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La reconnaissance de deux nouveaux cancers met en lumière un enjeu de santé majeur. En Vendée, le Sdis agit depuis plusieurs années. Rencontre avec deux sapeurs-pompiers vendéens.
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Par Sébastien Béthune Publié le 2 août 2026 à 18h03
Fin décembre 2025, un décret est venu élargir la liste des cancers reconnus comme maladies professionnelles. Jusqu’alors, seuls le carcinome du nasopharynx et le carcinome hépatocellulaire figuraient dans les tableaux officiels. Depuis, le mésothéliome, lié à l’exposition à l’amiante, et le cancer de la vessie ont également été intégrés.
Cette évolution concerne les sapeurs-pompiers professionnels, les volontaires ainsi que les militaires affectés de manière permanente à des missions de sécurité civile.
Au Service départemental d’incendie et de secours (Sdis) de la Vendée, cette problématique est prise en compte depuis plusieurs années. Rencontre avec Marc Francheteau, chef du groupement des ressources humaines au Sdis, et Philippe Bolut, médecin-chef du Sdis de la Vendée. Tous deux reviennent sur l’évolution du métier et des mentalités, ainsi que sur les mesures mises en place pour mieux protéger les sapeurs-pompiers.
Une nouvelle traçabilité des interventions
Un an avant la reconnaissance de ces deux maladies professionnelles, les pompiers vendéens avaient déjà amorcé un virage en matière de prévention.
En janvier 2025, une circulaire a instauré une nouvelle obligation : les centres de secours doivent désormais assurer la traçabilité des interventions des sapeurs-pompiers.
Ces consignes sont fixées au niveau national par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), puis mises en œuvre par chaque Service départemental d’incendie et de secours (Sdis).
« La direction générale a redéfini un cadre plus précis en nous demandant à tous les services départementaux de fixer une traçabilité. Avec cette circulaire, nous recensons désormais sur une fiche annuelle toutes les expositions aux fumées notamment. »
Chaque agent a désormais sa fiche de traçabilité et, en fin de carrière, une fiche de cumul d’activité de risque lui est donnée. « À chaque fois qu’on les voit en visite médicale, on remplit cette fiche. À la fin de leur carrière, il y a une attestation de cumul », précise le médecin-chef du Sdis Philippe Bolut.
Concrètement, la direction générale souhaite « faciliter la reconnaissance de ces cancers-là lorsque les agents sont touchés en étant transparents sur l’activité qu’ils ont exercées », précise le chef du groupement des ressources humaines. « On sait que c’est une activité à risque ! », a-t-il poursuivi.
Après la demande de la direction générale, chaque Sdis a dû adopter un logiciel de traçabilité et définir sa propre méthodologie. « La Vendée a été très forte à ce niveau-là, car parmi les cinq départements de la région Pays de la Loire, on a été un des premiers à le mettre en place. » Pour Marc Francheteau, ce nouveau système est une évolution logique. « Faire face à un cancer, c’est déjà un drame. Avec ce suivi, l’objectif est de faciliter les démarches : il n’y a plus besoin d’aller chercher les données, elles sont déjà disponibles. En plus, elles peuvent être conservées jusqu’à 50 ans », souligne-t-il.
"Un véritable progrès"
Après le carcinome du nasopharynx et le carcinome hépatocellulaire, le cancer de la vessie et le mésothéliome ont, à leur tour, été reconnus comme maladies professionnelles en décembre 2025. Cette reconnaissance change concrètement la prise en charge des sapeurs-pompiers concernés. Alors que ces cancers relevaient auparavant du régime de la maladie ordinaire, ils bénéficient désormais du régime des maladies professionnelles, plus protecteur sur le plan financier. "C'est un véritable progrès. La profession évolue par rapport à ces risques et il est normal d'en arriver à ces dispositions là. On verra certainement ce tableau des maladies professionnelles évolué à l'avenir, car on sait que dans d'autres états, c'est déjà le cas. C'est une trajectoire de la prise en compte de ces maladies", confie Marc Francheteau, chef du groupement des ressources humaines.
À noter qu'à ce jour, aucun cas de ces cancers n'a été recensé au Sdis de la Vendée.
« On ne rentre plus chez soi sale »
Mais la traçabilité n’est qu’un volet de cette politique de prévention. Depuis plusieurs années, les pratiques opérationnelles et les mentalités ont elles aussi profondément évolué pour limiter l’exposition des sapeurs-pompiers aux substances cancérogènes.
Cette image du pompier héroïque, couvert de suie, a été très longtemps une référence et un exemple. « C’est fini ça ! », confirme Marc Francheteau.
« Aujourd’hui, sur toutes nos interventions, on a un soutien sanitaire opérationnel. Pour citer un exemple, le feu que l’on a eu à La Roche-sur-Yon, quartier de la Liberté (N.D.L.R. : le 22 juillet 2025, ce feu a ravagé 30 appartements d’un immeuble) : au cours de l’intervention, nous apprenons qu’il y a de l’amiante. Dès qu’on l’apprend, on arrête tout, on déclenche le protocole amiante. Tous les agents sont déséquipés, les engins sont décontaminés. On a cette politique-là permanente. »
Sur une intervention, le soutien logistique est colossal : « La chaîne logistique permet désormais de fournir des tenues propres et décontaminées après intervention. On ne rentre plus chez soi sale, c’est fini. »
Des fumées toujours plus toxiques ?
Aujourd’hui, même pour un feu de voiture, les sapeurs-pompiers doivent porter un appareil respiratoire isolant (ARI), qui leur permet de respirer un air non contaminé lors des interventions. « Avant, on ne le portait pas forcément, car c’était gênant… Aujourd’hui, plus aucun jeune ne s’en passe. »
Une évolution logique des mentalités, tant les fumées sont plus toxiques aujourd’hui :
« Imaginez, il y a 50 ans en Vendée, une ferme : des murs en pierre, des meubles en bois. Aujourd’hui, vous rentrez dans une ferme réaménagée en Airbnb, vous n’y voyez que du confort : des mousses, des matériaux polymères… C’est tout ce qui fait la toxicité des fumées. Ça a progressé, on le sait depuis longtemps », confirme Marc Francheteau.
Pour cela, les sapeurs-pompiers ont dû s’adapter : « Nos équipements ont évolué : on est passés de vestes en cuir à des vestes en textile. On est un métier qui n’a cessé d’évoluer depuis 40 ans. Je suis rentré en 1997, je n’ai connu que des évolutions ! »
Le médecin-chef illustre ces évolutions par une anecdote particulièrement parlante : « Avec l’ancien casque Adrian (N.D.L.R. : Ancien modèle de casque porté par les sapeurs-pompiers), quand on sentait nos oreilles chauffer ou commencer à cloquer, c’était le signal qu’il fallait reculer. Ce n’était pas un bon système ! Aujourd’hui, ça a évolué, et dans le bon sens. »
Loin de l’image du pompier rentrant d’intervention couvert de suie, les pratiques ont profondément évolué. Désormais, protéger les autres passe aussi par la protection de soi. « Se protéger, c’est aussi durer dans le temps. L’idée, c’est surtout que l’agent soit acteur de sa propre santé. »
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