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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le Sénat a voté le 15 juin un amendement au projet de loi de simplification des normes applicables aux collectivités qui propose de rendre facultatifs les Centres communaux d’action sociale. Une mesure confuse et contreproductive, selon 68 élus de différents bords dont le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, et l’édile PS de Nantes, Johanna Rolland.
Un amendement au projet de loi de simplification des normes applicables aux collectivités qui prévoit de rendre facultatifs les Centres communaux d’action sociale (CCAS), a été adopté en commission des lois au Sénat. Sous couvert de flexibilité administrative, cette proposition fait peser le risque d’une casse sociale en fragilisant le premier réseau de solidarité de proximité, alors que la précarité explose. Pour nous, maires et parlementaires, cette disposition ne simplifie rien et menace d’affaiblir l’action sociale de proximité.
On nous présente le caractère facultatif comme une marque de confiance envers les élus locaux. Nous y voyons une proposition de désengagement et un transfert de responsabilité sans moyens vers les communes. Sans personnalité morale ni budget propre, un service municipal d’action sociale devra continuer à instruire les aides, gérer les structures pour personnes âgées ou en difficulté, et travailler avec les associations partenaires du territoire. Quant au recours à l’intercommunalité, il suppose que les établissements publics de coopération intercommunale exercent pleinement cette compétence et que toutes les communes s’entendent pour créer un Centre intercommunal d’action sociale (CIAS). Or dans bien des territoires, cette condition ne sera tout simplement jamais réunie.
Si les élus doivent demeurer libres de décider de leur organisation, il n’est pas juste de ne leur proposer que des mauvaises solutions, qui reviendraient à altérer la qualité du service rendu à leurs habitants. Quel modèle de société préparons-nous en actant la fermeture progressive de ces services publics, en métropole comme dans les outre-mer, au détriment direct des droits des usagers ?
Le CCAS demeure, pour beaucoup de nos concitoyens, une institution méconnue jusqu’au jour où ils sont contraints d’y recourir. Ce jour survient de plus en plus souvent dans un contexte de précarisation des travailleurs, couplé à un recul des services publics de proximité.
Supprimer le CCAS revient à priver les habitants d’un repère humain crucial, et à demander à nos agents de réinventer, sans moyens supplémentaires, ce que des décennies de pratique ont construit.
Alors que la dématérialisation des services publics accentue la fracture numérique (touchant 22 % des habitants en milieu rural) et que 13,7 % d’entre eux vivent sous le seuil de pauvreté, l’accueil de proximité ne peut s’improviser. Supprimer le CCAS revient à priver les habitants d’un repère humain crucial, et à demander à nos agents de réinventer, sans moyens supplémentaires, ce que des décennies de pratique ont construit.
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Cette proposition fait également l’économie de répondre à toutes les interrogations qu’elle soulève : que deviennent les agents si le CCAS disparaît ? Qui reprend la gestion des établissements rattachés, les conventions avec la CAF ou le département, les dossiers de domiciliation des personnes sans adresse stable ? Que se passe-t-il pour une aide déjà engagée le jour de la dissolution ? Aucune de ces questions n’a, à ce stade, trouvé de réponse.
Une disposition très similaire avait déjà été proposée il y a un an par le précédent gouvernement. Face à l’opposition unanime des parlementaires, des associations de solidarité et des élus locaux, il avait finalement renoncé à la mettre en œuvre. Un an plus tard, cette mesure n’est toujours pas demandée par les maires et demeure dépourvue de réelle justification.
Nous demandons aujourd’hui le retrait de cette disposition et l’ouverture d’un véritable travail de concertation avec les élus locaux et les CCAS afin de répondre efficacement à l’urgence sociale qui touche près de 9,8 millions de nos concitoyens vivant sous le seuil de pauvreté. L’avenir de notre modèle mérite un débat de fond et ne peut être sacrifié au détour d’un texte technique.
Signataires :
Maires (17) :
Luc CARVOUNAS, maire d’Alfortville et président de l’Unccas
Thomas CAZENAVE, maire de Bordeaux
Régis JUANICO, maire de Saint-Etienne
Jean-Luc MOUDENC, maire de Toulouse
Johanna ROLLAND, maire de Nantes
Ericka BAREIGTS, maire de Saint-Denis (La Réunion)
Martial BOURQUIN, maire d’Audincourt
Christophe BOUILLON, maire de Barentin
Ali RABEH, maire de Trappes
Benoît PAYAN, maire de Marseille
Stéphane LE FOLL, maire du Mans
Grégory DOUCET, maire de Lyon
François DECHY, maire de Romainville
Yann GALUT, maire de Bourges
Arnaud DESLANDES, maire de Lille
Isabelle ASSIH, maire de Quimper
Laurence RUFFIN, maire de Grenoble
Emmanuel DENIS, maire de Tours
Parlementaires (51) :
Dieynaba DIOP, députée des Yvelines
Audrey BELIM, sénatrice de La Réunion
Arnaud SIMION, député de la Haute-Garonne
Jean-Pierre BATAILLE, député du Nord
Boris TAVERNIER, député du Rhône
Christophe CHAILLOU, sénateur du Loiret
Sandrine Runel, députée du Rhône
Marie-Pierre MONIER, sénatrice de la Drôme
Akli MELLOULI, sénateur du Val-de-Marne
Hussein BOURGI, sénateur de l’Hérault
Marion CANALES, sénatrice du Puy-de-Dôme
Antoinette GUHL, sénatrice de Paris
Guy BENARROCHE, sénateur des Bouches-du-Rhône
Pierrick COURBON, député de la Loire
David ROS, sénateur de l’Essonne
Jean-Claude RAUX, député de la Loire-Atlantique
Rachid TEMAL, sénateur du Val-d’Oise
Sophie TAILLÉ-POLIAN, députée du Val-de-Marne
Laurent BURGOA, sénateur du Gard
Annie LE HOUÉROU, sénatrice Côtes d’Armor
Sébastien SAINT-PASTEUR, député de la Gironde
Simon UZENAT, sénateur du Morbihan
Sabrina SEBAIHI, députée des Hauts-de-Seine
Denis FÉGNÉ, député des Hautes-Pyrénées
Clémentine AUTAIN, députée de la Seine-Saint-Denis
Véronique BESSE, députée de la Vendée
Cathy APOURCEAU-POLY, sénatrice du Pas-de-Calais
Patrick KANNER, sénateur du Nord et président du Groupe socialiste, écologiste et républicain du Sénat
Fabrice BARUSSEAU, député de la Charente-Maritime
Eric KERROUCHE, sénateur des Landes
Jean-Pierre CORBISEZ, sénateur du Pas-de-Calais
Mickaël VALLET, sénateur de la Charente-Maritime
Joël AVIRAGNET, député de la Haute-Garonne
Emmanuel FERNANDES, député du Bas-Rhin
Béranger CERNON, député de l’Essonne
Hervé GILLÉ, sénateur de la Gironde
Frédérique ESPAGNAC, sénatrice des Pyrénées-Atlantiques
Fabien GAY, sénateur de la Seine-Saint-Denis
Gérard LESEUL, député de la Seine-Maritime
Didier MARIE, sénateur de la Seine-Maritime
Cyrille ISAAC-SIBILLE, député du Rhône
Jean-Claude TISSOT, sénateur de la Loire
Antoine LÉAUMENT, député de l’Essonne
Didier PADEY, député de la Savoie
Elise LEBOUCHER, députée de la Sarthe
Benjamin LUCAS-LUNDY, député des Yvelines
Catherine HERVIEU, députée de la Côte-d’Or
Florence HEROUIN-LÉAUTEY, députée de la Seine-Maritime
Boris VALLAUD, député des Landes et président du Groupe socialistes et apparentés
Michel MASSET, sénateur du Lot-et-Garonne
Anaïs BELOUASSA-CHERIFI, députée du Rhône


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