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Et si les aînés pouvaient rester chez eux plus longtemps en bénéficiant de plus de soins à domicile? Alors que Québec promet une nouvelle politique en ce sens, les associations de défense des droits des aînés ont de grands espoirs et souhaitent que des investissements massifs soient faits pour accompagner les aînés.
Gilbert Dechamplain, 76 ans, souhaite rester chez lui à Sainte-Luce le plus longtemps possible, malgré les défis que la vieillesse peut engendrer. À son âge, il est encore en bonne forme, et fait sa promenade quotidienne de sept kilomètres avec son fidèle chien, Cognac.
Tout de même, il a recours aux services d’Hélène, une préposée de l'organisme les Bourgeons de la Mitis, pour lui donner un coup de main pour l’entretien de sa maison, dont il doit s’occuper seul depuis une dizaine d’années. Une aide précieuse qui lui permet de continuer à vivre dignement à son domicile.
Autant que possible, je veux rester ici autant que je peux, confesse M. Dechamplain. Quant aux services qu’il reçoit, c’est certain que ça aide à rester chez nous, commente-t-il.

Au fil du temps, Hélène Sergerie et Gilbert Dechamplain sont devenus proches.
Photo : Radio-Canada / Pier-Olivier Busque
Il n’est pas le seul à penser de cette façon. Vieillir chez soi est un souhait généralisé dans la population québécoise, et ceux qui entrent dans l’âge vénérable commencent à être légion.
Près de 30 % des Bas-Laurentiens ont plus de 65 ans. La région représente le futur démographique de la province, dont le vieillissement de la population se poursuit année après année. Les aînés devraient en représenter le quart d’ici 2031.
Québec mise depuis longtemps sur le soutien à domicile pour faire face à cette réalité démographique et a adopté une première politique en ce sens en 2003. En 2024, le gouvernement actuel a annoncé qu'il souhaitait mettre en place une politique nationale proposant une vision renouvelée pour encadrer les soins et services à domicile.
Selon le ministère de la Santé et des Services sociaux, 100 groupes et organismes ont été invités à des consultations particulières, et la politique sera adoptée prochainement. Le Ministère n'a cependant pas donné d'horizon précis et a refusé notre demande d'entrevue sur le sujet.

Sonia Bélanger, maintenant ministre de la Santé, garde dans son giron la responsabilité des aînés. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Beaucoup de besoins, peu de services
Malgré un quart de siècle guidé par cette politique, le taux de réponse aux besoins pour obtenir du soutien à domicile est d'à peine 10 %, selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Le modèle québécois actuel de soutien à domicile (SAD) échoue largement à répondre adéquatement aux besoins de la population, mentionne l’étude, qui conclut qu’un investissement massif est nécessaire pour opérer un virage réussi.
On a négligé la prévention, on a négligé les services à domicile affirme sans détour Pierre-Paul Malenfant, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) de l'Est-du-Québec.

Pierre-Paul Malenfant affirme que « ce n'est pas une dépense de mettre l’argent en soutien à domicile. Ça évite que les gens se retrouvent à l'hôpital, que les gens se retrouvent à l’urgence.» (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud
Les gouvernements, un après l'autre, ont négligé de s’occuper de cette situation-là et on se retrouve aujourd’hui dans un piteux état au Québec, ajoute-t-il.
Selon les plus récentes données du ministère de la Santé et des Services sociaux, près de 14 000 personnes sont en attente d’un premier service de soutien à domicile. De ce nombre, 364 se trouvent au Bas-Saint-Laurent.
Dans le Bas-Saint-Laurent, on y est arrivés. [...] Les indicateurs au rouge sont là. La population est vieillissante. On a une personne sur quatre qui a un service qui lui est rendu, alerte Solange Tremblay, présidente du Regroupement interprofessionnel des intervenantes retraitées des services de la santé (RIIRS).
La nouvelle politique est donc attendue de pied ferme par les différentes organisations de défense des droits des aînés.
Les services de soutien à domicile prennent différentes formes, et sont soutenus différemment par l’État en fonction de la nature du soutien, du profil du prestataire et de son logement. Ces services sont subdivisés en une multitude de catégories. Ceux d’aide à domicile représentent les soins et services qui visent à soutenir l’usager dans les activités de la vie courante. Ils peuvent être fournis, entre autres, par un organisme d’aide à domicile, une entreprise privée ou un organisme communautaire.
Source : ministère de la Santé et des Services sociaux
Simplifier les demandes d'aide
Les organismes demandent, outre un investissement massif dans le soutien à domicile, une simplification du processus de demande.
C’est vraiment très compliqué, même une chatte en perdrait ses petits, commente Pierre-Paul Malenfant. La porte d’entrée des services et du soutien à domicile devrait se faire via les CLSC, avec une universalisation des services, soutient le président régional de l’AQDR.
Une partie importante des services de soutien sont fournis par les entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EÉSAD). Il s’agit de coopératives ou d’OBNL de proximité. On en compte une centaine dans la province.
Le directeur général du réseau de coopération des EÉSAD, J. Benoit Caron, souhaite un élargissement du type de services auxquels la population puisse accéder. On veut qu’on puisse inclure dans le programme les services d’assistance personnels, les services de répit, précise-t-il, en soulignant que ces services ne sont actuellement livrés que sur demande de la santé publique.

J. Benoît Caron, directeur général du Réseau des entreprises d'économie sociale en aide à domicile. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada
Ce qu’on veut, dans la politique nationale de soutien à domicile, c’est que ces valeurs-là, ces critères-là de qualité, d’accessibilité, de proximité, soient omniprésents. Et éviter la marchandisation des services.
D’ici 2040, 223 400 personnes supplémentaires auront des besoins en soutien à l’autonomie, soit une augmentation de près de 70 % par rapport à 2023, selon le Commissaire à la santé et au bien-être du Québec. Un défi titanesque à relever. Du côté des EÉSAD, on s’affaire à moderniser les entreprises et améliorer les conditions de travail des employés pour être prêts.
Le financement de Québec est cependant incontournable pour permettre le déploiement de ces services de façon à desservir les aînés – et leurs besoins – qui affluent.


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