NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
À la tombée de la nuit, Isabelle (Romane Denis), accompagnée de sa copine Kensya, débarque dans la maison de son enfance, dans le village de Saint-Étienne, après huit heures de route en provenance de Montréal. Sa mère, Thérèse (Marie-Thérèse Fortin), attablée avec son voisin (Sylvain Marcel) — un médecin —, semble surprise de la voir. Le voyage était pourtant prévu depuis quelques semaines.
La jeune femme tombe sous le choc lorsque Thérèse lui apprend que son père, Maurice, est décédé d’une crise cardiaque la semaine précédente, et qu’elle n’a pas cru bon de la prévenir. Alertée par le comportement instable de sa mère, soupçonnant les bourgeons d’une démence ou un état de choc, Isabelle décide de passer quelques jours à la campagne afin de convaincre celle qui lui a donné la vie de passer des examens médicaux. Or, elle ne tardera pas à découvrir que quelque chose de sinistre se trame dans le village, auquel le mystérieux voisin, obsédé par le prolongement de la vie, n’est pas étranger.
À la suite d’une première collaboration fructueuse sur le thriller policier Crépuscule pour un tueur (2023) — l’un des rares films de gangster québécois —, le duo formé du réalisateur Raymond St-Jean et du scénariste Martin Girard avait envie de retravailler en équipe, et de se lancer un nouveau défi.
C’est d’abord leur passion commune pour le cinéma d’horreur et la science-fiction qui les a mis sur la piste de leur histoire. « Un film d’horreur, c’est d’abord un cinéma de mise en scène, explique le cinéaste. C’est du bonbon pour un réalisateur. Tu te poses des questions qui relèvent de l’impact que tu peux avoir sur les spectateurs — comment et quand faire un jump scare, par exemple — et sur l’utilisation des ressources techniques — maquillages, trucages. Au Québec, on dispose d’artisans exceptionnels qui profitent surtout aux Américains, et j’avais envie d’exploiter ce talent-là. »
Les équipes de maquillage et d’effets spéciaux ont effectivement conçu des effets visuels particulièrement réussis, ancrés dans la beauté et le malaise perpétré par une nature en décomposition, détournant les codes du body horror avec brio. Leur réalisation a toutefois exigé d’eux qu’ils fassent des choix. « L’histoire du cinéma d’horreur démontre que, quand on manque de ressources, on peut toujours opter pour l’évocation. Mais Martin et moi, on voulait vraiment montrer les choses. Pour mettre le paquet sans dépasser le budget, on a décidé de faire une sorte de huis clos, de tourner dans très peu de lieux et de maintenir un nombre restreint de comédiens. »
Préoccupations intimes et sociales
À partir de ces contraintes, les deux complices ont brodé un récit ancré dans l’air du temps, évoquant plusieurs grands débats et enjeux actuels, parmi lesquels le déclin de la biodiversité et l’effritement du lien entre l’humain et la nature, le vieillissement de la population, notre inconfort collectif envers la vieillesse et la maladie et l’isolement qu’il perpétue, l’aide médicale à mourir et le déclin de la vitalité économique en région. « On était très conscients dès le début qu’un bon film d’horreur part de préoccupations sociales ou intimes. On s’est inspirés de figures et d’œuvres marquantes, comme Frankenstein, Rosemary’s Baby (Roman Polanski, 1968) et The Thing (John Carpenter, 1982), pour tenir un propos à partir de codes qui suscitent des émotions chez le spectateur, sans lui fournir de réponses ou de leçons toutes faites. »
Les préoccupations sociales et écologiques émanant de Nervures ont grandement emballé Romane Denis, qui interprète le rôle principal. « Même si on est dans le fantastique et le surréalisme, on part de quelque chose de très concret, de vrai. Tout le monde se questionne sur la vie après la mort, sur la possibilité d’une vie éternelle. De plus en plus de technologies existent pour prolonger l’existence, ou même pour que nos corps soient plantés après notre mort pour repousser en quelque chose d’autre. Isabelle, mon personnage, est aussi aux prises avec la démence de sa mère, et contrainte de vivre l’inversion des rôles. C’est son tour de prendre soin d’elle. C’est une épreuve que beaucoup de gens traversent. Le film nous rappelle aussi la beauté de ce qu’on a sous les yeux, mais qu’on oublie de valoriser — la nature, la vieillesse, la sagesse. C’est cette vérité qui m’inspire et qui me guide dans le jeu. »
Raymond St-Jean et son coscénariste avaient également le souci d’éviter le manichéisme, ainsi que de poser des jugements sur les choix et les actions de leurs personnages, y compris les vilains. « Les méchants qui pensent faire le bien sont à mes yeux les plus intéressants, car le public peut s’identifier à eux et comprendre leurs motivations. Dans ce cas-ci, c’est l’amour, d’une femme et de la nature, qui motive le personnage. Aujourd’hui, la nature et les humains sont d’abord une matière à exploiter. Économiquement, on est dans une période de déconstruction, pas de reconstruction. Le personnage du savant fou pense emprunter la bonne voie en prenant le chemin inverse, et je pense que son élan résonne chez plusieurs d’entre nous. »
Pour Sylvain Marcel, qui incarne une version québécoise du Dr Frankenstein, ce personnage était un véritable cadeau. « C’est très rare qu’on me propose un rôle de méchant, et j’ai accepté avant même de lire le scénario. En plus, celui-ci est complexe et juste assez tordu. Il nous rappelle que les drames humains partent toujours d’une bonne idée, d’une bonne intention, dont les conséquences échappent à leur créateur. Les scénaristes ont réussi à en capter toutes les nuances. »
En ancrant son récit au cœur de la nature, de la forêt, Raymond St-Jean s’est laissé guider par une prémisse toute simple : celle de trouver la beauté dans le cycle de la vie. Cette beauté organique est demeurée le mot d’ordre de l’équipe technique, tant dans son utilisation détournée du body horror, qui exploite une angoisse liée à la transformation et à la dégradation du corps, que dans l’ensemble de la mise en scène.
Cette direction a entraîné une importante réflexion sur l’efficacité et le rythme. « C’est peut-être un film qui est plus contemplatif, mais je souhaitais trouver le juste équilibre entre l’horreur et la respiration, le fait de prendre le temps de vivre avec les gens, de comprendre les liens qui les unissent. Il fallait que le spectateur ait accès à quelque chose d’intime, à un réalisme social qui permet d’adhérer aux aspects plus fantastiques. Pour qu’on y croie, ça demandait une approche intime, pas spectaculaire. »


15 hour_ago
6



























.jpg)






French (CA)