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Pierre-Olivier Costa avait quitté le cabinet de Brigitte Macron pour le MuCEM ; la suite ressemble moins à une promotion qu’à un dossier.
Un parachutage très républicain
Ancien conseiller « spécial » du président Macron, puis directeur de cabinet de Brigitte Macron à l’Élysée entre 2017 et 2022, Pierre-Olivier Costa avait été nommé à la tête du musée marseillais par décret présidentiel, fin octobre 2022. Une nomination renouvelée en 2025 malgré une gestion chaotique dénoncée par les syndicats. La trajectoire avait tout du grand classique macronien : après avoir servi au château, on trouve toujours une belle alcôve institutionnelle, de préférence prestigieuse, bien chauffée, et suffisamment éloignée du suffrage universel pour ne déranger personne. L’expérience préalable dans la gestion d’un établissement culturel d’une telle ampleur ? Détail charmant, mais manifestement secondaire dans la grande méritocratie de couloir.
Le président du Mucem de Marseille, Pierre-Olivier Costa, visé depuis mars par une enquête pour harcèlement sexuel et moral, a été suspendu de ses fonctions, a annoncé mardi le ministère de la Culture. pic.twitter.com/NShkoJ2RRC
— Agence France-Presse (@afpfr) June 30, 2026
Une enquête devenue impossible à ignorer
L’enquête préliminaire pour harcèlement moral et sexuel a été ouverte en catimini le 17 mars 2026 par le parquet de Marseille, après un signalement transmis par le ministère de la Culture. Un rapport de l’Inspection générale des affaires culturelles, remis à la mi-juin, a ensuite rendu le maintien de Pierre-Olivier Costa difficilement soutenable. Un cadre du musée, arrivé en 2024 et actuellement en arrêt maladie, a déposé une main courante. Il accuse la direction de harcèlement moral et met personnellement en cause Pierre-Olivier Costa pour des demandes à caractère sexuel qui auraient été formulées dans un contexte professionnel, avec l’autorité que donne une présidence d’établissement public.
Les alertes, ce bruit de fond si pratique
L’affaire ne surgit pas dans un ciel parfaitement bleu. Dès septembre 2024, la médecine du travail avait alerté le ministère sur la souffrance des agents du MuCEM. Les syndicats, eux, avaient appelé à plusieurs reprises à la grève, dénonçant un management jugé brutal et hors cadre. Mais dans certaines maisons publiques, l’alarme incendie sonne longtemps avant que quelqu’un ne se décide à chercher l’extincteur. Il faut parfois attendre que la fumée entre dans le bureau du ministre pour découvrir, stupéfait, que le bâtiment brûlait déjà.
Une galerie de portraits familiers
Pierre-Olivier Costa n’est pas le premier visage de l’univers macronien rattrapé par des accusations de cette nature. Damien Abad, nommé ministre des Solidarités en mai 2022, a été accusé par plusieurs femmes de viols ou de tentatives de viol pour des faits présumés datant de 2010 à 2013. Écarté du gouvernement en juillet 2022, Damien Abad a été mis en examen en 2024 pour tentative de viol dans l’un des dossiers, tout en contestant l’ensemble des accusations.
Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur puis de la justice, avait été accusé de viol par une femme qui l’avait sollicité pour obtenir de l’aide judiciaire. L’affaire s’est conclue par un non-lieu définitif, validé en 2024, mais Gérald Darmanin avait reconnu avoir pu être « léger » dans ses relations avec des femmes : une élégante manière d’alléger une affaire grave.
Nicolas Hulot, ministre de la Transition écologique de 2017 à 2018, a lui aussi été visé par plusieurs accusations d’agressions sexuelles et de viols pour des faits anciens, qu’il a toujours niés. Là encore, le pouvoir avait récité son bréviaire habituel : prudence, distance, présomption d’innocence, puis silence stratégique.
L’exemplarité à géométrie variable
Dans la macronie, on nomme, on protège, on célèbre la modernité, puis l’on découvre soudain la vertu du « titre conservatoire » lorsque la situation devient trop visible pour rester décorative, mais que la rendre plus claire serait gênant. La présomption d’innocence mérite évidemment d’être respectée ; elle ne devrait pas, pour autant, servir de housse de protection permanente aux réseaux du pouvoir. Pierre-Olivier Costa n’est peut-être qu’un dossier de plus dans cette longue série où la République exemplaire promet la lumière avant de vérifier, d’abord, si les rideaux sont bien tirés. Au MuCEM, musée des civilisations, la macronie vient surtout d’exposer l’art français du parachutage qui finit en chute libre.


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