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Piégée par son propre réseau : cette mule de la drogue a été « sacrifiée » pour couvrir d’autres trafiquants

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INFO LE FIGARO - Guenaelle L. aurait été délibérément dénoncée par ses commanditaires pour détourner l'attention des forces de l'ordre, pendant que d'autres convoyeuses passaient l’embarquement à l’aéroport de Fort-de-France.

Dans le monde du narcotrafic, la loyauté ne semble pas être inscrite dans les contrats. Le 12 juin dernier, le tribunal judiciaire de Fort-de-France condamnait trois jeunes femmes, interpellées le même jour, dans deux affaires de trafic de stupéfiants, explique au Figaro le procureur de la République de Fort-de-France, Yann Le Bris. Parmi elles, une mule dont le cas a particulièrement retenu l’attention des enquêteurs : Guenaelle L., résidant à Chambray-les-Tours, en Indre-et-Loire et délibérément «sacrifiée» par l’organisation criminelle qui l’employait.

Les faits remontent au soir du 8 juin. Aux alentours de 18h40, les services douaniers de l’aéroport de Fort-de-France interceptent cette jeune femme alors qu’elle s’apprête à embarquer à destination d’Orly, détaille une source proche du dossier. Celle-ci n’avait pas été spécialement repérée par les autorités. C’est «un appel anonyme» qui aurait mis les autorités sur sa piste.

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À l’intérieur de ses bagages, les agents découvrent «8 kilogrammes» de stupéfiants dissimulés dans ses affaires. Mais l’analyse va rapidement révéler une singularité encore plus troublante puisque sur les «huit pains» semblables à de la «cocaïne», trois s’avèrent être de simples «leurres», explique notre source. Seuls «5 kilogrammes de cocaïne» sont réellement saisis.

Une stratégie de diversion cynique

Remise à l’antenne OFAST Caraïbes - l’unité spécialisée dans la lutte contre les trafics de stupéfiants aux Antilles - Guenaelle L. livre une explication encore plus vertigineuse. Elle aurait été sciemment désignée à la dénonciation par ses propres commanditaires - « sacrifiée », selon ses propres termes - pour détourner l’attention des forces de l’ordre et permettre à «d’autres mules, voyageant sur le même vol, de passer» sans encombre. Une stratégie de diversion cynique, corroborée par la présence des leurres dans ses bagages.

Pour ce voyage, la jeune femme explique aux enquêteurs qu’elle devait percevoir la somme de «11 000 euros», ajoute notre source policière. Ses échanges avec ses commanditaires transitaient, selon elle, par «Signal» - une des messageries chiffrée prisée des réseaux criminels. Mais malgré la trahison, elle aurait refusé de communiquer les pseudonymes de ses interlocuteurs. Le 12 juin, le tribunal la condamnait à 30 mois de détention ferme, assortis d’une interdiction de séjour en Martinique pour une durée de cinq ans. Une peine alourdie par son statut de récidiviste, détaille le parquet de Fort-de-France.

Deux autres mules interceptées avec 76 kilos de résine

Ce même 8 juin, ce sont deux autres affaires qui mobilisaient simultanément les services de l’OFAST Caraïbes. En milieu de journée, les douaniers de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle découvraient 37 kilogrammes de résine de cannabis dissimulés dans deux valises enregistrées au nom de Mariama D., 20 ans, originaire de Tremblay-en-France. Mais cette dernière a déjà franchi les portiques, déposé ses bagages bourrés de résine et rejoint la file d'embarquement. Il est trop tard pour l'intercepter côté hexagonal, raconte une source policière. Alors les agents font un choix : la laisser monter à bord du vol et prévenir le parquet de Fort-de-France.

Le vol atterrit vers 18 heures. Sur le tarmac martiniquais, les effectifs de l'OFAST Caraïbes sont déjà en place et Mariama D. tombe directement dans les filets des enquêteurs. À ses côtés voyage une amie, Assia J., 20 ans elle aussi, originaire du même quartier de Tremblay-en-France. Dans ses bagages : 38 kilogrammes supplémentaires de résine de cannabis sont également retrouvés, confie notre source.

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Interrogées, les deux jeunes femmes auraient indiqué avoir récupéré les valises sur un parking de Ballainvilliers, dans l’Essonne, sur instruction d’un certain « Steven », contacté via la messagerie Signal. Déférées devant le tribunal judiciaire de Fort-de-France le 12 juin, elles ont été condamnées chacune à 30 mois d’emprisonnement, dont 15 mois avec sursis - soit 15 mois de détention effective - et à une amende douanière ou délictuelle de 10.000 euros, annonce le procureur de la République, Yann Le Bris.

Cette réalité s’inscrit dans une tendance de fond documentée depuis plusieurs années dans les Caraïbes. En décembre 2025, des sources policières martiniquaises confiaient au Figaro avoir « atteint des sommets qu’on n’avait jamais vus », sur fond d’une production de cocaïne en Amérique latine « multipliée par quatre en une décennie en Colombie », selon la préfecture de Martinique. Aujourd’hui, «le prix au kilo de la cocaïne est en forte hausse, et celui de la résine de cannabis tend désormais à le dépasser sur le sol martiniquais», glisse une source policière.

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