Hors course: Paul Seixas est un jeune adulte comme d’autres, à côté de ses pompes, au sens propre du terme, et son équipe doit lui donner un surplus de maillots et cuissards, car il égare ses sapes partout où il passe. Pendant la course: Paul Seixas est un génie du vélo, comme d’autres du jazz ou des échecs, à 19 ans, et il lutte de tous ses ongles pour monter sur le podium de son premier Tour de France. Il n’y a rien entre les deux phases. L’étape s’ébranle et le coureur appuie sur «on». Une milliseconde pour changer un adolescent en vieux sage des montagnes. Son directeur sportif, Luke Rowe, a une expression anglaise pour décrire ce calme absolu quand Paul Seixas fait du vélo: «C’est un assassin silencieux.»
Pendant la course: Le Lyonnais de l'équipe Decathlon-CMA CGM «lisse» son effort dans la montagne, jamais paniqué, d'après les apparences. Vendredi, à l’Alpe d’Huez, il laisse partir le maillot jaune Tadej Pogačar, pour la victoire d’étape. Puis Remco Evenepoel, qui consolide sa deuxième place au classement. Ensuite Isaac Del Toro, actuel troisième du jeu. Seixas tamponne les écarts au petit mouchoir. Hors course: il trahit des signes d’usure, sorti de cet espace-temps de la compétition, où il plane, juché sur son vélo, «perché», un mot qui lui est intimement accolé. Dès la deuxième étape, à Barcelone, en pleine interview télé, il lance au vacarme des supporters: «Taisez-vous, s’il vous plaît!» Jeudi, au sommet d’Orcières Merlette, frôlé par la perche des reporters: «Doucement les micros!» On oppresse ce personnage pressé.


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