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Non, il ne voulait pas filmer les chiens : un beau-père coupable de voyeurisme

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Un homme qui a placé des caméras pour filmer la fille de sa conjointe dans la salle de bain a été déclaré coupable de voyeurisme, même s'il n'existe aucune image de son crime. En fait, cette absence de preuve a même convaincu le juge de la culpabilité du beau-père de la victime, une adolescente de 17 ans dont l'identité est protégée.

Christian*, un travailleur de la construction, avait récupéré sa belle-fille à l'école après son travail. Une fois à la maison, il est allé se changer dans la salle de bain avant de dire à l'adolescente que la pièce était libre et qu'elle pouvait aller prendre sa douche.

En arrivant dans la salle de bain, Jade* remarque sur le comptoir du lavabo une pile de vêtements. Au milieu de cette pile, un reflet anormal attire son attention. Il s'agit de l'objectif de la caméra d'un cellulaire dissimulé dans les vêtements. En dégageant le cellulaire, elle constate qu'il est en train d'enregistrer, mais n'en fait pas de cas.

Elle prend les vêtements et le cellulaire et va les porter dans la chambre de Christian. À son retour dans la salle de bain, Jade découvre une tablette de style iPad, dissimulée sur le coin de la baignoire, derrière une plante et des jouets pour enfants. La caméra est orientée vers la douche qui est à l'extrémité de la pièce, donnant ainsi une vue générale de la salle de bain, note le juge dans sa décision.

Jade constate avec effroi que cet appareil est aussi en mode enregistrement. Comprenant ce qui se passe, elle rejoint son frère pour l'aviser. Les deux adolescents décident de se réfugier chez une amie. Le père de celle-ci viendra d'ailleurs confronter Christian, menant à une altercation entre les deux hommes.

Pendant ce temps, le frère de la victime composera le 911 pour dénoncer son beau-père. Le lendemain, les policiers vont exécuter un mandat de perquisition pour saisir les deux appareils électroniques. Or, ils ont tous deux été réinitialisés à l'état d'usine et ne contiennent plus aucune donnée.

Pour filmer les chiens

Lors de son procès, Christian a tenté de convaincre le juge qu'il avait installé les caméras de manière à filmer en direction du plancher, pour prouver que ce n'est pas son chien qui laissait des excréments dans la salle de bain, mais celui des enfants.

Depuis plusieurs années, un des deux chiens souillait le plancher et Christian était déterminé à prouver que ce n'était pas le sien. Le résident de Shannon jure que ses appareils étaient visibles et filmaient en direction du plancher.

L'homme de 28 ans affirme avoir paniqué quand il a été confronté et qu'une altercation a éclaté en se faisant reprocher de filmer de jeunes filles. Désemparé, il a réinitialisé son cellulaire, effaçant toutes ses données personnelles pour le ramener aux paramètres d'usine.

La version de l'accusé est invraisemblable et non crédible.

Le magistrat estime que s'il avait été évident que les appareils filmaient le sol, Jade n'aurait pas été surprise et choquée.

Le juge ajoute qu'une personne intègre aurait placé les caméras sur le sol et en aurait informé les autres membres de la maisonnée pour ne pas violer leur intimité.

Quant au fait qu'il a réinitialisé ses appareils, le juge qualifie son attitude d'étrange, ce qui se traduit par une conscience coupable. Lorsque confronté, un comportement normal aurait voulu qu'il conserve les enregistrements pour démontrer qu'il filmait bien le sol pour identifier le chien fautif, note le magistrat, qui qualifie une fois de plus sa version d'invraisemblable.

Prouver du voyeurisme

D'un point de vue légal, l'accusation de voyeurisme prévoit que la poursuite doit prouver que l'accusé a intentionnellement filmé de manière subreptice une personne dans des circonstances pour lesquelles il existe une attente raisonnable de vie privée. Il n'est pas nécessaire que la victime soit effectivement nue, rappelle le juge. Il doit s'agir d'un endroit où il est raisonnable de s'attendre à ce qu'une personne soit nue.

Pour le Tribunal, il ne fait pas de doute que Christian avait placé les deux caméras subrepticement dans l'intention d'enregistrer la victime lorsqu'elle prendrait sa douche.

Le juge René de la Sablonnière a prononcé le jugement la semaine dernière au palais de justice de Québec. Christian, qui est représenté par Me Marie-Maxime Tremblay, demeure en liberté pendant le processus judiciaire. Il doit revenir devant le tribunal à la fin de l'été pour les observations sur la peine, dans ce dossier piloté par la procureure de la Couronne, Me Mélanie Tremblay.

*Prénoms fictifs

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