R. Dans la manière de réunir les gens, la poutine a aussi cette caractéristique. On la mange en groupe, la plupart du temps. Elle est servie en très grosse portion. Puis, vous êtes peut-être déjà allé dans un bar à 3 h du matin, quand on va manger une poutine pour terminer la nuit. On va partager le même plat, puis tout le monde pige sa fourchette dans l'assiette commune. Mais ça, dans la tradition occidentale, c'est vraiment très rare.
Q. Pourquoi décrivez-vous la poutine comme le reflet d’un pays incertain?
R. Ce n'est pas un plat autour duquel on va commémorer une grande occasion politique, comme le feraient plusieurs plats sud-américains qui sont des plats nationaux. La poutine est beaucoup plus en retrait de tous ces enjeux.
C’est aussi une nourriture de réconfort. Je pense qu'elle favorise ce retrait. On va se lester l'estomac avec quelque chose qui va nous faire du bien, qui va nous rendre, d'une certaine manière, imperméables à tout ce qu'il y a de difficile dans le monde.
Q. Ce repas permet-il de créer des ponts entre les communautés
R. Ça va même plus loin, parce qu’il y a toutes ces poutines dans lesquelles on pourrait intégrer des garnitures qui font des ponts avec des communautés culturelles. Parfois, c'est fait de manière maladroite, puis caricaturale, mais il y a quand même un geste [d’ouverture] d'avoir une poutine à la mexicaine, ou une poutine thaïe, ou une poutine vietnamienne, ou une poutine des Premières Nations.
Quand je dis qu'elle est l'emblème d'un pays incertain, je ne veux pas nécessairement dire qu'elle est négative. Elle incarne des tensions qui forment une société composite, qui tient grâce à différents symboles.
Certains propos ont été abrégés à des fins de concision.


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