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Les Philippins de Saguenay face à des départs forcés : « Ce sont nos amis qui partent »

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La langue tagalog et le français se mélangent aux odeurs de cuisson dans la cuisine de Sharon Sog-Ed. Elle et deux de ses amies, toutes nées aux Philippines, cuisinent des repas traditionnels qu’elles distribueront à d’autres membres de leur communauté qui s’ennuient des saveurs de la maison.

Ce genre de festin est habituellement réservé aux célébrations, mais le cœur est un peu moins à la fête ces jours-ci. La population de Philippins au Saguenay-Lac-Saint-Jean s’élève normalement à 300 personnes. Depuis le resserrement des politiques d’immigration au Québec, la moitié d’entre eux ont été contraints de s’installer hors du Québec.

Chaque semaine on doit dire au revoir à une famille complète , constate Sharon Sog-Ed.

Une femme sourit à la caméra.

Sharon Sog-Ed est installée au Saguenay depuis plus de 15 ans.

Photo : Radio-Canada

Le Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) au Canada et au Québec a subi un remaniement majeur au cours de la dernière année. Plusieurs permis de travail n’ont pas été renouvelés, principalement ceux qui ont des permis fermés, c'est-à-dire qu’ils sont reliés à un seul employeur.

Le déchirement est encore plus grand pour Sharon et ses amies Manelyn Cabanilla et Angie Morin, qui ont toutes travaillé fort pour aider les Philippins à s’intégrer à leur nouvelle terre d’accueil. Angie, elle, avait une épicerie de produits philippins dans le quartier du Bassin à Chicoutimi. Elle a dû fermer les portes de l’établissement, mais n’a pas délaissé les fourneaux pour autant. Elle arrive toujours à dénicher les produits typiques de son coin de pays et prépare souvent des portions en plus pour que d’autres puissent en profiter.

Deux femmes dans une cuisine éclatent de rire.

Angie Morin était jusqu'à tout récemment propriétaire d'une épicerie de produits asiatiques.

Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu

Sharon et Manelyn se chargent de traduire plusieurs documents, passent des coups de fil importants pour décharger un peu les nouvelles familles qui peuvent être perdues dans les dédales administratifs de l’immigration. Elles ne sont pas payées pour le faire, elles ont simplement à cœur le bien-être des leurs.

C’est dans la culture de notre communauté, c’est un cadeau pour nous d’aider

Elles ont réussi à surmonter la barrière de la langue et permettent à plusieurs de briser l’isolement. Des rassemblements sont organisés à Noël ou en été, mais les convives seront moins nombreux cette année. Pour elles, ce travail n’est pas vain, mais elles ont parfois le cœur gros. Ce sont nos amis qui partent, se désole Sharon Sog-Ed.

Plusieurs plats sur une table.

Bien des membres de la communauté philippine sont heureux de retrouver les saveurs de la maison

Photo : Radio-Canada / Rosalie Dumais-Beaulieu

Je comprends bien comment être un étranger dans un pays. Moi j’ai quitté les Philippines à 19 ans et j’ai travaillé à Singapour, donc je comprends bien les défis et toutes les choses qu’on peut expérimenter, donc pour moi c’est d’aider, d’être là, d'être présente, explique-t-elle.

Malgré les petits deuils qui s’imposent, Sharon, Manelyn et Angie n’ont pas l’intention d’arrêter de se serrer les coudes.

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