Les quatre infortunés se tiennent en silence, ne laissant échapper que des râles de moribonds. L’un des estropiés écarquille les yeux, fixement, comme un extravagant. Des bandages sanglants dépassent de ses hardes en lambeaux. Le chauffeur qui les a débarqués au point de stabilisation – où les blessés sont stabilisés avant d’être envoyés vers un hôpital – improvisé au sous-sol d’une bâtisse s’adresse au médecin de garde: ils ont des plaies multiples, plus ou moins graves; deux d’entre eux sont plus grièvement touchés; ils auraient été blessés par l’attaque d’un drone plusieurs jours auparavant.
L’équipe médicale accourt dans la salle de chirurgie, une dizaine de personnes, toutes dans la trentaine. Anesthésistes, chirurgiens, infirmières et le traumatologue sont prêts en moins de cinq minutes bien que l’irruption de ces blessés n’ait pas été annoncée. Le point de stabilisation du bataillon des Loups de Da Vinci est l’un des mieux équipés de la ligne de front. Alors que les militaires mutilés se débarrassent en grimaçant de leurs vestes et chaussures respectives, les médecins constatent la gravité des blessures. Une puanteur abjecte monte dans la pièce: le sang, les chairs pourries, la crasse et l’odeur des bottes. Que Sergueï et Ihor, les plus grièvement blessés, aient pu marcher tient du miracle.


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