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«Non… papa» : la tuerie familiale de Chris Watts qui hante encore l’Amérique

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RÉCIT.- Remis en lumière par les réseaux sociaux, le documentaire Netflix L’Affaire Watts : Chronique d’une tuerie familiale fascine toujours autant. Une histoire que certains rapprochent de l’affaire Jonathan Daval. Retour sur une tuerie familiale qui a marqué les États-Unis.

Le 14 août 2018, sous le soleil du Colorado, Christopher Watts se tient devant sa maison de Frederick, une petite ville située au nord de Denver, entouré de journalistes et de plusieurs caméras. «Je veux juste qu’elles reviennent», dit-il simplement, comme dénué d’émotion. La scène est dérangeante. L’homme de 33 ans porte un maillot de baseball et affiche un sourire maladroit, parfois même quelques rires nerveux. Il ne verse pas une larme sous le porche de sa demeure familiale, figée dans l’attente, ses volets ouverts et sa pelouse taillée au cordeau. La veille, sa femme Shanann et leurs deux filles, Bella, 4 ans, et Celeste, dite «Cece», 3 ans, ont disparu. L’image est si troublante que bientôt, en France, l’affaire fera penser à celle d’un certain Jonathann Daval : ce mari qui, en 2017, avait participé aux recherches de sa femme introuvable - Alexia, morte en réalité de ses mains -, multipliant les apparitions médiatiques avant que les soupçons ne se retournent contre lui. Une comparaison telle que certains médias finiront par surnommer Chris Watts de «Jonathann Daval du Colorado».

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Mais à cet instant précis, personne n’imagine encore que les regards finiront par converger vers lui. L’alerte a été donnée quelques heures plus tôt par Nicole Atkinson, la meilleure amie de Shanann. Dans la nuit du 13 août 2018, vers deux heures du matin, elle dit avoir déposé la jeune femme devant chez elle à son retour d’un voyage professionnel en Arizona. Depuis, ses appels restent sans réponse et ses messages aussi. C’est donc rongée par l’inquiétude que Nicole s’est rendue ce matin-là au domicile familial, constatant les rideaux tirés, la maison vide. Lorsque les policiers arrivent sur place, munis de leurs caméras embarquées - vidéos qui seront diffusées plus tard dans le documentaire Netflix L’Affaire Watts : Chronique d’une tuerie familiale - ils expliquent à l’amie fidèle qu’ils ont besoin de l’autorisation du mari pour pénétrer les lieux. Quelques minutes plus tard, celui-ci arrive enfin, l’air agité. En traversant le premier couloir qui mène au salon, les agents longent les photos de famille et les dessins d’enfants qui recouvrent les murs. Anniversaires, vacances, moments de complicité : tout raconte l’histoire d’une famille aimante et ordinaire.

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«Les doudous de mes filles ont disparu», commente soudain Christopher Watts en fouillant les chambres tandis qu’un autre détail attire l’attention. Le téléphone de Shanann est là, abandonné dans la cuisine et éteint. L’époux l’allume et les messages envoyés depuis l’aube affluent sur l’écran. D’abord les siens : «Où es-tu ?», «Appelle-moi s’il te plaît», «Si tu as emmené les filles quelque part, dis-moi où.» Puis ceux de Nicole Atkinson, et d’autres proches, de plus en plus alarmés. Pour les policiers, quelque chose ne colle pas. Pourquoi une mère partirait-elle volontairement sans son portable, sans son sac à main et sans prévenir personne ? À l’extérieur, un voisin observe discrètement la scène. Face à la caméra embarquée d’un agent, il regarde Chris Watts puis chuchote une remarque qui prendra bientôt une résonance particulière : «Il n’est jamais comme ça. D’habitude, il est calme. Là, il ne fait que jacasser. C’est louche.» À ce stade pourtant, personne n’imagine encore l’ampleur du drame qui se cache derrière cette disparition.

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Liaison extraconjugale et perte de poids

Pendant des années, les Watts ont donné l’image d’une famille idéale. Shanann Rzucek - de son nom de jeune fille - est une femme énergique, ambitieuse et extravertie. Après une première union, elle construit sa propre entreprise de vente directe et, à seulement 25 ans, fait construire la maison de rêve en Caroline du Nord, d’où elle est originaire. Puis la vie la frappe brutalement lorsqu’on lui diagnostique un lupus, une maladie auto-immune qui la plonge dans une profonde dépression. C’est à cette période de trouble qu’elle rencontre Chris Watts, un homme charmant, technicien pour une compagnie pétrolière. Réservé, discret, presque effacé, il est le gendre idéal, l’homme capable de supporter le fort caractère de sa compagne. Lors de leur mariage, la famille de Shanann l’accueille à bras ouverts. «Je ne pouvais pas souhaiter un meilleur mari pour ma fille», déclare alors le patriarche. Deux enfants, Bella et Celeste, naissent bientôt de leur union et la famille entreprend de déménager à Frederik, dans le Colorado. C’est là que Shanann commence à partager des instants de leur vie sur Facebook et sur YouTube. Les vidéos s’enchaînent et documentent leur quotidien. Pour ceux qui regardent de l’extérieur, les Watts incarnent le bonheur américain. Mais derrière les publications souriantes apparaissent les fissures.

À l’été 2018, les tensions s’accumulent. Un conflit éclate notamment entre Shanann et la mère de Chris autour des allergies alimentaires de l’une des petites filles. Tandis que les relations familiales se dégradent, Chris devient distant. Trop distant pour Shanann, peu habituée à ce comportement. L’occasion est venue pour la mère de famille de partir quelque temps, de prendre du recul : cinq semaines en Caroline du Nord avec ses enfants pour rendre visite à sa famille, Chris restant seul à la maison, ne pourront leur faire que du bien. «J’ai compris ce qui manque à notre couple. Les émotions et les sentiments ne vont que dans un sens», lui envoie-t-elle le soir pour tenter de sauver ce qu’il reste de leur histoire, selon des textos exhumés par Jenny Popplewell, la réalisatrice du documentaire Netflix. Elle confie en effet à ses amies que son mari, depuis plusieurs semaines, ne l’embrasse plus. Ne la touche plus. D’autant que Chris, qui était autrefois en surpoids, s’est métamorphosé. Il a perdu plusieurs dizaines de kilos et fait du sport quotidiennement. Ainsi, Shanann commence à suspecter une liaison extraconjugale.

Une (fausse) version des faits

Le 15 août 2018, soit deux jours après la disparition et alors que les recherches battent leur plein, une femme contacte la police. Elle s’appelle Nichol Kessinger, et travaille avec Chris. Personne ne le sait, mais depuis plusieurs semaines, tous deux avaient commencé une relation. «Chris est un homme bien, dit-elle pendant son interrogatoire, mais il faut que vous sachiez que nous étions ensemble depuis un moment». Dans le récit qu’il lui avait fait de sa situation, l’homme disait avoir deux enfants mais assurait qu’il était sur le point de divorcer. La maîtresse semble alors surprise d’apprendre que Shanann attendait, en réalité, un troisième enfant, un petit garçon. Elle était bien enceinte de quinze semaines, soit environ trois mois, au moment de sa disparition.

Pendant que les enquêteurs découvrent l’existence de cette liaison, Chris, qui assure toujours ne rien comprendre et ne rien savoir, accepte de passer au détecteur de mensonges. Mais l’entretien tourne rapidement au cauchemar. L’époux est stressé, et les résultats sont catastrophiques. «Dites-nous ce qui s’est passé», souffle alors une enquêtrice tandis que Chris continue de nier. Ils tenteront bientôt une autre approche : «Est-ce que votre femme a fait du mal à vos filles et est-ce que vous lui avez fait du mal en retour ?» Est-ce là l’illumination pour lui ? Au bout de quelques minutes, les bras enroulés autour de sa tête, Chris demande à parler à son père. Seuls dans une salle d’interrogatoire, quoique sous les yeux braqués des caméras d’angle qui l’enregistrent toujours, il finît par craquer. «Elle leur a fait du mal, lance-t-il enfin, pleurant à chaudes larmes pour la première fois. Alors je l’ai tuée, je n’avais pas le choix.» Selon sa première version, Shanann aurait assassiné les enfants, et il l’aurait étranglée sous l’effet de la rage. Son père est sidéré. Et les enquêteurs aussi. Car le récit ne tient pas. Après une mise sous pression, et en apprenant qu’il sera, quoi qu’il arrive, condamné à la perpétuité, Chris finit par raconter une autre histoire. La véritable, cette fois.

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«Non...papa»

Voici réellement ce qu’il s’est passé : dans la nuit du 13 août 2018, Shanann est rentrée de voyage vers deux heures du matin. Le couple fait l’amour, mais quelques heures plus tard, révèle Chris, une dispute éclate dans leur chambre. Il lui annonce qu’il ne l’aime plus. Qu’il veut mettre fin à leur mariage. Shanann le confronte sur sa liaison et tente de le pousser. Lui, qui a toujours été si calme, se jette sur elle avant de l’étrangler. Selon ses propres aveux, Bella entre dans la chambre à ce moment précis, sa mère déjà inconsciente sur le lit. «Qu’est-ce qui arrive à maman ?», souffle-t-elle, a demi réveillée. Le père de famille la rassure, enveloppe le corps de Shanann dans un drap, le charge à l’arrière de son pick-up, puis demande à ses deux filles de monter à bord. Pendant près de trois quarts d’heure, les enfants voyagent avec le corps de leur mère, blottie l’une contre l’autre. À l’aube, dans un site pétrolier isolé où il travaille, Chris enterre d’abord Shannan, puis assassine à son tour ses deux filles, Celeste en premier. Puis Bella. Cette dernière aurait prononcé ces quelques mots avant de mourir : «Non... papa». Après les meurtres, Chris reprendra pourtant le cours de sa journée, contactant l’école pour désinscrire ses filles, échangeant avec un agent immobilier au sujet de la vente de la maison, et surtout, continuant de discuter avec sa maîtresse de leur avenir. Comme si de rien n’était.

C’est ainsi que, le 6 novembre 2018, Chris Watts plaidera finalement coupable des neuf chefs d’accusation qui pèsent contre lui, parmi lesquels 4 meurtres avec préméditation. Reconnaissant avoir assassiné sa femme Shanann, Bella, Celeste ainsi que l’enfant à naître qu’elle portait. Une famille entière détruite pour permettre à un seul homme de commencer une nouvelle vie.

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