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FIGAROVOX/TRIBUNE - Les dernières «blagues» de Pierre-Emmanuel Barré sur Gabriel Attal et Sophia Aram sont révélatrices du courage de ces humoristes de gauche, qui jouent aux iconoclastes depuis des studios feutrés, avec le courage d’un troll anonyme et la profondeur d’une vidéo TikTok, déplore la journaliste.
Noémie Halioua est journaliste et essayiste. Elle a notamment publié La terreur jusque sous nos draps (Plon, 2024).
On connaît la mécanique des grands clercs du « camp du bien » depuis Philippe Muray. Persuadés d’être investis d’une mission civilisatrice, convaincus d’incarner la plus haute vertu et le sens de l’histoire, ils s’autorisent la plus grande cruauté verbale sans l’ombre d’un scrupule. Pierre-Emmanuel Barré et le petit cirque qui incarne Radio Nova nouvelle génération illustrent à merveille cette sombre caste, incapable de distinguer la satire de la déshumanisation. Une satire suppose une forme de tendresse dans la férocité, tandis qu’ils embrassent une jubilation malsaine, un rire de bande où l’on se congratule d’aller toujours plus loin dans l’abjection. Dans sa chronique du 11 mai dernier, Barré s’est plu à imaginer l’ancien premier ministre, Gabriel Attal, frappé d’un « cancer du pancréas », c’est-à-dire celui que l’on sait être l’un des plus foudroyants, des plus violents, qui s’accompagnent d’une infernale agonie. Puis, quelques minutes plus tard, de fantasmer l’humoriste Sophia Aram, accusée de contester le terme de génocide à propos de la guerre à Gaza, en train d’être écrasée par une voiture.
Durant cette chronique au micro, le voilà ricaner autour de rejetons de la radio publique, comme cet autre spécialiste de la médiocrité, Guillaume Meurice. Pour cette petite bande qui a transformé l’humour de comptoir en réservoir de haine, le laïc, le centriste, le progressiste modéré, tout celui qui ne verse pas dans leur extrémisme idéologique peut être symboliquement éliminé. C’est tout l’exercice de leur intolérance : tous ceux qui ne pensent pas comme eux peuvent être humiliés et livrés à la vindicte populaire. Dans une chronique de novembre dernier, Barré comparait la police et la gendarmerie à « Daech avec la sécurité de l’emploi ». Là encore, il témoignait d’un talent certain pour l’ignominie, à l’heure où les forces de l’ordre tentent de faire régner l’ordre au péril de leur vie pour un salaire misérable.
Dans ses « Exorcismes spirituels » Philippe Muray raillait cette « subversion institutionnalisée » qui s’exerce ici dans toute sa splendeur.
Une autre constante de cette petite aristocratie morale est son goût très sûr pour les cibles sans danger. Qu’il s’agisse d’un politique centriste ou d’une humoriste déjà furieusement menacée, leurs attaques visent presque toujours des adversaires qui répondront avec mesure. Ils ne prendront jamais de vrais risques qui pourraient venir troubler leur petit confort. La « bande à Nova » n’a pas le courage de Charlie Hebdo pour qui l’humour engagé a fait couler le sang. Là où Charlie exposait ses dessinateurs à des menaces concrètes, ces militants pratiquent une transgression factice. Ils jouent aux iconoclastes depuis des studios feutrés, avec le courage d’un troll anonyme et la profondeur d’une vidéo TikTok.
C’est bien le paradoxe de ce gauchisme culturel qui se rêve dissident alors qu’il épouse le sens du vent. Dans ses « Exorcismes spirituels » Philippe Muray raillait cette « subversion institutionnalisée » qui s’exerce ici dans toute sa splendeur. « L’individu dominant de notre époque, écrivait-il, est l’anarchiste couronné, et il entend être reconnu comme tel. Son astuce consiste à avoir le pouvoir et à s’en affirmer dépourvu ».
Autre « anarchiste couronné » de cette petite cour Nova : Akim Omiri, spécialiste des provocations, qui s’en est déjà pris notamment à la présidente de l’Assemblée nationale dans des termes flirtant ouvertement avec les codes de l’antisémitisme. Pour l’anecdote, ce dernier a également consacré à l’auteur de ces lignes une chronique particulièrement incendiaire, après une altercation sur LCI avec un chroniqueur au sujet de la guerre en Iran. Résultat : des centaines de menaces, d’insultes et de messages haineux reçus pendant des semaines, certains continuant encore aujourd’hui. Une cible dans le dos qui n’est jamais anodine dans la jungle des réseaux sociaux.
Le tout assumé sans l’ombre d’un scrupule. Ironie du sort ? Omiri, comme certains de ses collègues, continuent de traquer chez leurs adversaires le moindre mot de travers, le plus infime dérapage, la plus petite faute morale. C’est la vieille leçon de l’Évangile selon saint Matthieu : certains voient la paille dans l’œil du voisin tout en demeurant aveugle à la poutre qui leur obstrue la vue.


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