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Seuls 27% des Américains approuvent les frappes décidées par les Etats-Unis et leur allié israélien, selon un sondage Reuters-Ipsos paru début mars.
Publié le 03/03/2026 16:41 Mis à jour le 03/03/2026 16:41
Temps de lecture : 6min
Manifestations à New York (Etats-Unis) contre les frappes américano-israéliennes sur l'Iran, le 2 mars 2026. (MELISSA BENDER / NURPHOTO VIA AFP)
Plus de quatre Américains sur dix désapprouvent les frappes initiées par Donald Trump contre l'Iran. Et seul un quart (27%) d'entre eux les approuve, selon un sondage Reuters-Ipsos mené samedi 28 février et dimanche 1er mars. Une autre enquête d'opinion, conduite pour le compte de CNN durant la même période, avance même que près de 60% des Américains sont opposés à l'invention militaire américaine.
Sans surprise, les démocrates, dont les sympathisants sont opposés à 74% aux frappes américaines, selon le sondage Reuters-Ipsos, sont particulièrement critiques. Samedi, l'ancienne candidate à la présidentielle Kamala Harris a accusé sur X le président américain de "traîner les Etats-Unis dans une guerre dont les Américains ne veulent pas". Une condamnation également exprimée sur le réseau social par l'élue à la Chambre des représentants Alexandria Ocasio-Cortez, pour qui "cette guerre est illégale". "Elle est inutile. Et elle sera catastrophique", a-t-elle ajouté.
Des arguments repris par les manifestants qui défilaient contre le conflit dans les rues de New York, lundi. Cette guerre "est contraire à la Constitution. Elle a été menée sans le consentement du Congrès américain", a déclaré l'un d'eux à CBS News. Si le Congrès est le seul habilité à déclarer la guerre, une loi de 1973 permet néanmoins au président de déclencher une intervention militaire limitée pour répondre à une situation d'urgence créée par une attaque contre les Etats-Unis.
"[Donald] Trump a convaincu les électeurs avec une vision 'pro-paix' (…) mais en moins de treize mois, il a ordonné des frappes contre sept pays étrangers et plongé notre pays dans un conflit plus ouvert en utilisant l'argent des contribuables", a aussi fustigé Ken Martin, président du Comité national démocrate, dans un communiqué publié samedi.
L'opposition n'est pas la seule à condamner l'initiative présidentielle. Comme lors de la précédente vague de frappes des Etats-Unis et d'Israël sur l'Iran en juin, l'opération révèle une ligne de fracture au sein du parti républicain, entre partisans d'un soutien militaire explicite à Israël et tenants du non-interventionnisme, rassemblés sous le slogan "America First" ("l'Amérique d'abord"). Tucker Carlson, un partisan de longue date de Donald Trump, a ainsi condamné l'opération militaire dès son lancement. Il a déclaré à ABC News que l'attaque contre l'Iran était "absolument répugnante et malveillante", suggérant qu'elle allait "profondément bouleverser la donne" du trumpisme.
Une critique également émise par Marjorie Taylor Green, ancienne élue républicaine de Géorgie et fervente supportrice de Donald Trump, qui a rompu en janvier avec le mouvement Maga (pour "Make America Great Again", le slogan de campagne du milliardaire), notamment en raison de l'interventionnisme du président américain. L'ancienne alliée de Donald Trump a qualifié samedi sur X son administration de "bande de menteurs malades". Avant de clamer : "Nous avons voté pour 'America First' et pour ZERO guerre."
Les réponses de l'administration Trump n'ont pas tardé. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a répondu sur X à Matt Walsh, commentateur conservateur qui accusait le gouvernement de tenir un discours "confus" sur les objectifs de l'intervention américaine en Iran. "Samedi, le président Trump a publié une déclaration exposant clairement les objectifs de l'opération 'Epic Fury' au peuple américain", a rétorqué Karoline Leavitt.
Selon ses dires, l'intervention chercherait notamment à détruire les stocks d'armes et l'industrie balistique du pays, à s'assurer qu'il ne serait "jamais" en mesure de se procurer l'arme nucléaire, et à mettre fin à ses "attaques brutales" et à ses "menaces". "Que les sondages soient mauvais ou pas (…) on ne peut pas laisser l'Iran, un pays dirigé par des fous, posséder l'arme nucléaire", s'est aussi justifié Donald Trump, lundi, dans une interview au New York Post.
L'impopularité de l'opération américaine pourrait encore s'accroître, avec l'annonce, lundi, de la mort de six soldats américains. Parmi les 55% des Républicains qui déclaraient approuver les frappes dans le sondage Reuters-Ipsos, 42% estimaient en effet qu'ils seraient moins enclins à soutenir la campagne contre l'Iran si elle conduisait à "des troupes américaines au Moyen-Orient tuées ou blessées."
Les difficultés économiques engendrées par le conflit pourraient aussi aggraver l'impopularité de l'opération. Environ 45% des personnes interrogées dans le même sondage, dont 34% de Républicains, ont déclaré qu'elles seraient moins enclines à soutenir la campagne contre l'Iran si les prix du gaz ou du pétrole augmentaient aux Etats-Unis. Or, le prix du baril de pétrole a franchi les 85 dollars, mardi, en raison du blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, par lequel transite autour de 20% du pétrole mondial. Un prix élevé de l'or noir constitue "le talon d'Achille" du président américain, qui a promis à plusieurs reprises de faire baisser ce prix, estime auprès de l'AFP Michelle Brouhard, analyste chez Kpler, une entreprise spécialisées dans les analyses dans le domaine des matières premières.
Pour le New York Times, Donald Trump a pris "le plus grand risque de sa présidence (…). Confronté à une baisse de popularité et à la possibilité que les Républicains perdent le contrôle du Congrès lors des élections de mi-mandat, il a plongé les Etats-Unis dans ce qui s'annonce comme leur conflit militaire le plus vaste depuis l'invasion de l'Irak en 2003". Les frappes contre l’Iran ont commencé trois jours avant les premières primaires des élections de mi-mandat américaines au Texas, mardi. Ces scrutins, qui se tiendront en novembre, détermineront si les républicains de Donald Trump conserveront leur majorité au Congrès pour les deux années à venir.
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