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Le dôme, de Jean Leloup, c’est un grand disque, mais un drôle de disque. Au début du spectacle que les Francos de Montréal avaient mis en place dimanche soir sur la Place des festivals pour souligner le 30e anniversaire de ces chansons, une voix hors-champ le disait avec justesse. « C’est l’album hétéroclite par excellente, c’est un chef-d’œuvre. » La soirée, qui a profité magiquement d’une météo clémente — l’effet du dôme ? —, était inévitablement hétéroclite. Presque par définition. Mais la somme des moments forts a surpassé les segments qui faisaient froncer les sourcils.
Le spectacle aussi diffusé sur les ondes d’ICI Musique à travers le pays, a repris dans le désordre l’intégralité des 14 chansons du Dôme. Du lot, des bombes indémodables, des tubes géniaux, des hymnes. C’est incroyable de prendre conscience qu’un seul disque peut contenir autant de succès massifs. Et Le dôme, c’est aussi une bonne main pleine de titres de l’ombre, pour le moins méconnus.
Comme Pigeon, fable animalière sur l’autorité, étonnamment choisie pour commencer le spectacle (oui bon, il y a un pigeon sur l’affiche du spectacle, mais quand même). Autre choix étonnant : la confier au duo Rau_Ze. La chanteuse Rose Perron ne pouvait pas vraiment faire briller sa belle voix soul avec ce morceau. La pauvre a quand même tenté de tirer le meilleur de la chanson. Même chose un peu plus tard avec le titre Sara, une autre qui ne passera pas à l’histoire populaire du répertoire de Leloup. Perron, avec sur la tête un voile façon « mariée cadavérique », a jonglé avec ces envolées rock lourdes et brutes.
Alors quand arrive La chambre, on est content de voir Safia Nolin et Lou-Adriane Cassidy monter sur scène. Les deux chanteuses ont entamé leur interprétation en douceur — le timbre de Safia a tout simplement fait s’envoler la chanson — avant d’écraser un peu le champignon.
Au chapitre des bons coups, on peut dire que d’avoir invité Les Louanges parmi les interprètes s’en est révélé un excellent. Les yeux noircis de maquillage, chemise à motif léopard sur le dos, il a excellé toute la soirée avec sa dégaine libre et son interprétation incarnée des mots de Leloup. On lui avait offert Faire des enfants (avec une Lou-Adriane un peu cabotine) et Le monde est à pleurer, livrée avec le rappeur Zach Zoya. Ce dernier a mordu avec aisance dans les textes saccadés de John The Wolf. Plus tard, il a brillé sur Johnny Go.
Il en restait encore des très bonnes, des immenses, comme Edgar, confiée à Thierry Larose, qui s’en est fort bien tiré, mieux que sur Le castel impossible — une autre qui n’est pas chantée souvent au karaoké au party de Noël du bureau. Autre tube : Sang d’encre, grandement livrée par Klô Pelgag, cruellement sous utilisée. Et évidemment I Lost My Baby, offerte par Safia Nolin et une petite chorale des invités. Le puissant trio We Are Wolves s’est efficacement approprié deux autres ovnis du Dôme, Vampire et Fashion Victim, mais il demeure difficile de faire vibrer la foule avec ces munitions.
Il ne restait que la pièce-titre, offerte en clôture par tous les invités de la soirée rassemblés en une grande chorale unie pour faire résonner de belle façon un grand disque, hétéroclite au possible. Au rappel, petite explosion de bonheur : Les Louanges, devant tous les musiciens, a livré avec aplomb 1990, en dehors du concept, mais clairement appréciée par la foule qui s’est mise à sauter.
Antoine Corriveau
Sur la même scène, deux heures plus tôt, Antoine Corriveau était un choix de programmation qui s’est avéré totalement logique avec ce qu’allait être le reste de la soirée. Les nouvelles chansons de l’auteur-compositeur-interprète ont plus de mordant que jamais, livrée avec un rythme presque rappé, vraiment pas loin de l’approche Leloup.
Devant une poignée de courageux venus l’écouter, Antoine Corriveau avait du mordant, dans son long manteau rouge — alors que la plupart de ses musiciens étaient vêtus de manteaux bleus, son guitariste Simon Angell ayant même opté pour une chienne bleu brodée du logo de Zellers. Corriveau a entre autres fait briller les morceaux de son dernier disque Oiseau de nuit, donc la pièce-fleuve Pastorale et la frénétique Suzo, aussi enivrante que dissonante. Le chanteur sautait, dansait, débitait ses textes imagés et inspirés, poétiques et frénétiques.


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