Péter Magyar est devenu samedi officiellement le nouveau premier ministre de la Hongrie, offrant à son pays «l’espoir d’un nouvel élan», selon la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.
Le conservateur pro-européen, qui a surgi sur la scène politique hongroise il y a à peine deux ans et mis fin aux 16 ans de pouvoir sans partage du nationaliste Viktor Orbán, a été élu par 140 voix pour, 54 contre et une abstention dans un parlement où son parti Tisza détient 141 sièges sur 199. Une consécration qui s’est déroulée en l’absence de Viktor Orbán qui a renoncé à son poste de député.
«Je ne régnerai pas sur la Hongrie, mais je servirai mon pays», a immédiatement déclaré Péter Magyar, dénonçant la corruption du système Orban qui a privé les Hongrois «des routes, hôpitaux, écoles» dont ils ont besoin. Il a annoncé la création d’un office indépendant en charge de «mettre au jour les abus commis» au cours des 20 dernières années et de récupérer les sommes détournées.
Lire aussi: «On n’attend pas des miracles»: à Budapest, un optimisme prudent accompagne l’investiture de Péter MagyarDe nombreux défis
A l’extérieur, des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées sous le soleil pour assister à la cérémonie d’investiture, retransmise sur de grands écrans installés autour du parlement dont l’immense silhouette néogothique domine le Danube.
Des partisans du parti Tisza assistent au discours d'investiture de Peter Magyar sur la place Kossuth, à Budapest, en Hongrie, le 9 mai 2026. — © Tamas Vasvari / keystone-sda.ch
«Je n’avais jamais connu cette joie, cette atmosphère conviviale auparavant, on voit que la plupart des gens voulaient cela», le changement, dit à l’AFP Anna Horvath, une retraitée de 66 ans, qui dit espérer la fin de la corruption, le retour des libertés et que son pays retrouve sa place au sein de l’Union européenne.
Lire aussi: Péter Magyar, la fougue anti-Orbán qui doit tenir ses promessesDe nombreux défis attendent Péter Magyar, à commencer par la stagnation de l’économie et la dégradation des services publics, qui nécessitent des réformes structurelles. Mais les Hongrois ont aussi besoin de voir des résultats «à court terme, souligne Andrea Virag, directrice de la stratégie du centre de réflexion libéral Republikon. Péter Magyar, 45 ans, doit aussi s’exprimer devant la foule.
Réchauffement des relations avec Bruxelles
Conscient que l’état de grâce pourrait ne pas durer, il se montre pressé de faire adopter les réformes nécessaires pour «rapatrier» les fonds européens gelés en raison des atteintes passées à l’Etat de droit. D’autant que la Hongrie est confrontée à une échéance en août, alors qu’elle pourrait perdre 10 milliards d’euros du plan de relance post-Covid.
La semaine dernière, il s’est rendu à Bruxelles, dans l’espoir d’obtenir d’ici fin mai le déblocage de cet argent sur lequel il compte pour tenir ses promesses électorales. Tout en se réjouissant ouvertement de l’arrivée de Péter Magyar, qui a promis de renouer des relations apaisées avec l’UE, Bruxelles pourrait toutefois attendre l’adoption de réformes concrètes avant de répondre positivement.
Peter Magyar prête serment en tant que premier ministre de Hongrie lors d'une cérémonie à Budapest, en Hongrie, le samedi 9 mai 2026. — © Denes Erdos / AP
«En cette journée de l’Europe, nos cœurs sont à Budapest», a affirmé Ursula von der Leyen dans une publication sur X, saluant «un signal fort en ces temps difficiles».
Hommage aux Roms
Péter Magyar s’est déjà engagé à adhérer au Parquet européen, à lutter contre la corruption et assurer l’indépendance de la justice et de la presse. La nouvelle présidente du parlement Agnes Forsthoffer, élue à la quasi-unanimité, a ordonné, comme première mesure, de hisser le drapeau européen sur le parlement, après douze ans d’absence, pour marquer «symboliquement» le retour de son pays vers l’Europe.
La cérémonie d’investiture a aussi rendu hommage à l’importante minorité rom du pays et aux minorités hongroises vivant dans les pays voisins. «Magyar cherche à montrer qu’il incarne une forme d’unité nationale et de réconciliation après la politique de division d’Orban», estime Andrea Virag.
Lire aussi: «La répression politique systématique à l’égard des Roms en Hongrie nécessite une intervention extérieure»Il a cependant exclu de travailler avec le président Tamas Sulyok, un proche de Viktor Orbán qui a offert samedi «une coopération constructive», réclamant sa démission et celles de «toutes les marionnettes nommées par le système Orban à des postes-clés» avant le 30 mai.


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