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Les misérables, c’est fort probablement la comédie musicale la plus connue dans le monde. Depuis sa création à Paris en 1980, l’œuvre de Claude-Michel Schönberg et Alain Boublil, inspirée du roman de Victor Hugo, a été présentée dans 53 pays, en 22 langues et pour 130 millions de spectateurs. L’intrigue s’articule autour de l’insurrection républicaine qui a eu lieu à Paris en juin 1832. Dans la guerre d’usure à laquelle se livrent Javert et Valjean, il y a assez d’amour et de politique, de solidarité et d’injustice, de grandeur et de petitesse pour galvaniser des générations aux quatre coins de la planète.
Après la version de 1991 (mise en scène par Richard Jay-Alexander et Trevor Nunn) et celle de 2008 (mise en scène par Frédéric Dubois), c’est la troisième fois que l’œuvre est à l’affiche chez nous en français. Présenté par Juste pour rire et réunissant une équipe québécoise, une trentaine d’interprètes et une quinzaine de musiciens, le spectacle mis en scène par Ladislas Chollat a été créé à Paris, au théâtre du Châtelet, en 2024. Il faut préciser d’entrée de jeu que la production n’a pas l’envergure de celles qu’on peut voir sur Broadway ou en tournée nord-américaine. En ce qui concerne la scénographie, mais aussi la mise en scène et l’interprétation, la proposition est plus modeste, mais aussi moins implacable.
Cela dit, le spectacle a les qualités de ses défauts. À échelle humaine, plus artisanal, plus parisien, il offre une grande proximité avec les interprètes, une théâtralité exacerbée qui n’est pas sans évoquer l’opéra, mais aussi une gouaille savoureuse qui, elle, rappelle la belle époque du théâtre de boulevard et des opérettes. Pour Les misérables, une œuvre profondément française, mais plus associée à Broadway ou au West End qu’à la Ville Lumière, il s’agit en quelque sorte d’un retour aux sources.
Le dispositif imaginé par Emmanuelle Roy, des structures architecturales sur roulettes, évoque habilement les différents lieux. Signées Cutback, des projections en nuances de gris et de sépia achèvent de camper les atmosphères. Là où le bât blesse, c’est dans l’utilisation un brin mécanique du décor, une alternance quasi systématique entre les scènes de groupe (des passages dont les chorégraphies manquent encore un peu d’huile) et les solos à l’avant-scène (pendant lesquels se déroulent derrière le rideau des changements de décor souvent bruyants).
Une distribution à la hauteur
Magnifiés par les costumes réalistes et soignés de Jean-Daniel Vuillermoz, les membres de la distribution sont pour la plupart à la hauteur du défi. Seul Français de la bande, Stanley Kassa incarne Enjolras, celui qui est à la tête des révolutionnaires, avec un aplomb admirable. En Mme Thénardier, Debbie Lynch-White s’en donne à cœur joie et son plaisir est communicatif. Son acolyte, Roger La Rue, est moins à l’aise, mais tout de même truculent. On connaissait le talent de Klara Martel-Laroche, qui interprète Fantine de manière poignante, mais on découvre celui de Kenza Nejmi, qui est une Éponine hors pair. À son Marius, Nathan Bois-McDonald offre un timbre magnifique et une ferveur remarquable.
Le fil rouge de cette comédie musicale, c’est la relation entre Jean Valjean, l’ancien prisonnier en rupture de ban, et Javert, le policier qui le pourchasse inlassablement. Malheureusement, dans le rôle principal, Alex Gaumond ne finit jamais par convaincre. L’homme est doté de capacités vocales indéniables, mais il y a dans son interprétation d’un individu qui devrait être l’incarnation de la résilience et de la combativité un abattement qu’on s’explique mal. Quant à Javert, il trouve en Dominique Côté un interprète de choix. À partir d’un personnage qui est facile à caricaturer, le chanteur et comédien compose un être nuancé, un homme aux prises avec un dilemme qui le déchire. Son interprétation de Sous les étoiles est le moment le plus émouvant de la soirée.


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