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Malgré l’absence d’une stratégie nationale maritime digne de ce nom, les acteurs du milieu se mobilisent pour maintenir leur dynamisme.
Les espoirs de la mise en place d’une zone d’innovation bleue ont coulé à pic l’an dernier. Sous la surface, ils étaient une trentaine d’organisations de tous les horizons à se concerter pour convaincre le gouvernement de la valeur de leur projet. Plus de quatre années d’efforts se sont évaporées quand Québec a dit non au projet.
Au niveau administratif, tout était réglé, se remémore le directeur général chez Merinov, David Courtemanche, encore déçu du changement d’orientation suite aux déboires.
Les déboires sont bien connus. Novarium, créature de la Société de promotion économique de Rimouski (SOPER) et mise sur pied pour développer l’économie bleue, a fait faillite en octobre 2024. Elle entraîne par ailleurs la SOPER dans son sillage.

Les architectes du projet de zone bleue l'estimaient à une valeur de 750 M$. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet
Leur projet voulait fédérer une large communauté d’intérêts, qui partagent leur lien avec la mer : industrie, centres de recherche, organismes, gouvernements… Rimouski et Grande-Rivière, en Gaspésie, en seraient devenus les pôles.
Les Zones Innovation Québec constituent des territoires géographiques délimités où les conditions sont réunies pour accélérer le passage de l’idée au marché, de même que pour attirer les investissements et les talents.
Québec a investi près de 240 M$ depuis 2020 pour le déploiement des quatre zones d’innovation reconnues, et annoncé des investissements de plus de 2 G$ pour appuyer la concrétisation de projets de ces zones.
Source : Ministère de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie
Alors que Québec investit des millions dans les zones existantes pour stimuler leurs secteurs d’économie, Rimouski doit composer, comparativement, avec une cale quasi sèche.
De plus, le climat économique est loin d’être encourageant pour l’industrie maritime. Les liens des entreprises avec le marché américain font en sorte qu’elles deviennent plus frileuses dans la prise de risques. Les projets d’innovation sont relégués au second plan. Leur attention est ailleurs, pas nécessairement du côté de l’innovation, résume M. Courtemanche.
Pour ajouter à la morosité du tableau, les subventions gouvernementales encourageant les projets d’innovation se tarissent, souligne David Courtemanche. Le Fonds des pêches du Québec, financé conjointement par Ottawa et Québec, est à l’arrêt depuis le 1er avril dernier. Et les délais d’analyse s’allongent en raison de la diminution du nombre de fonctionnaires au fédéral.

« Les taux de succès ont aussi chuté, par exemple du côté des subventions de recherche et développement appliqués », ajoute M. Courtemanche. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Stéphanie Rousseau
Autre tuile qui s’abat sur le secteur : la Technopole maritime du Québec (TMQ) s’est dissoute après 25 ans d’existence cet été. Au cours de ses trois dernières années en activité, l’organisme pouvait compter sur cinq employés à temps plein et un à temps partiel, avec des revenus avoisinant les 600 000 $ par an.
On s’est aperçu qu’on ne répondait plus vraiment aux besoins des membres, reconnaît David Courtemanche, qui a présidé la Technopole pendant quelques années. Il ajoute que la zone bleue serait devenue un véhicule idéal pour que le rôle de la Technopole soit repris.
Son mandat de mobilisation concernait principalement l'industrie et se concentrait sur deux domaines. La TMQ pilotait le réseau MerLIN, dédié à l’innovation dans le secteur du transport maritime et du milieu portuaire, et Biomar, se penchait sur la question des bioressources, soit la valorisation et la transformation des produits marins.
Il reste le Réseau Québec maritime (RQM), que l’on pourrait penser comme un successeur naturel à la TMQ. En place depuis 2016, son rôle consiste au maillage des intervenants du secteur maritime, particulièrement en recherche.

Gwénaëlle Chaillou est directrice générale du Réseau Québec maritime.
Photo : Radio-Canada / Alexandre Courtemanche
Mais ses administrateurs admettent eux-mêmes qu’ils n’ont pas la capacité de reprendre cette fonction. Le RQM dispose, lui aussi, d’un financement récurrent de 600 000 $, employant environ deux personnes et demie à temps plein pour réaliser son mandat.
Ils divisent leurs activités en cinq grandes thématiques, dont certaines recoupent celles de la TMQ.Ça a été repris en fin de compte, plus ou moins, actuellement plutôt moins que plus, parce qu’on a pas les moyens qu’ils avaient, explique Gwénaëlle Chaillou, directrice générale du RQM.
Enfin, le Québec souffre de l’absence d’une stratégie maritime d’envergure. Le gouvernement Legault a mis en place Avantage St-Laurent, mais cette stratégie est essentiellement axée sur le transport maritime, indique le directeur de Mérinov.
Alors, l’économie bleue est-elle à la dérive? Que nenni, selon plusieurs.
L’ISMER, toutes voiles dehors
À bord de l'Institut des sciences de la mer (ISMER), les projets fourmillent et les chercheurs s’en donnent à cœur joie.
Le grand programme intersectoriel Transformer l’action pour le climat (nouvelle fenêtre) bat son plein. Les quelque 154 M$ qui ont été alloués par le Fonds d’excellence en recherche Apogée Canada portent leurs fruits. Bien que le programme soit piloté par l'Université Dalhousie, l’UQAR demeure un partenaire important et finance de multiples projets de recherche via ce fonds.

« On est vraiment dans un moment qui est charnière, où il y a de grands réseaux, des grands programmes où on a vraiment réussi à collaborer ensemble », se réjouit Guillaume St-Onge, directeur de l'ISMER, qui ne manque pas d’énumérer les projets en cours. (Photo d'archives)
Photo : Gracieuseté de l'UQAR
Le récent Réseau d'observation, de prévision et d'intervention en milieu marin (MÉOPAR), mené en partie par l’UQAR, et disposant de 38 M$ sur 5 ans, a été renouvelé. L'agrandissement de la station aquicole et le renouvellement de la flotte d’instruments pour la géochimie et la chimie environnementale sont en cours.
On devient un peu incontournables dans les discussions et dans la façon de collaborer au niveau Québécois, Canadien et même à l’international.
Deux chaires de recherche ont été créées, une portant sur la modélisation des impacts des changements climatiques sur les grands courants océaniques, et l’autre portant sur la diplomatie scientifique, avec en trame de fonds la gestion des stocks halieutiques. Différents partenariats et missions ont été mis sur pied avec des universités françaises et l’Université de Tokyo.
Bref, le milieu de la recherche a le vent dans les voiles, et ce vent se répand dans tout le secteur maritime de Rimouski.
Malgré les écueils, la résilience
Les artisans du projet de zone bleue ne baissent pas les bras depuis l’an dernier. Ils sont une dizaine à poursuivre leurs échanges pour faire naître des projets d’innovation, bien qu’ils soient de moindre envergure. La zone d'innovation bleue, OBNL fondé en 2023, poursuit tant bien que mal ses activités. Mais le tout est opéré de façon bénévole.
On n'a pas eu la zone bleue, c'est un gros coup pour toute la région, mais je pense que le message qu'il faut réussir à passer, c’est qu’il y a quand même de très belles initiatives qui ont émergé de toute cette force de notre réseau, affirme Guillaume St-Onge.
Ces concertations ont mené à deux projets de centres d’innovation, partagés entre Grande-Rivière et Rimouski. Rimouski porte sur la robotique et les technologies marines, tandis que Grande-Rivière est axé sur la pêche, l’aquaculture et la modernisation des bateaux.
On a quand même appris à travailler ensemble au cours des dernières années, puis ce qu’on a développé, c’est pas perdu.
À Rimouski, on échafaude le projet en mettant en lien les acteurs de la région. Innovation maritime, le CIDCO, Reformar, et le Service hydrographique du Canada sont dans le coup. Le plan d’affaires est encore en élaboration, mais déjà des échos de Québec seraient favorables.

L'entreprise Rimouskoise CIDCO a créé un sous-marin drone robotisé. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Francois Gagnon
Le Réseau Québec maritime, pour sa part, multiplie les activités de maillage entre le monde de la recherche et les partenaires industriels, gouvernementaux et communautaires. Plus de 200 organisations sont membres du réseau. Ils sont à l’origine de 84 projets, incluant 13 missions océanographiques, et s’efforcent de créer des concertations intersectorielles. Ce sont eux qui sont, par exemple, derrière le collectif Manger notre Saint-Laurent.
Des communautés de pratique ont été établies pour réunir des acteurs autour de thématiques communes. Le programme de recherche visant l’atténuation des impacts de la navigation commerciale sur les écosystèmes (PLAINE) réunit des partenaires industriels, de la recherche et les communautés touchées par la question. Piloté par le RQM, il est soutenu par le ministère des Transports du Québec à raison de 5 M$ sur 5 ans, dans le cadre d’Avantage St-Laurent.
Peu importe ce qui arrive, Rimouski va garder sa vitalité maritime. Ça ne partira jamais.
Avec la fin de la TMQ, le maillage entre l’industrie, de la recherche universitaire, des Centres collégiaux de transfert de technologies et des OBNL a été mis à mal. Mais ce volet est en train d’être repris par tout notre écosystème, affirme M. St-Onge.
Les entreprises, elles sont toujours là, les centres de recherche, ils sont là! Ce que produit Rimouski en économie bleue est toujours là, martèle pour sa part Marina Soubirou, directrice du Service de développement économique et touristique de la Ville de Rimouski.
À Rimouski, on estime à une trentaine le nombre d’entreprises liées à l’économie bleue, en plus d’une douzaine de centres de recherche dédiés. Des ressources halieutiques à l’observation des océans, en passant par des bouées intelligentes, les drones sous-marins, la gestion de données et la télédétection, la filière s’est diversifiée au cours des années jusqu’à former un milieu symbiotique.

Le Centre de recherche sur les biotechnologies marines fait partie des organismes œuvrant en économie bleue à Rimouski. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Benoit Bélanger
Ça remonte à loin, ce caractère maritime, et surtout ce caractère maritime toujours innovant, souligne Marina Soubirou. Les entreprises sont interreliées entre elles et avec le milieu de la recherche, dont certaines en sont issues.
Mais tout cet écosystème, aussi résilient soit-il, est limité par les moyens dont dispose son ambition. Collectivement, au Québec, on doit se repositionner par rapport à la question maritime, somme David Courtemanche, qui plaide pour une stratégie maritime globale.
On est quand même dans un gouvernement où tout ce qui est science environnementale va prendre moins d’importance au cours des prochaines années, anticipe pour sa part Guillaume St-Onge, qui partage l’inquiétude de son collègue concernant l’absence d’une stratégie québécoise. Au fédéral, les coupures de 15 % dans certains ministères clés pour la recherche scientifique maritime n’augurent rien de bon à cet effet.
Mais l'océan demeure vaste et les possibilités sont multiples, tempère David Courtemanche. Le potentiel est tellement grand, on ne peut pas rester là et garder les bras croisés.


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