En astronomie, il existe une injustice fondamentale appelée le « biais de détection ». Imaginez que vous cherchiez des objets perdus sur une plage, mais que vous ne puissiez voir que les plus gros et les plus brillants. C’est exactement ce qui se passe avec la chasse aux exoplanètes : nos instruments sont excellents pour repérer des géantes gazeuses (type Jupiter) qui orbitent très près de leur étoile en quelques jours seulement. En revanche, trouver une petite planète rocheuse, située à une distance raisonnable de son soleil et mettant des mois à en faire le tour, relève de l’exploit statistique. C’est pourtant exactement ce qu’une équipe de chercheurs pense avoir enfin déniché : une planète candidate qui ressemble étrangement à la nôtre, là où personne ne l’attendait.
Briser la malédiction des « Jupiters chauds »
La méthode la plus courante pour chasser les exoplanètes est celle du transit. Les astronomes fixent une étoile et attendent qu’une planète passe devant, créant une mini-éclipse et une baisse de luminosité. Le problème ? Une grosse planète qui passe tous les 3 jours est facile à voir. Une petite planète qui passe tous les 365 jours demande des années de patience et une précision extrême. C’est pourquoi la majorité des milliers d’exoplanètes découvertes à ce jour ne ressemblent en rien à la Terre.
Mais l’objet qui fascine aujourd’hui la communauté scientifique brise ce moule. Baptisé HD 137010 b, cet astre n’est pour l’instant qu’une « candidate » (sa nature doit être confirmée), mais la qualité des données récoltées est exceptionnelle. Si son existence est validée, elle orbitrait autour de HD 137010, une étoile orangée légèrement plus froide et moins lumineuse que notre Soleil.
Un profil orbital quasi-terrestre
Ce qui rend HD 137010 b si spéciale, ce sont ses mensurations. D’abord, son rayon est très proche de celui de la Terre, ce qui suggère une nature rocheuse. Ensuite, son orbite est presque circulaire, tout comme la nôtre. Mais c’est sa période de révolution qui intrigue le plus : elle mettrait entre 300 et 555 jours pour faire le tour de son étoile.
C’est une rareté absolue. La plupart des planètes rocheuses découvertes jusqu’ici orbitent frénétiquement autour de naines rouges en quelques jours. Ici, nous avons enfin un monde qui prend son temps, évoluant sur une orbite large, comparable à celle de la Terre. Selon l’étude publiée dans The Astrophysical Journal Letters, il s’agit de la « première planète candidate avec un rayon et une orbite similaires à la Terre transitant devant une étoile assez brillante pour être étudiée ».
Crédit : A. Smith, N. Madhusudhan (Université de Cambridge)
Une « Terre » version congélateur ?
Ressembler à la Terre ne signifie pas forcément être habitable. L’étoile hôte étant plus froide que le Soleil, HD 137010 b reçoit environ un tiers de l’énergie solaire que nous percevons. Si elle n’a pas d’atmosphère, c’est un monde glacé et stérile. Il y a d’ailleurs une chance sur deux qu’elle se situe techniquement juste en dehors de la « zone habitable » classique.
Cependant, tout espoir n’est pas perdu. Les chercheurs ont simulé plusieurs scénarios climatiques. Si cette planète possède une atmosphère dense et riche en dioxyde de carbone, l’effet de serre pourrait compenser le manque de lumière et maintenir des températures de surface compatibles avec l’eau liquide. Ce ne serait pas une seconde Terre verdoyante, mais peut-être une « sœur froide » capable d’abriter une chimie complexe.
Pour l’heure, la prudence est de mise. Les astronomes doivent confirmer ce transit, une tâche ardue vu la longueur de l’année sur cette planète (il faut attendre longtemps pour la revoir passer !). Mais grâce aux télescopes spatiaux comme TESS, CHEOPS ou les futurs PLATO et ARIEL, nous avons désormais les outils pour vérifier si nous avons enfin trouvé ce monde « normal » que nous cherchions depuis si longtemps.


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