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Les nouvelles mères sont plus stressées que jamais

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Les nouvelles mères d’aujourd’hui font face à une surcharge de responsabilités, compte tenu des multiples crises que traverse la société actuelle, souligne une étude effectuée par des chercheuses de l’Université Concordia et de l’Université Brock, de Toronto. En plus de prodiguer les soins de base à leur bébé, elles s’appliquent à protéger leur progéniture des injustices sociales et des changements climatiques qui ont cours et qui monopolisent le discours ambiant. Elles assument la responsabilité de préparer leur enfant à ces problèmes sociétaux, qu’une personne ne peut résoudre seule.

L’étude a consisté à recueillir les témoignages de 33 femmes, dont 18 habitaient Montréal et 15 Toronto. Plus de 40 % de ces femmes s’identifiaient comme membres d’une communauté racisée et présentaient divers niveaux d’éducation et de statut socio-économique. Ces femmes ont été rencontrées durant le dernier trimestre de leur grossesse, ainsi que 3 mois, 11 mois et 18 mois après la naissance de leur enfant. Les entrevues ont eu lieu entre 2016 et 2018, au moment où naissaient les mouvements Me Too et Black Lives Matter, où débutait le procès de Jian Ghomeshi, où paraissaient le rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada et celui de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, et dans un contexte où les changements climatiques faisaient l’objet de constantes discussions. Ces nouvelles mères étaient donc constamment exposées à ces différents événements, qui étaient intensément relayés par les médias.

Les chercheuses ont remarqué que les participantes de l’étude, qui vivaient leur première expérience en tant que mères, « avaient adopté délibérément des pratiques parentales visant à aider leur enfant » à faire face et à remédier à certains de ces problèmes de sexisme, de racisme et de crise environnementale. « Les événements de l’actualité avaient visiblement contribué à changer leurs perceptions et avaient influé sur ce qu’elles allaient enseigner à leur enfant et comment elles allaient le faire », a souligné en entrevue avec Le Devoir Shannon Hebblethwaite, professeure au Département des sciences humaines appliquées de l’Université Concordia et coautrice de l’étude, qui est publiée dans le Journal of Gender Studies.

« Les mamans voulaient élever leur garçon de façon qu’il pense en termes d’égalité et lui enseigner l’importance du consentement », donne-t-elle en exemple. Elles voulaient rendre leur fille consciente de ces mêmes paradigmes et leur apprendre la façon d’y réagir adéquatement et de se protéger.

Elles prévoyaient de cultiver chez leur fille « une image corporelle positive et inclusive afin qu’elle ne ressente pas trop de pression à vouloir ressembler aux mannequins qui figurent dans les magazines et sur les réseaux sociaux ».

Une mère a rapporté qu’elle recevait plein de compliments pour son mignon bébé garçon, qui est noir, mais qu’elle s’inquiétait du moment où il sera devenu un adolescent portant un coton ouaté à capuchon qui, le soir, s’amusera dans un parc. Comment arrivera-t-on à le protéger ? se demandait-elle. D’autres mères avaient l’intention d’expliquer à leur garçon que flâner dans un parc n’est probablement pas une activité sûre.

Conscience sociale

Les mères étaient également déterminées à combattre les stéréotypes. Elles étaient soucieuses de ne pas souligner le genre de leur enfant. « Elles n’achetaient pas de vêtements roses à leur fille ou bleus à leur garçon. Certaines avaient même acheté des poupées à leur garçon pour leur apprendre à être attentionné et bienveillant », précise Mme Hebblethwaite.

Elles étaient très préoccupées par les changements climatiques. « Les messages diffusés par le gouvernement et les médias avaient même conduit une mère à penser qu’avoir un enfant était un désastre pour l’environnement. » Certaines affirmaient qu’elles voyageraient désormais localement et qu’elles feraient du camping plutôt que de partir en vacances à l’étranger par avion. D’autres étaient devenues véganes. D’autres encore s’inquiétaient de l’état de l’environnement dans lequel leur enfant vivrait et optaient pour des couches en tissu pour épargner la planète.

Peu importe leur niveau de revenus, les mères ne voulaient pas que leur enfant devienne un grand consommateur. Elles avaient elles-mêmes adopté des pratiques de consommation durables et respectueuses de l’environnement : certaines tricotaient ou crochetaient de petits animaux au lieu d’acheter des jouets venant d’ailleurs.

Toutes les mères aspiraient à instiller une conscience sociale à leur enfant, à l’exposer à la diversité afin d’éliminer toute forme de racisme et de discrimination. Elles se sentaient responsables de leur inculquer une telle éducation.

Il est apparu clair aux chercheuses que l’anxiété générée par ces crises sociétales ajoutait une lourde charge aux mères qui se donnaient comme mandat d’outiller leurs enfants pour y faire face et les aplanir.

Toutes ces facettes de l’éducation de leur enfant « faisaient peser sur elles beaucoup de pression », fait remarquer Mme Hebblethwaite. « Nous croyons que les gouvernements pourraient faire plus pour soutenir les femmes, notamment par du soutien au travail et pour la garde des enfants, et autres choses qui aideraient à diminuer la pression sur les mères, car cette pression n’ira pas en diminuant. »

« Les gouvernements s’en remettent aux individus pour gérer ces problèmes sociaux [de sexisme, de racisme et de changements climatiques] et, par ricochet, en grande partie aux mères qui assument cette responsabilité, alors qu’ils devraient intervenir au niveau structurel », souligne la chercheuse. « Ça prend un village pour élever un enfant, pas seulement une personne ! »

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.

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