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Les coureux et les watcheux, « il faut les deux » : 200 ans de Mi-Carême à Chéticamp

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

Les communautés acadiennes du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse, ont plongé dans 200 ans de traditions avec les célébrations de la Mi-Carême cette semaine à Chéticamp, à Grand-Étang et à Saint-Joseph-du-Moine.

Les coureux de la Mi-Carême ont parcouru les rues et se sont invités dans les maisons, déguisés de la tête aux pieds.

Quatre personnes sont dehors. Elles sont déguisées et portent des masques à leur propre effigie.

Quatre coureux de la Mi-Carême dans leurs plus beaux atours.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Ils ont laissé libre cours à leur originalité, choisissant des costumes tantôt colorés, parfois étranges, quelquefois déconcertants et bien souvent fabriqués à la main.

Une personne qui porte une jupe verte, un châle gris et un masque grimaçant est debout dans un champ.

Avant les voitures, on « courait » littéralement la Mi-Carême pour se sauver du froid.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Dans les maisons ou au Centre de la Mi-Carême, à Grand-Ėtang, les watcheux attendaient les participants pour tenter de deviner qui se cachait sous les déguisements.

Un adulte et deux enfants sont assis sur des chaises le dos au mur. Deux de ces personnes ont des masques complètement noirs au lieu de leur visage. L'autre personnage est un chien.

La Mi-Carême en famille dans la région de Chéticamp.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Les Acadiens de ces communautés plongent dans 200 ans de traditions qui rassemblent les coureux – les personnes costumées – et les watcheux, ceux qui tentent de deviner l’identité des costumés.

Les coureux et les watcheux, il faut les deux, déclare Joleen Larade, du Centre de la Mi-Carême.

Deux personnes masquées entrent dans une maison.

Des gens costumés s'invitent à entrer.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Dans le vieux temps, on disait "tu cours la Mi-Carême", parce que dans le vieux temps, y avait pas de voitures, a-t-elle expliqué en entrevue.

Des dizaines de masques de tous les styles sont suspendus à un mur.

Des masques au Centre de la Mi-Carême, à Grand-Étang, en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Alors tu courais réellement dans le parc à vaches chez le voisin, parce que dans le mois de mars, ici, dans le nord du Cap-Breton, il fait frette à geler. Alors, tu courais pour te garder au chaud, ajoute-t-elle.

Trois personnes costumées sont assises autour du vieux poêle.

La ligue du vieux poêle se garde au chaud.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

C'est du sport! Tu t'habilles, t'es dans des chaussures à talons. Des hommes sont dans des jupes. Des femmes sont dans des habits de singe, d'éléphant. T’as des props [accessoires, NDLR], décrit Joleen Larade. C’est comme quasiment pour une pièce de théâtre.

Trois personnes costumés.

À Chéticamp, les gens se déplacent de maison en maison pour rendre visite aux gens.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Lisa Roach, une des watcheuses, en sait quelque chose.

Moi, je la cours pas, je suis trop vieille, a-t-elle lancé. Je l'ai couri toute ma vie, quasiment, mais à c’t’heure, je la watche. C'est plus tranquille.

Gisèle LeBlanc et Lise Roach sourient.

Gisèle LeBlanc (à droite) et Lise Roach (à gauche) ont participé aux fêtes de la Mi-Carême à Grand-Étang, au Cap-Breton.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

On se changeait trois fois par soirée, se souvient-elle. On s'en allait, puis on passait quelques maisons, puis là on retournait, on se déshabillait, puis on se rhabillait encore. Jusqu'à... Heille! Dans le temps, c'était 3 ou 4 heures du matin! C'était le fun.

Il faisait beau temps cette année et elle était bien heureuse pour les coureux. C’est dur. Habillé, déshabillé… Des fois, c'est des suètes, puis de la pluie. À soir, c'est parfait, dit Lisa Roach.

Deux personnes sont déguisées en clowns.

Des clowns coureux de la Mi-Carême, à Grand-Étang.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Paulette Larade a toute une réputation de watcheuse. Ça fait passé 50 ans que je regarde la Mi-Carême. C’est pas toujours facile, c’est pas tout le temps aisé, avoue-t-elle.

Paulette Larade observe une personne masquée.

Paulette Larade est reconnue à Chéticamp pour être capable de démasquer les coureurs de la Mi-Carême.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

L’expérience a permis à cette résidente de Chéticamp de perfectionner des astuces.

Elle est capable d’identifier correctement les costumés en observant leurs yeux, leurs mains, leur démarche et leur gestuelle. Quand ils viennent en famille, là, si tu en devines un, tu cherches les autres membres de la famille, dit-elle.

Un clown invite une personne à danser au centre d'une pièce entourée de gens assis sur des chaises.

On s'encanaille au Centre de la Mi-Carême, à Grand-Étang.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Ces célébrations prennent des allures de grande fête. De la nourriture est servie et des musiciens jouent sur place.

Une autre affaire, on engraisse parce qu'on mange. T’as tout le temps du manger, puis c'est mange, puis mange. Ça, c'était moins le fun, là, se remémore Lisa Roac en riant.

La confection des costumes est une tradition. Il y a 50 ans, Elisabeth Aucoin, 80 ans, a commencé à coudre des costumes de la Mi-Carême.

Maintenant, cette costumière peut compter sur l’aide de sa petite-fille, Rosalee Aucoin, 35 ans, qui a décidé de suivre les traces de sa grand-mère.

Des étagères industrielles en métal de plusieurs tablettes de haut avec des dizaines de masques en latex.

Des masques chez Elizabeth Aucoin.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Pendant la semaine de la Mi-Carême, les gens vont et viennent dans le sous-sol d’une maison de Chéticamp pour choisir leur costume.

Des masques de têtes de chèvre et de cochon sont suspendus avec des épingles à linge au-dessus de rangées de vêtements.

Des costumes de Mi-Carême chez Elizabeth Aucoin, à Chéticamp.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Dès mes plus vieilles, vieilles souvenances que j'ai – comme à quatre, cinq ans –, y a toujours une boîte chez nous d'habits de Mi-Carême, raconte Joleen Larade.

Quatre adultes et un enfants costumés marchent dans un sentier.

Des coureurs de la Mi-Carême cette semaine.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

Tu vas chez tes amis quand que t'étais jeune enfant, tout le monde avait une boîte de costumes de Mi-Carême. Des vieilles hardes, des vieilles soutanes, des robes, continue-t-elle. À cinq ans, j’avais pas peur, parce que c’était normal d’avoir des zombies, des fantômes, des masques avec un œil qui manque.

Un adulte et un enfant posent ensemble, assis. Ils portent des masques et on ne les reconnaît pas.

La Mi-Carême dans la région de Chéticamp.

Photo : Radio-Canada / Caroline Lévesque

C'est juste ancré dans vraiment qui ce qu'on est, dit Joleen Larade. C'est comme quelqu’un qui fête Noël. Tu y penses pas, tu fêtes.

D’après les reportages de Caroline Lévesque

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