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Pénurie de psychologues : la demande explose, mais l’accès au doctorat se resserre

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Alors que le Québec fait face à une demande croissante de services en santé mentale, il n’a jamais été aussi difficile pour les étudiants en psychologie d’obtenir une place au doctorat. Une étape pourtant nécessaire à l’accès à la profession de psychologue.

Émilie Maillette, finissante au baccalauréat et présidente de l’Association étudiante de psychologie de l’Université de Sherbrooke, a vu son ambition initiale se heurter à cette réalité. Quand je suis rentrée au baccalauréat en psychologie, c’était mon objectif premier, le doctorat , dit-elle.

Au fur et à mesure que le programme avançait, je réalisais que c’était peut-être pas nécessairement possible, que je n'étais pas nécessairement prête à faire ces sacrifices-là, poursuit celle qui est maintenant inscrite au baccalauréat en sexologie.

Selon les plus récentes données du ministère de l’Enseignement supérieur, le système universitaire québécois a reçu un volume historique de 2767 demandes d’admission à ce niveau en 2024, un bond de près de 1000 candidats en 10 ans.

Sur cette même période, seulement 81 places ont toutefois été ajoutées pour l’ensemble des programmes de doctorat en psychologie dans la province.

Ce faisant, le taux d’admission de ces programmes déjà contingentés est passé de 21,2 % à 16,7 % dans la dernière décennie.

Les donnes d'accès au doctorat en psychologie, au Québec, de 2015 à 2024.

L'accès au doctorat en psychologie au Québec s'est resserré en 10 ans.

Photo : Radio-Canada

La Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec, qualifie la situation d’important goulot d’étranglement qui force les universités à refuser un nombre de plus en plus important de bacheliers.

En 2024 seulement, 1300 détenteurs de baccalauréat ont été refusés au Québec.

Il y a pas mal plus d’appelés que d’élus.

Malgré ce resserrement de l’entonnoir universitaire, le nombre de diplômés au troisième cycle est quant à lui en légère augmentation. Les données de l’OPQ indiquent que le réseau est passé de 218 nouveaux diplômés ayant accès au permis de pratique, en 2014, à 342 diplômés, en 2024.

Tableau de données mettant en lumière les admissions, en psychologie, par université.

Comparaison des admissions en psychologie par université.

Photo : Radio-Canada

Cette sélection s'opère dans un climat de forte pression, selon Émilie Maillette. Tu es en compétition contre ta cohorte, contre celle des autres universités, contre les étudiants des années précédentes qui essaient de réappliquer, explique-t-elle.

L'évaluation des dossiers exige également un investissement qui dépasse largement le cadre académique. Ils regardent ton nombre d'heures de recherche, ton nombre d'heures de bénévolat, ton nombre d'heures d'intervention, l'excellence académique. Plein de différents aspects pour lesquels j'ai réalisé que je n'étais pas prête à sacrifier ma vie sociale, souligne-t-elle.

De nouvelles places coûteuses

Difficile pour l’Ordre des psychologues d’identifier la cause unique de la situation. Pour créer de nouvelles places au doctorat, les universités doivent embaucher davantage de professeurs, en plus de trouver des superviseurs de stage. Une démarche qui nécessite un financement à long terme, étant donné la longueur des formations.

La présidente de l’Ordre des psychologues, Christine Grou.

La présidente de l’Ordre des psychologues, Christine Grou (photo d'archives).

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Cet enjeu s’amplifie dans un contexte d’iniquité de financement pour les étudiants selon le type de doctorat qu’ils choisissent, c’est-à-dire entre la recherche-intervention et le cheminement clinique.

Les étudiants qui font un programme de recherche, d’une durée de six ans, sont généralement financés, ce qui n’est pas le cas de ceux qui font le programme clinique, qui est seulement quatre ans. Il faut trouver un moyen de financer ces cheminements-là aussi, estime la Dre Christine Grou.

Qui plus est, la grande majorité des places au doctorat sont réservées à la recherche, retardant l’arrivée des nouveaux diplômés sur le marché du travail.

Le cheminement clinique se décline en 700 heures de stages et 1600 heures d’internat qui doivent être encadrées de façon individualisée. Ça prend beaucoup de ressources professorales. C’est pour ça qu’il y a moins de places, explique pour sa part Véronique Parent, professeure au département de psychologie de l’Université de Sherbrooke.

Des bacheliers laissés pour compte

Cette rareté des places au troisième cycle complexifie le parcours des finissants du premier cycle. Comme le souligne Émilie Maillette, c’est difficile de se motiver à étudier et à avoir des bonnes notes quand tu ne sais pas ça va être quoi les débouchés.

Toujours selon les données du ministère de l’Enseignement supérieur, l'écart entre le nombre de diplômés au baccalauréat et le nombre de places se creuse. En 2024, on dénombrait 1300 bacheliers qui ont été refusés, contre 960 en 2015.

La Dre Christine Grou rappelle que le baccalauréat en psychologie n'a pas été conçu à l'origine comme un diplôme terminal. Pour les étudiants, l'absence de statut professionnel après trois ans d'études est une importante source d’anxiété.

À part le diplôme, on n'a pas de sécurité d'emploi. On n'a pas de perspective envisageable claire, concrète.

Les bacheliers peuvent se diriger vers d'autres maîtrises dans le domaine de la santé mentale, qui sont aussi particulièrement contingentées pour les finissants en psychologie.

Elle pose pour la photo et sourit.

Émilie Maillette est finissante au baccalauréat en psychologie et présidente de l’Association étudiante de psychologie de l’Université de Sherbrooke.

Photo : Radio-Canada / Gracieuseté

Pour faciliter cette transition et permettre à ses étudiants de mieux se réorienter en cas de refus au doctorat, l'Université de Sherbrooke implantera en septembre 2026 une refonte de son baccalauréat.

Il y aura des passerelles, c'est-à-dire que les étudiants vont pouvoir, au fur et à mesure qu'ils vont avancer dans leur parcours, choisir des orientations qui vont leur permettre ultimement d'accéder à d'autres programmes professionnels par exemple à la maîtrise, explique Véronique Parent. Ces orientations mèneront notamment vers la psychoéducation ou l'orthophonie.

Un nouveau programme à l’Université Bishop’s

L’Université Bishop’s, à Lennoxville, a récemment accueilli la première cohorte de son nouveau programme de doctorat en psychologie clinique, créé en collaboration avec l’Université du Québec à Chicoutimi.

Ce partenariat permet à l'institution estrienne d'offrir la même structure de cours que l'université saguenéenne, mais en s'appuyant sur son propre corps professoral.

Dès son ouverture, le programme a fait face à un volume de candidatures qui surpasse largement sa capacité d'accueil. On a reçu plus que 100 applications pour 16 places , souligne Matthew Peros, doyen de la faculté des sciences sociales de l'établissement.

Matthew Peros, doyen de la faculté des sciences sociales de l'Université Bishop's.

Matthew Peros, doyen de la faculté des sciences sociales de l'Université Bishop's.

Photo : Radio-Canada / Guillaume Renaud

Il précise que l’un des objectifs centraux de ce doctorat est de former des professionnels pour répondre à une demande bien précise dans la communauté, soit l'accès à des services en santé mentale en anglais.

Pour assurer la formation pratique de ses étudiants, l'université mise sur ses relations avec le milieu de la santé estrien. On travaille avec les cliniques, on travaille avec les centres communautaires et d'autres organisations pour établir les liens et trouver des places pour nos étudiants, ajoute M. Peros.

Pour l'instant, l'Université Bishop's se concentre sur l'encadrement de sa première cohorte et n'envisage d'ouvrir de nouvelles places que dans deux ans. La direction continue d'analyser différents modèles afin de déterminer si des admissions annuelles pourraient éventuellement être envisageables.

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