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Les enfants des années 1990 comme moi n’ont peu ou pas de souvenirs du référendum de 1995, mais se souviennent des années 2000, époque où le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) s’échangeaient le pouvoir avec des stratégies bien rodées et prévisibles. Le PLQ brandissait l’épouvantail référendaire, nous mettant en garde contre tout ce que le Québec risquait de perdre en devenant indépendant, allant du passeport canadien aux pensions fédérales, en passant par la péréquation et, oui, même les Rocheuses. Le PQ, de son côté, soulignait toutes les façons dont le Canada menaçait la culture, la langue et même la survie du peuple québécois.
Cette impasse a persisté jusqu’en 2018, année de la victoire écrasante de la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault sur la promesse d’une « troisième voie », celle de l’autonomisme, concrétisant ainsi la vision de Mario Dumont et de l’Action démocratique du Québec (ADQ). Deux mandats plus tard, l’expérience caquiste a échoué. Les relations avec Ottawa sont vivement tendues. Le gouvernement fédéral, autant sous Justin Trudeau que sous Mark Carney, a rejeté pratiquement toutes les demandes du Québec. Si l’on ajoute à cela le bilan médiocre de la CAQ sur les enjeux importants pour les Québécois, soit le logement, la santé, l’éducation et l’économie, l’élection de cet automne s’annonce très ouverte.
Au lieu de nouvelles idées, la vieille garde retombe dans ses bonnes vieilles habitudes. Le PQ fait une promesse claire de référendum et les libéraux ont dépoussiéré la même stratégie de peur qui les a bien servis pendant des décennies, allant même jusqu’à invoquer Donald Trump pour qualifier un vote démocratique de « dangereux ».
Charles Milliard se compare souvent à Robert Bourassa, mais est-il capable ou même désireux d’assumer pleinement le nationalisme robuste de ce dernier ? Lorsque Farnell Morisset, candidat libéral dans la région de Québec, a affirmé que la souveraineté devrait demeurer une « possibilité démocratique » en cas de négociations ratées avec Ottawa, M. Milliard a répondu que, bien que le PLQ soit ouvert aux opinions diverses, il s’agit d’un parti résolument fédéraliste, nationaliste et régionaliste. Il ne partage visiblement pas la vision de son candidat et il est facile de comprendre pourquoi.
Être d’accord avec M. Morisset aurait aliéné les fidèles du parti, cette base qui refuse catégoriquement d’envisager la souveraineté, et ce, peu importe les circonstances. À l’inverse, balayer l’idée de son candidat porterait un coup à l’aile nationaliste du parti, qui partage la même ouverture que M. Morisset. En voulant plaire à tout le monde, M. Milliard a choisi la sécurité plutôt que l’ambition.
Le problème est que, jusqu’à présent, l’actuel chef libéral n’a vraisemblablement aucun « projet de société » à proposer en vue de l’élection générale de cet automne, quelque chose que plusieurs de ses prédécesseurs ont pourtant fait. Lesage a travaillé avec Lévesque à la nationalisation de l’électricité, puis a mené la Révolution tranquille. Bourassa a fait de la langue française la seule langue officielle du Québec avec la loi 22 et a été l’artisan des projets de la Baie-James. Et le PQ a fait adopter la loi 101, mis en place une assurance médicaments et plus récemment, créé les centres de la petite enfance (CPE).
De façon plus générale, le projet de référendum mis en avant par le PQ depuis des décennies est, et sera toujours, un exercice démocratique légitime, peu importe notre position sur la souveraineté. Chaque fois qu’un chef ou un candidat libéral qualifie un référendum de « dangereux » ou d’« irresponsable », il contribue activement au cynisme.
Soyons clairs, Charles Milliard a plusieurs bonnes idées. Il propose notamment une plateforme de télémédecine, un remboursement de la TVQ pour les acheteurs de nouvelles résidences et la tenue d’états généraux sur l’éducation, pour ne citer que celles-ci. Cependant, ce sont des idées que n’importe quel autre parti pourrait mettre en avant. Ce qui manque, c’est quelque chose d’inspirant et de propre aux libéraux qui rassemblerait les Québécois. M. Milliard est un visage jeune et charismatique en politique. Il gagne à être connu. Mais depuis Jean Charest avec le Plan Nord, aucun chef libéral, de Philippe Couillard à Charles Milliard, en passant par Dominique Anglade et Pablo Rodriguez, n’a su proposer un projet ambitieux pour la société québécoise.
À moins de trois mois du scrutin, notre classe politique a l’occasion de présenter des idées audacieuses et ambitieuses. Si elle n’y parvient pas, les Québécois seront à nouveau plongés dans l’affrontement souverainiste-fédéraliste. Cela ne veut pas dire que la vieille recette ne mènera pas les libéraux au pouvoir. Mais je crois que nous, en tant que population, méritons une classe politique qui ose rêver.


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