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Une famille aisée du Midwest décide de passer Noël à Paris. Dans la confusion du départ, un petit garçon – Kevin – est oublié à la maison. Sa mère s'en aperçoit tardivement, alors que l'avion glisse gentiment à sa vitesse de croisière, probablement au-dessus de la baie du Delaware. L'enfant, qui aurait pu tenter d'appeler un proche, ou la police pour qu'on le dorlote pendant cette épreuve, décide au contraire de prendre possession des lieux et de s'y livrer à de nombreuses turpitudes. Et n'était-ce l'apparition de deux cambrioleurs, son expérience n'eut pas forcément été désagréable.
Rambo haut comme trois pommes
Kevin est un exemple de résilience et plutôt que de céder à la panique, il entreprend ce que tout bon américain ferait pour défendre sa maison : prendre les armes. Les voleurs finissent grillés, contusionnés, assommés et garnis de clous. Tout juste ne perdent-ils pas l'un ou l'autre membre. Des geeks ont depuis démontré, appuyés par l'avis de médecins légistes, que la somme des maltraitances que Kevin leur inflige, n'aurait permis à aucun être humain de survire. Les parents finissent par rentrer, tout le monde se fait un hug et – film de Noël oblige – une musique sirupeuse nous rassure sur le générique de fin.
"Love Actually is all around" : pourquoi on ne se lasse jamais de ce film culte de NoëlOui mais non, pour nous, enfants des années 80, l'héroïsme de l'acteur, Macauley Culkin, fut vécu comme une injonction à la bravoure. Pas étonnant que les quadragénaires – contemporains du film – finissent tous sur le divan d'un psy, à geindre sur leur incapacité fondamentale à faire face aux difficultés de l'existence. Mon père, en sortant du cinéma De Brouckère ne rata pas l'occasion d'appuyer là où ça fait mal, me lançant – implacable – ce dont j'avais déjà pris conscience : "Tu serais bien incapable de tout ça, toi".
Eh bien oui, vertigineux bachibouzouk, j'en serais tout à fait incapable et, du haut de mes neuf ans, j'aurais probablement fait ce que chaque petit Belge ferait en cas de difficulté majeure : envoyer une lettre timbrée à la Reine Fabiola, la priant de venir à ma rescousse en lévitation, le brushing scintillant d'éclairs, prête à foudroyer l'assaillant. C'est que chez nous, Monsieur, on n'est pas dans le Midwest. Chacun ses armes. Laissons l'expression de l'ultra-violence à Kevin McCallister, préfigurateur inconscient des valeurs du mouvement MAGA et parons-nous du soft power laqué de la Reine Fabiola.
Contrairement à Cameron Diaz dans "The Holiday", elle ne reviendra pas en courant dans la neigeL'enfant sacrificiel
Ensuite, il nous appartint de grandir dans l'ombre du petit acteur. On le vit – sans penser à mal, à l'époque – au bras de Michaël Jackson, au moment où Black or White triomphait. Il poursuivit sa carrière dans des déclinaisons de plus en plus nulles de Maman j'ai raté l'avion (le deuxième épisode inclut une brève séquence avec Donald Trump, tragédien de tout premier plan).
On le vit quitter les écrans brutalement, épuisé, traînant son père en justice. Des tabloïds diffusèrent des photos le montrant rongé par des addictions multiples. Il revint au cinéma et tenta des incarnations moins archétypales ; ainsi apparut-il en queer, utilisateur de fauteuil roulant dans Saved ! un film sur l'homosexualité dans le contexte du christianisme évangélique. Rédemption pour l'acteur ? Sa prestation fut bien accueillie et il semble désormais heureux dans son rôle de père de famille, tenant le cinéma à distance respectueuse, tandis que son jeune frère – Kieran – s'est entre-temps vu remettre un Oscar pour sa prestation dans A real pain, le film de Jesse Eisenberg.
Dire qu'il existe un parallèle clair entre Maman, j'ai raté l'avion, le destin de son petit héros et les souffrances de ceux qui grandirent en même temps que lui serait tiré par les cheveux. Mais il est clairement un marqueur générationnel qui, sous les dehors d'un héroïsme joyeux, participa à l'exposition de jeunes enfants à une extrême violence. Laquelle semble avoir depuis contaminé les États-Unis et le reste de l'univers. Ainsi, cet axiome : si la famille McCallister n'avait pas oublié Kevin à la maison, Trump n'aurait jamais été président des États-Unis.
Une ordure est entrée dans mon cœur pour ne plus jamais en sortirPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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