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Des chercheurs estiment que les logos et mascottes représentant des animaux peuvent permettre de contribuer à la protection d’espèces menacées.

EYEPIX / NurPhoto via AFP
Les mascottes des trois pays hôtes du Mondial de football 2026 mettent la faune à l’honneur avec un élan pour le Canada, un pygargue à tête blanche pour les États-Unis et un jaguar pour le Mexique.
EN BREF • Les animaux emblématiques des équipes et mascottes de la Coupe du monde pourraient sensibiliser à la protection des espèces menacées.
• Une étude montre que 27 % des animaux emblématiques dans le sport sont menacés d’extinction, soulignant leur potentiel pour la sensibilisation écologique.
• The Wild League collabore avec des clubs sportifs pour éduquer et mobiliser les supporters en faveur de la biodiversité, malgré des précédents mitigés comme la mascotte Fuleco en 2014.
Les lions de l’Atlas de l’équipe du Maroc, le kangourou pour l’Australie ou encore le corbeau Yatagarasu pour le Japon : de nombreuses équipes qualifiées pour la Coupe du monde 2026 arborent un animal comme emblème. À cela s’ajoutent les mascottes des trois pays hôtes de ce Mondial, qui mettent la faune à l’honneur avec un élan pour le Canada, un pygargue à tête blanche pour les États-Unis et un jaguar pour le Mexique.
Cette forte présence animale contraste avec l’engagement quasi inexistant du monde du football en faveur de la préservation de la biodiversité. Ce paradoxe amène certains spécialistes de la faune à s’interroger : ces symboles animaliers pourraient-ils être utilisés comme un levier de sensibilisation du public et participer, à terme, à la protection d’espèces menacées ? C’est notamment l’objet de recherche de l’écologue Ugo Arbieu, aussi fondateur de The Wild League, un projet international visant à promouvoir l’intégration de ces enjeux écologiques chez les organisations sportives professionnelles.
Les recherches d’Ugo Arbieu sont parties d’un constat personnel. « Je trouve fascinant de voir, dans les stades, des milliers de supporters arborer des tatouages ou des drapeaux représentant des lions, des tigres… tout en ignorant que ces espèces sont menacées », raconte Ugo Arbieu, contacté par Le HuffPost. Le chercheur à l’Université Paris-Saclay a aussi observé que les logos sportifs mettent le plus souvent en avant des félins, associés à la puissance et à la grandeur, mais aussi que d’autres espèces bien moins charimastiques (calamars, crabes, frelons, pélicans…) font office d’emblème. Cette diversité pourrait permettre de communiquer sur un large éventail d’espèces animales.
Les espèces menacées très utilisées dans l’imagerie sportive
Dans un premier temps, le scientifique a entrepris, avec douze chercheurs internationaux, une vaste étude visant à recenser les animaux présents sur les logos, dans les noms d’équipe et les surnoms, dans dix sports collectifs masculin et féminin de Première Division, répartis dans 43 pays sur cinq continents. Les résultats, présentés dans une étude publiée dans la revue BioScience et utilisés pour un article dans la revue Frontiers in Ecology and the Environment, montrent que 727 équipes ont des « espèces porte-drapeaux ». Un travail titanesque aussi représenté sous une forme de carte interactive, visible aussi ci-dessous.
Les scientifiques ont constaté dans leurs travaux que les espèces menacées d’extinction sont largement sur-représentées dans l’iconographie sportive : 27 % des animaux utilisés comme image de marque dans le sport « font face à des risques d’extinction à plus ou moins court terme ». Six de ces espèces sont même classées en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) : le rhinocéros noir, la baleine bleue, l’éléphant d’Afrique, l’éléphant d’Asie, le tigre et le carouge de Porto Rico. Ce dernier est un oiseau noir avec une petite tache jaune sur les épaules, qui a décliné avec les plantations de cannes à sucre au XXe siècle.

Carte associée à une publication scientifique parue dans la revue BioScience. https://ugoarbieu.shinyapps.io/TheWildLeagueMap/
Une cartographie issue d’une publication scientifique montrant plus de 700 organisations sportives dans 50 pays, qui utilisent des animaux sauvages dans leur nom, leur logo ou les surnoms de leurs supporters.
Quant à The Wild League, c’est l’autre pilier de la démarche d’Ugo Arbieu. Son objectif est de démontrer que les spécialistes de la conservation peuvent collaborer avec les dirigeants de clubs sportifs et les supporters afin de développer des initiatives concrètes en faveur de la biodiversité. Cette synergie est représentée dans l’illustration ci-dessous. En 2026, The Wild League va accompagner au moins trois clubs pour les aider d’abord à sensibiliser leurs supporters et leur public aux enjeux qui pèsent sur leur espèce emblème. Les clubs seront ensuite encouragés à « former leurs dirigeants, leurs athlètes et leur public », tout en organisant des collectes de fonds. Enfin, ils seront mis en relation avec des associations de protection de la nature « afin de leur apporter un soutien financier et humain ».

Frontiers in Ecology and the Environment
Cette représentation illustre les atouts que chacun des trois acteurs, les spécialistes de la conservation, les supporters et les organisations sportives, peut apporter aux autres.
Le contre-exemple du Fuleco, la mascotte du Mondial 2014
Les supporters ont un rôle particulier à jouer, poursuit Ugo Arbieu. Des enquêtes préliminaires qu’il mène suggèrent en effet que même si la conscience écologique des supporters n’est pas forcément élevée, ils sont plus enclins à s’intéresser à l’animal représentant leur club et à vouloir le protéger.
Concernant la Coupe du monde, The Wild League n’a pas prévu de grande campagne de communication et préfère travailler sur le temps long. Ugo Arbieu justifie ce choix par un précédent raté avec Fuleco, contraction de « football » et « écologie », la mascotte de la Coupe du monde de 2014 au Brésil. « Fuleco était un tatou à trois bandes, une espèce menacée. Des scientifiques avaient alors tenté de convaincre le gouvernement brésilien et la FIFA de profiter de cet événement pour protéger davantage les habitats de cette espèce », rappelle le chercheur. Mais le combat écologique s’est heurté à la démarche publicitaire de la FIFA. Pour éviter les controverses, notamment avec les associations environnementales, la fédération a « cessé de mettre en avant la mascotte. »
D’autres campagnes de communication ou actions pour la biodiversité ont en revanche été de vraies réussites et encouragent Ugo Arbieu dans son action. Il cite notamment le Tigers United University Consortium, un réseau de plusieurs grandes universités américaines ayant pour point commun d’avoir des équipes surnommées les « Tigers », qui se sont alliées pour financer les recherches et sensibiliser la conservation du tigre sauvage. Une initiative qui montre qu’il n’y a qu’un pas entre la communication sur les « espèces porte-drapeaux » et le développement de projets ambitieux de conservation.


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