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Une nouvelle étude montre que les femmes médecins de famille de l’Ontario passent plus de temps avec leurs patients que leurs collègues masculins et, par conséquent, seraient pénalisées par le système de rémunération à l’acte, comme celui de la province.
Menée par des chercheurs du centre de recherche évaluative en soins de santé (Healthcare Evaluative Research) de l’Association médicale de l’Ontario (AMO) et de l’Université McMaster, cette étude a été publiée mercredi dans la revue Le médecin de famille canadien.
Notre étude quantifie pour la première fois ce qui, au Canada, n’était connu que de manière anecdotique. Les femmes médecins de famille consacrent de 15 à 20 % de temps en plus par consultation que leurs collègues masculins, et ce, pour une vaste gamme de services.
Les résultats de l’étude canadienne ne surprennent pas la Dre Tara Karen, médecin de famille et chercheuse à l’hôpital St. Michael's de Toronto.

Pour la Dre Tara Karen, médecin de famille à l’hôpital St. Michael’s de Toronto, cette étude démontre que l’écart salarial entre les sexes demeure un problème, mais elle rappelle que de nombreux facteurs peuvent expliquer ce phénomène.
Photo : Radio-Canada
Des recherches similaires ont été menées, par exemple aux États-Unis, souligne-t-elle. Elles montrent précisément qu’il est vrai que les femmes médecins travaillent globalement moins d’heures que les hommes médecins, mais lorsqu’elles sont à la clinique, nous savons qu’elles passent souvent plus de temps avec les patients, faisant des journées de travail d’une durée similaire mais gagnant moins d’argent en partie parce qu’elles passent plus de temps avec chaque patient.
La Dre Karen croit d’ailleurs que de telles études sont importantes puisqu’il peut être très difficile d’évaluer [ce phénomène] de manière anecdotique et de généraliser à partir de sa propre expérience.
Un modèle de rémunération qui pénalise les femmes
Conjugués à une étude publiée en 2021 dans le journal de l’association médicale américaine (American Medical Association), qui constatait un écart salarial de 13,5 % entre les médecins féminins et masculins, les résultats de l’étude de l’AMO suggèrent donc que les femmes gagnent moins d'argent compte tenu des minutes supplémentaires consacrées à chaque patient.
En effet, les médecins qui consacrent plus de temps aux consultations voient généralement moins de patients par jour, ce qui se traduit par des revenus totaux inférieurs.
Les modèles de rémunération actuels ne tiennent pas compte du temps passé, ce qui peut désavantager structurellement les femmes médecins en matière de revenus totaux.
Pour la Dre Karen, cette étude démontre en effet que l’écart salarial entre les sexes demeure un problème, mais elle rappelle que de nombreux facteurs peuvent expliquer ce phénomène. Je pense que cette étude n’apporte qu’une pièce du puzzle qui sous-tend la situation d'ensemble que nous observons, précise-t-elle.
Elle retient quand même deux éléments de l’étude de l’AMO.
Premièrement, nous devons redoubler d’efforts pour évaluer systématiquement l’ampleur de l’écart salarial entre les sexes et mener des recherches pour en comprendre les causes. Comme nous l’avons mentionné, il ne s’agit là que d’un aspect de la situation, mais de nombreux autres facteurs potentiels méritent d’être analysés, croit-elle.
Deuxièmement, des changements politiques peuvent avoir un impact sur cet écart. Ces changements commandent parfois de prendre du recul et de réfléchir à ce que nous valorisons dans la société ainsi qu'à ce que nous sommes prêts à financer, indique la Dre Karen en ajoutant que les femmes médecins devraient être représentées et même diriger les négociations afin de pouvoir faire valoir leur point de vue.
Lorsque nous examinons des modèles de rémunération mixtes, nous constatons une réduction de cet écart.
Plus profondément, elle insiste sur le fait que la société devrait s’interroger sur les valeurs [qu’elle] valorise le plus. Je pense que cela nous invite à prendre du recul et à nous demander : payons-nous réellement pour obtenir les choses auxquelles nous accordons le plus de valeur? conclut-elle.
Quatre minutes de plus par patient
Dans le cadre de l’étude de l’AMO et pour les consultations de médecine familiale les plus fréquemment facturées, les femmes médecins de famille ont déclaré qu'elles consacrent près de quatre minutes de plus par rendez-vous que leurs collègues masculins.
Cette tendance s’est vérifiée pour la quasi-totalité des services couramment facturés : les femmes ont passé plus de temps dans 19 des 20 services analysés.
Selon l’AMO, pour avoir le même revenu que ses collègues masculins, une femme médecin de famille devrait travailler environ deux heures de plus par jour, ce qui représente un manque à gagner estimé à environ 45 500 $ pour un médecin qui travaille selon un horaire standard en Ontario cette année.
Méthodologie
1055 médecins de famille en exercice en Ontario ont rempli le questionnaire de l’étude sur la durée, en minutes, des services de médecine familiale les plus fréquemment offerts.
Il est à noter que les auteurs de cette étude soulignent que le biais de mémorisation, ou erreur de mesure, constitue un risque de l’étude, car les répondants peuvent avoir surestimé ou sous-estimé leur temps de service.


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