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Nadia Comăneci sourit à Montréal

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Lorsqu’elle repense à sa performance aux Jeux de Montréal de 1976, Nadia Comăneci a encore le sourire aux lèvres, elle dont on a dit qu’elle ne souriait jamais. Cinquante ans plus tard, elle constate que la petite fille qui avait obtenu sept notes parfaites en volant sur les barres asymétriques, en dansant sur la poutre, en défiant le cheval d’arçons et en se déhanchant au sol sur la musique de Harry Belafonte n’aurait jamais pu imaginer ce que l’avenir lui réservait.

Cet été, la star mondiale de la gymnastique reviendra à Montréal, non pas pour cueillir des médailles olympiques, mais pour rencontrer des générations de jeunes Nadia nommées en son honneur et pour recevoir un doctorat honorifique de l’Université de Montréal.

Mariée au gymnaste américain Bart Conner, et vivant aux États-Unis depuis qu’elle a fui la Roumanie de nuit en 1989, quelques semaines avant la chute de Ceaușescu, elle s’est adressée à la presse en français et en anglais vendredi en prévision de sa venue à Montréal.

« Ces 17 secondes aux Jeux de Montréal ont changé ma vie instantanément, mais c’est plus tard que j’ai vraiment compris ce qui m’arrivait. Quand j’étais enfant, je vivais de la joie et de la fierté. Au fil des ans, j’ai compris que ces secondes m’avaient donné une voix, une tribune et une responsabilité. Elles m’ont ouvert des portes que je n’aurais jamais imaginées, et m’ont permis d’inspirer des générations », a-t-elle dit au Devoir plus tôt ce mois-ci. On sait que les juges de Montréal, qui lui avaient attribué une note parfaite unanime, ont été pris de court par le fait que l’écran n’avait pas été programmé pour accueillir un pointage aussi élevé.

Un passage heureux à Montréal

Sa jeunesse dans la Roumanie communiste, où elle est devenue un symbole et une icône étroitement surveillée après ses exploits aux Jeux de Montréal, l’entraînement intransigeant et le régime alimentaire strict auxquels les gymnastes roumaines étaient soumises ainsi que sa défection au bras d’un passeur douteux ont déjà fait l’objet de nombreux livres et documentaires. Dans ce contexte, Montréal semble avoir été pour elle un endroit heureux, où elle a d’ailleurs vécu 18 mois lors de son arrivée en Amérique, dans une famille roumaine qui l’avait hébergée.

« La culture à Montréal est très semblable à la Roumanie. Je me sentais comme en territoire européen. J’avais des amis roumains qui demeuraient à Montréal, et c’est aussi une bonne liaison pour moi avec mon histoire aux Jeux », a-t-elle déclaré vendredi.

Des Jeux de Montréal, elle se souvient d’un village « époustouflant de par sa taille et le nombre de responsables de la sécurité, d’entraîneurs et par-dessus tout d’athlètes », comme elle le décrit dans son livre Lettres à une jeune gymnaste. Un médecin gérait son alimentation, mais, « pour la première fois de [sa] vie, [elle a] vu de la pizza, du fromage blanc, du beurre de cacahuètes et des céréales ».

Enfant, elle adorait grimper aux arbres et ne craignait pas de tomber. Elle s’est donc retrouvée parfaitement à sa place dans ce gymnase où elle a commencé à s’entraîner à l’âge de 6 ans sous la direction de son entraîneur Béla Károlyi. « J’avais la possibilité de faire tout ce que ma mère m’interdisait de faire à la maison », dit-elle. Depuis, des générations de gymnastes se sont essayées aux figures complexes qu’elle a développées. Le salto Comăneci, un saut périlleux qu’elle exécutait en appui sur la barre supérieure, est encore considéré comme difficile et dangereux, et peu de gymnastes le tentent aujourd’hui.

« C’était avant les réseaux sociaux, et alors je ne savais pas ce qu’était la célébrité », indique-t-elle. C’est aux Jeux de Moscou de 1980, alors qu’elle avait 19 ans, qu’elle a senti le plus de pression. Après ses notes parfaites à Montréal, « la seule place où tu peux aller, c’est en bas », affirme-t-elle, même si elle y a quand même bien performé.

Avec son mari, gymnaste également médaillé d’or olympique, avec lequel elle a échangé un premier baiser (sur la joue) sur le podium à New York en 1976, elle tient l’Académie de gymnastique Bart Conner, à Norman, en Oklahoma. « Nous adorons entraîner et regarder les enfants, aussi bien ceux qui sont doués que ceux qui sont là pour s’amuser, apprendre des nouveaux éléments et acquérir de la force et de la confiance en soi », écrit-elle dans son livre.

« L’entraînement, le travail, est le même. C’est la communication qui a changé », dit-elle prudemment, en précisant que tous les gymnastes ne s’entraînent pas spécialement pour les Olympiques.

Elle se réjouit du fait que Montréal accueillera des qualifications pour les Jeux olympiques de Los Angeles de 2028. « Les Olympiques donnent beaucoup d’énergie. Cela permet à des générations d’avoir un rêve. » Elle ajoute que le sport provoque une réunion des peuples et propose une invitation à célébrer ensemble.

À 64 ans, elle admet qu’il lui arrive encore de se rendre au gymnase « le week-end quand il n’y a personne » et de faire jouer la musique de Jump in the Line, de Harry Belafonte, qui accompagnait sa performance au sol aux Jeux olympiques de Montréal. « J’aime ça. Je me souviens de tous les mouvements aussi. Je ne peux pas faire tous les mouvements, mais je danse avec la musique et c’est très bon pour moi. Je vole. » La petite championne de 14 ans n’est jamais bien loin.

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