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Le projet de recherche Fenêtre sur les bélugas va permettre, au cours des prochaines semaines, de non seulement voir en direct des groupes de bélugas, mais aussi de les entendre. En liant le son et l’image, les scientifiques du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) espèrent même décoder le langage de l’espèce.
C’est effectivement une fenêtre que nous avons ouverte pour étudier et, on l’espère, comprendre un peu mieux la vie sociale des bélugas, raconte le biologiste et directeur scientifique du GREMM, Robert Michaud.
La population de bélugas du fleuve Saint-Laurent est filmée grâce à des drones, et ces images sont retransmises en direct sur des sites d’observation de l’espèce, situés à Tadoussac, Baie-Sainte-Marguerite et Cacouna.
À compter de cette année, des images vont également provenir du nouveau bateau de recherche du GREMM, Antarès, qui aura pour mandat de sillonner l’estuaire.
L’utilisation des drones n’est pas nouvelle cependant. L’équipe du GREMM a recours à cette technologie depuis maintenant 10 ans. Un ajout qui a carrément révolutionné sa façon de travailler.
Ça faisait déjà plus de 30 ans que je les étudiais […] et j’ai eu l’impression d’avoir perdu 30 ans de ma vie à regarder les bélugas depuis un bateau, lance le scientifique, avec toute la passion qu’on lui connaît.

Un drone est relâché depuis le nouveau bateau de recherche du GREMM, Antarès. Le navire captera également bientôt des sons de bélugas.
Photo : Gracieuseté du GREMM
Les images captées du haut des airs ont permis aux scientifiques d’observer des comportements insoupçonnés. Ils ont notamment pris connaissance de tout le réseau qui se déploie autour des nouveaux-nés.
À partir d’un bateau, il leur était difficile de déterminer qui était la mère des veaux observés. Chez les bélugas, il y a ce qu’on appelle les soins allomaternels ou alloparentaux. Le soin des jeunes est partagé entre les différentes femelles d’une communauté, détaille M. Michaud.
Il s’agit là d’un premier résultat concret pour les chercheurs. Rapidement, on s’est dit : on ne peut pas garder ces images-là pour nous, ajoute le biologiste qui a consacré sa vie aux mammifères marins, particulièrement ceux de couleur blanche à l’expression rieuse.
L’activité d’interprétation Fenêtre sur les bélugas naît au printemps 2024. À partir de l’été suivant, les différentes stations peuvent accéder aux images des autres sites du projet. Si du brouillard empêche l’équipe de Cacouna de faire voler un drone, le site d’observation Putep ‘t-awt peut se brancher sur un autre canal, celui de Tadoussac, par exemple, et diffuser les images captées de l’autre côté du fleuve par un satellite.

Une activité d'interprétation du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins au site Putep 't-awt de Cacouna.
Photo : Gracieuseté du GREMM
La connexion entre la recherche et l’éducation, pour moi, c’est peut-être la plus belle chose qu’on aura faite au GREMM depuis 42 ans.
Le projet allie donc recherche scientifique, conservation et sensibilisation. Pour Robert Michaud, c’est aussi une alternative à l’observation en mer, plus invasive pour cette espèce menacée.
Chaque fois qu’on décide de mettre une balise, de prendre une biopsie ou même d’aller en bateau voir les bélugas, on est conscients que nos activités ont un impact qu’on essaie de réduire, affirme-t-il.
Et les sons dans tout ça ?
Les sites d’observation de Baie-Sainte-Catherine et de Cacouna, ainsi que le navire Antarès, permettent également de recueillir des sons grâce à des hydrophones plongés dans l’eau.
Jusqu’à l’an passé, les appareils étaient immergés au début de l’été, puis recueillis à la fin de la saison. On faisait la connexion entre les images et les sons à la fin de l’été.
Mais cette année, l’équipe du GREMM s’affaire à déployer des hydrophones filaires. Ils sont donc connectés à la côte par un fil. On va pouvoir entendre les bélugas, en même temps qu’on les observe à l’aide des drones.

Président du Groupe de recherche et d'éducation sur les mammifères marins, Robert Michaud étudie les bélugas depuis des décennies.
Photo : Radio-Canada / Gilbert Bégin
L’exercice, bien que complexe au niveau technique, devrait représenter une véritable mine d’or pour les scientifiques. Ça va prendre un moment pour bien construire cet ensemble de données là.
Ultimement, elles serviront à élaborer un lexique des différents types de cris des bélugas et de leur fonction.
L'hydrophone filaire sera installé le 29 juin à Baie-Sainte-Marguerite et au cours de la semaine suivante à Cacouna, selon Robert Michaud. Le navire de recherche va aussi commencer à transmettre simultanément images et sons à compter de la semaine prochaine.
Robert Michaud voit grand. Il rêve même d’éventuellement ajouter d'autres hydrophones dans l'estuaire de Saint-Laurent pour écouter la population de bélugas sur 12 mois. Il estime que cela permettra de faire de l’écologie prédictive.
On écoute les bélugas, puis on prédit qui est là, où est-ce qu’ils s’en vont et on peut informer la marine marchande, par exemple de la direction où aller et à quelle vitesse se déplacer, conclut le scientifique.


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