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REPORTAGE - Cette future série de France 2, adaptée du livre éponyme, retrace le combat d’une femme (Alix Poisson) pour connaître la vérité sur la disparition de son fils au cours d’une permission. Nous avons assisté au tournage.
Dehors, la pluie battante recouvre le sol d’une fine pellicule de boue. Dans les tréfonds d’un sous-sol du fort de Cormeilles-en-Parisis, une gendarmerie du Val-d’Oise encore en activité, Anne Charrier se concentre. En ce vendredi de février, la comédienne, large doudoune sur les épaules, s’apprête à donner la réplique à Vincent Deniard sur le tournage de la série Les Disparus des Argonnes, à l’intérieur d’un parloir plus vrai que nature. « Action ! », lance bientôt Safy Nebbou, le réalisateur.
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Habitué aux projets cinématographiques (Dans les forêts de Sibérie), il s’essaie pour la première fois à la fiction pour France 2, avec l’adaptation en série (4 x 52 minutes) du livre éponyme de Julie Peyr racontant le combat de Jocelyne Veyrades (Alix Poisson), une mère qui se bat pour connaître la vérité à propos de la disparition de son fils, un militaire considéré comme déserteur par l’armée. Une histoire largement inspirée par le fait divers des disparus de Mourmelon. « C’est le parcours de cette femme qui a passé des décennies à la recherche de son fils disparu qui nous intéressait et la dimension intemporelle et universelle du sujet. Il y a un côté Erin Brockovich chez cette femme, car elle se bat contre une institution, qui est l’armée », explique celui qui a coécrit le scénario avec l’autrice et Mary Arnaud.
Une héroïne du quotidien
Dans les couloirs de la gendarmerie, Alix Poisson, chignon grisonnant et lunettes sur le nez, s’avance, méconnaissable. Comme dans la série Sambre (diffusé aussi sur France 2), son personnage traverse près de trois décennies, de ses 45 à ses 70 ans, avec les transformations physiques qui vont avec. La comédienne donne corps avec la force et l’implication qu’on lui connaît à cette héroïne du quotidien. « Il y a quelque chose de bouleversant et d’assez romanesque dans le destin de ces femmes qui, sans moyen ni réseau mais par la force du collectif, de leur acharnement et du concours de certains policiers, réussissent à faire bouger les choses. C’est intéressant aussi de raconter les dysfonctionnements d’une société », note celle qui a été une évidence pour Safy Nebbou.
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Pour sa première série, ce dernier n’a pas baissé la garde concernant ses exigences, bien au contraire. « Ce qui m’intéresse, c’est de monter le niveau avec les moyens que l’on a. C’est-à-dire d’essayer de faire une série qui soit tenue en direction artistique, en jeu, en écriture, en mise en scène, en musique. Pour se singulariser parmi toutes les séries qui existent, il faut se battre et apporter le plus de qualité possible », poursuit-il. Il a donc misé sur un casting cinq étoiles avec notamment Alix Poisson, Félix Moati, Anne Charrier et Vincent Deniard. « Ils ont cette capacité à aller tout de suite à l’endroit de justesse sans être dans la théâtralité ou la représentation », précise-t-il.
Vincent Deniard et Anne Charrier viennent, en effet, de clore, avec une authenticité, rare leur scène - longue de plus de six minutes - mêlant colère et émotion. Le premier incarne le présumé criminel et la seconde sa sœur, qui ne peut le croire coupable. « C’est un projet extraordinaire. Le scénario est très beau, très délicat. J’aime aussi la façon de travailler de Safy Nebbou qui offre à la fois beaucoup d’écoute et de discrétion. Il nous laisse une grande liberté d’interprétation », précise l’actrice.
Une première expérience entre frères
Si Safy Nebbou s’initie à la série, il dirige aussi pour la première fois son frère Mehdi Nebbou. Le réalisateur a d’abord proposé le rôle du flic à son cadet (finalement joué par Félix Moati), mais ce dernier a préféré aller aux antipodes d’un personnage qu’il a incarné pendant cinq ans dans HPI (sur TF1). Il a ainsi plutôt choisi de se glisser dans la peau de l’animateur d’une émission du style «Perdu de vue». Grimé avec moustaches, chevelure frisée et bedaine, le comédien a imaginé cet homme, dans sa manière de parler, comme un savoureux mélange de Pierre Bellemare, de Jacques Pradel et de Marc-Olivier Fogiel.
« Il a un côté showman quand il s’adresse au public et journaliste d’investigation lorsqu’il pose des questions : il va là où ça peut faire mal et où ça peut créer l’émotion en étant un peu manipulateur. Mais il est aussi sincère et empathique. C’est chouette à jouer car cela offre beaucoup de couleurs de jeu », analyse le comédien.
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« Ce qu’il fait est inattendu et il est génial ! », s’enthousiasme le metteur en scène, heureux de ce partage. « C’est notre famille qui est ravie car elle ne comprenait pas pourquoi on ne tournait pas ensemble. C’était très ludique et aussi très respectueux même s’il y avait un peu d’appréhension au début. » Même sensation du côté de Mehdi. « Avec mon frère, on ne se connaissait pas dans le travail. Avant de commencer, il y avait une certaine pudeur, j’étais un peu tendu. Et puis, on s’est rendu compte tous les deux qu’on avait un peu de bouteille. Je l’ai trouvé calme, serein, dans son élément. Quand cela se passe bien en famille, c’est encore plus réjouissant », note l’acteur, qui écrit une série et un film et souhaiterait réitérer l’expérience.
D’autant que ce moment partagé a ravivé un souvenir. « Petits, on adorait Belmondo et c’était toujours Safy qui l’incarnait dans nos jeux. Une fois, on a enregistré au magnétophone une interview où Michel Drucker interviewait Bébel. C’était drôle pour moi d’incarner quarante ans plus tard un présentateur télé des années 1980. Il y a un petit côté prémonitoire… Cela nous a rappelé que tout cela avait un sens », conclut Mehdi Nebbou.


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