Ce qui se passe ces jours-ci en Iran n’est pas seulement une nouvelle vague de protestation. Ce n’est pas un épisode de plus dans une longue série de soulèvements réprimés, documentés, puis oubliés. Ce qui se joue est d’une autre nature. C’est une réappropriation obstinée de l’espace public par des manifestants qui ont longtemps été condamnés à n’exister qu’en sourdine, à se contenter de survivre entre les murs du privé et du virtuel, loin de toute véritable visibilité collective. Cette fois, quelque chose a quitté le registre du mouvement pour entrer dans celui de la révolution.
Depuis 2009, avec le Mouvement vert né de la contestation de la fraude électorale ayant conduit à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, les Iraniens ont traversé plusieurs cycles majeurs de mobilisation. En 2017 et en 2019, la contestation s’est élargie aux revendications économiques et sociales, avant d’être écrasée par une violence extrême, accompagnée pour la première fois d’une coupure massive d’internet, pensée comme un instrument de sidération collective et de rupture du lien social.


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