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Les scientifiques de l’Atlantique mesurent l’impact de Trump

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Un an après le début du nouveau mandat de Donald Trump, des membres de la communauté scientifique en Atlantique confirment que les changements politiques de l’administration américaine en matière de sciences se font ressentir.

Professeure au Département des sciences de la terre et de l'environnement de l’Université Dalhousie à Halifax, Shannon Sterling, une spécialiste du changement du climat et de la séquestration des gaz à effet de serre, prédit que son travail va devenir plus difficile en raison du positionnement des États-Unis à l’endroit de la science.

Shannon Sterling.

La professeure Shannon Sterling est cofondatrice de l’entreprise CarbonRun.

Photo : Radio-Canada

Elle cite notamment les compressions budgétaires à la U.S. Geological Survey et la Environmental Protection Agency, deux agences fédérales qui récoltent des données essentielles aux scientifiques s’intéressant à l’impact du changement climatique sur les écosystèmes au Canada.

Ces données sont en quelque sorte la fondation de notre science.

Avant son entrée en fonction le 20 janvier 2025, plusieurs se sont inquiétés de l’impact qu’aurait le deuxième mandat de Donald Trump sur le savoir scientifique.

Pour son deuxième mandat, le président américain a choisi de s’entourer de personnes qui ont fait sourciller plusieurs chercheurs.

 Robert F. Kennedy Jr. lors des audiences.

Les opinions du secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, Robert F. Kennedy Jr., sur la vaccination et l’autisme vont à l'encontre du consensus scientifique.

Photo : Getty Images / Andrew Harnik

Notamment, depuis que Robert F. Kennedy Jr. est à la tête des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), la principale agence sanitaire des États-Unis n’écarte désormais plus qu’il puisse exister un lien entre les vaccins et l’autisme.

Une année dévastatrice

Spécialiste de la désinformation en sciences de l’Université de l’Alberta, Timothy Caulfield qualifie la première année du deuxième mandat Donald Trump de dévastatrice pour la science, une réalité qui a des répercussions au nord de la frontière américaine et à l’échelle mondiale.

Quand on pense à la manière dont ils dépeignent le lien entre la vaccination et l’autisme, ça va avoir un impact sur les patients au Canada et partout dans le monde et je crois qu’on en ressent déjà les effets.

Timothy Caulfield.

Timothy Caulfield, professeur à l'Université de l'Alberta, étudie la désinformation en matière de santé depuis des décennies. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Sam Martin

Pour le chercheur, il ne fait aucun doute que M. Kennedy et ses collègues poussent un programme politique antiscientifique sans précédent.

Les agences de la santé publique des provinces maritimes ont refusé nos demandes d'entrevue à ce sujet, mais la présidente de la Société médicale du Nouveau-Brunswick, la Dre Lise Babin, partage l'analyse du professeur Caulfield.

La désinformation croissante a encore amoindri la valeur de la recherche fondée sur des données probantes et des pratiques exemplaires; l’érosion de la confiance du public a accru la confusion sur les questions médicales et sur les sources d’information fiables, et l’hésitation vaccinale se traduit par une baisse des taux d’immunisation et un risque accru de flambées épidémiques, a-t-elle indiqué dans une déclaration écrite envoyée à Radio-Canada.

Marjorie Michel.

La ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

Les prises de position antiscientifiques de l’administration Trump ont même incité la ministre fédérale de la Santé, Marjorie Michel, à déclarer à la fin 2025 que le Canada ne peut désormais plus se fier aux agences fédérales américaines lorsque vient le temps de chercher des renseignements scientifiques et sanitaires.

Pour la Dre Babin, ces préoccupations font ressortir la nécessité de renforcer nos propres systèmes nationaux de communication en matière de santé publique et de réduire notre dépendance à l’égard de l’information émanant de sources de santé publique américaines.

Compressions sans précédent en recherche

Le financement de la recherche aux États-Unis a aussi beaucoup souffert depuis le retour de Donald Trump.

Selon un article paru dans la revue scientifique Nature le 20 janvier, les compressions budgétaires dont ont été victimes les National Institutes of Health (NIH) et la National Science Foundation ont mené à l’annulation ou à la suspension du financement de près de 8000 projets de recherche.

L’impact ne s’est pas fait sentir que chez les scientifiques américains, puisque plusieurs chercheurs canadiens bénéficiaient des fonds de recherche des NIH. En 2023, près de 60 millions du budget de cette agence américaine ont servi à financer des études menées au Canada mais, depuis l’an dernier, ces fonds doivent rester aux États-Unis.

La perte de ce financement aura un impact sur la vitesse à laquelle progresse le savoir scientifique, dit Timothy Caulfield.

Il faut se souvenir que les NIH étaient les plus gros bailleurs de fonds pour la recherche biomédicale à l’échelle mondiale, ajoute-t-il.

Marc Surette.

Marc Surette, professeur au Département de chimie et de biochimie de l'Université de Moncton, est aussi PDG et directeur scientifique de l'Institut de recherche en santé du Nouveau-Brunswick.

Photo : Radio-Canada / Pascal Raiche-Nogue

Le PDG et directeur scientifique de l’Institut de recherche en santé du Nouveau-Brunswick, Marc Surette, confirme que la situation peut avoir un impact sur la recherche au Canada, même pour les chercheurs qui ne bénéficiaient pas directement de ces fonds.

Il n’y a pas de doutes, les États-Unis sont le leader mondial en recherche dans tous les domaines parce qu’ils investissent beaucoup d’argent et attirent des chercheurs de partout dans le monde. Le fait que la recherche se fait couper aux États-Unis, il y a un impact mondial sur l’avancement des connaissances dans tous les domaines de la science, dit celui qui est aussi professeur au Département de chimie et de biochimie de l’Université de Moncton.

Souvent, on a des collaborateurs aux États-Unis et ailleurs dans le monde, donc si notre collaborateur perd ses fonds, ça affecte notre collaboration et donc nos projets de recherche, dit-il.

L'édifice du Centre de médecine de précision du Nouveau-Brunswick.

Des chercheurs du Nouveau-Brunswick sont d'avis que les actions de l'administration américaine pourraient faire reculer la recherche au Canada et ailleurs sur la planète. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Maya Chebl

Bien qu’aucun scientifique de l’Université de Moncton ne bénéficiait de financement américain, le vice-recteur adjoint à la recherche et doyen de la Faculté des études supérieures et de la recherche, Francis LeBlanc, constate néanmoins que le retour de Donald Trump a eu un impact sur les professeurs de cette université.

Il y a beaucoup de craintes, donc les scientifiques évitent d’aller aux États-Unis et ça freine les collaborations, analyse-t-il.

Un recul pour la lutte au changement climatique

Ce rejet de la science par l’administration Trump, particulièrement en environnement, pourrait avoir un impact sur l’adoption de technologies vertes, s’inquiète pour sa part Francis LeBlanc.

Les États-Unis sont un marché important pour beaucoup de technologies, donc ça peut empêcher le développement technologique dans d’autres pays parce que ce marché n’existe plus, analyse-t-il.

Cette crainte est bien réelle pour Shannon Sterling, qui tente de commercialiser une technologie de séquestration du carbone avec son entreprise CarbonRun.

Le New York Times a récemment révélé comment d'influents républicains ont contribué à convaincre des banques et de grands investisseurs américains à se détourner des technologies vertes. Ce changement de cap pourrait forcer des entreprises vertes comme la sienne à se tourner vers d’autres marchés, croit Shannon Sterling.

Il y a encore beaucoup d’appuis en Europe, donc c’est une voie prometteuse.

Et c'est sans compter le retrait des États-Unis de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Ça compromet notre capacité d’avoir des décisions prises par consensus, ce dont nous avons besoin pour s’attaquer à ce genre de problème mondial, se désole-t-elle.

Le changement climatique va s’accélérer et diminuer la capacité des Canadiens de protéger les forêts contre les feux et les rivières de la sécheresse.

Alors que la confiance à l’endroit des institutions publiques s’est tranquillement érodée au fil des années, les États-Unis auront aussi assez rapidement contribué à attiser la méfiance à l’endroit de la science, une réalité qui pourrait perdurer longtemps après le départ de Donald Trump, croit Timothy Caulfield.

Un nouveau gouvernement, avec une vision plus éclairée sur l’importance du rôle de la science dans notre vie, va tenter de corriger ces problèmes, ça va faire une différence. Mais quand on fragilise cette base scientifique et quand on crée une méfiance publique à l’endroit de ces institutions, ça peut prendre très longtemps à rétablir la confiance.

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