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Mémorable «Concert du Nouvel An» de Yannick Nézet-Séguin à Vienne

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C’est devant un public en délire que s’est achevé le Concert du Nouvel An à Vienne, en ce 1er janvier, où Yannick Nézet-Séguin a délaissé le podium dans l’ultime rappel, la Marche de Radetzky de Johann Strauss père, pour coordonner la participation des spectateurs en arpentant les couloirs de la « salle dorée » du Musikverein. Le chef québécois a assurément marqué de son empreinte cet événement qu’il dirigeait pour la première fois.

« Il y a fort à parier que nous reverrons Yannick Nézet-Séguin dans les prochaines années », disait à l’antenne la présentatrice de la télévision belge en début de seconde partie du Concert du Nouvel An viennois. On ne saurait être plus en accord avec ce constat.

Les mélomanes de tous les pays d’Europe et d’Asie, mais aussi de Jamaïque, d’Équateur, de Namibie, de Papouasie Nouvelle-Guinée et du Kenya, à l’exception notable du Canada (où la chaîne américaine PBS, le 1er janvier au soir, permet heureusement de combler un vide sidéral, voire indécent), ont pu communier au plus grand rendez-vous de la musique classique, diffusé par la télévision dans plus de 90 pays de la planète pour plus de 50 millions de spectateurs.

La connexion, Yannick Nézet-Séguin est immédiatement parvenu à l’établir en ce 1er janvier 2026, dès l’ouverture Indigo et les quarante voleurs de Johann Strauss, jouée avec beaucoup de finesse et des couleurs qui n’appartiennent qu’au Philharmonique de Vienne.

Messages et jovialité

Chaque concert du Nouvel An comporte un message. Celui du millésime 2026 était officiellement « De Vienne au Monde, et vice versa ». Il mettait aussi en exergue la clôture de l’année du 200e anniversaire de Johann Strauss fils. Aucun florilège des « tubes » de ce dernier, pourtant, alors qu’après l’ouverture de la seconde partie du concert, avec une énergique Belle Galathée de Franz von Suppé, un hommage aux femmes se dessinait, puisque se succédaient Chants des sirènes, une polka de Josephine Weinlich, une Viennoise qui fonda en 1868 le Nouvel Orchestre des dames viennoises, une valse de Josef Strauss intitulée Dignité des femmes et une valse de l’Afro-américaine Florence Price, la touche personnelle apportée par le chef dans le programme, ce dernier comportant cinq compositions jamais jouées en cette occasion.

L’une d’elles, Malapou-Galoppe, de Josef Lanner avait donné un tonus remarqué et imprimé un esprit jovial à la première partie du concert, rôle tenu, dans la seconde moitié par le galop ferroviaire du Danois Hans Christian Lumbye, Københavns Jernbane-Damp-Galop, où Yannick Nézet-Séguin et les musiciens ont joué à fond le jeu parodique, le chef se transformant en chef de gare. Les musiciens ont aussi plusieurs fois donné de la voix avec enthousiasme.

L’autre message important était celui de paix, non seulement dans le choix musical (la valse Palmes de la paix de Josef Strauss concluait le programme officiel), mais aussi les mots du chef, au cœur d’une allocution commencée en français et invitant, in fine, à « accepter nos différences ». Dans son style de direction Yannick Nézet-Séguin est un interprète assez direct qui ne minaude pas en surjouant les ralentis et pianissimos dans les transitions thématiques. Laissant par moments de côté sa baguette dans la seconde partie du concert, il préfère travailler les couleurs et atmosphères, à l’image de la fin de la Marche égyptienne.

La somme de messages, qui formait un édifice intellectuellement stimulant et moralement édifiant, a toutefois émoussé, dans la seconde moitié, l’élan et la tonalité très joviale de la première partie du concert. C’est peut-être là une leçon à méditer : il y avait tellement de verve et de joie au début que celles-ci, transmises par la musique, représentent peut-être, plus que divers postulats, « la » bonne manière de démarrer l’année dans un tel cadre.

Sur le plan télévisuel, la Diplomaten-Polka et la valse Roses du Sud étaient habillées de chorégraphies de John Neumeier, 86 ans, qui fut pendant plus de 50 ans le directeur du Ballet de Hambourg. C’est la troisième fois (après 1999 et 2006) que Neumeier contribue au Concert du Nouvel An.

C’est Tugan Sokhiev, chef russe établi à Londres, qui dirigera le Concert du Nouvel An en 2027. Ce sera une première, également, pour celui qui a dirigé en 2025 une tournée européenne et le concert de gala du Philharmonique de Vienne pour le bicentenaire de Johann Strauss.

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