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Les centenaires des titans du jazz Miles Davis et John Coltrane célébrés à Montréal

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Tous deux nés en 1926, Miles Davis et John Coltrane ont pavé la route du jazz, écrit sa langue, l’ont incarné, jadis et jusqu’à ce jour ; le Festival international de jazz de Montréal (FIJM), qui débute le 25 juin, rendra hommage à ces deux géants en présentant plusieurs concerts consacrés à leurs œuvres respectives. Conversations autour des titans avec la compositrice et saxophoniste Christine Jensen, qui rendra hommage à Trane en compagnie de son sextet, ainsi qu’avec le dernier grand collaborateur de Miles, le bassiste, compositeur et réalisateur Marcus Miller, qui présente à la Maison symphonique We Want Miles !, concert d’ouverture de la 46e édition du festival.

On veut Miles !

Le projet est né d’un concert au club Blue Note de New York ; l’expérience consistant à réunir les anciens compagnons de l’album We Want Miles (1982) — fruit d’une tournée effectuée l’année précédente aux États-Unis et au Japon que le producteur Teo Macero tenait à enregistrer, « ne sachant pas si Miles allait retourner à la retraite » — fut si heureuse qu’est née la tournée s’arrêtant le 25 juin à Montréal « en cette année si importante pour Miles », résume au téléphone Marcus Miller.

Le bassiste venait d’avoir 22 ans lorsque la tournée de 1981 a débuté. Le saxophoniste Bill Evans, qui sera sur scène à Montréal avec Mino Cinelu (percussions) et Mike Stern (guitare), membres originaux de cette tournée, avait recommandé un jeune groupe de musiciens pour accompagner Miles Davis, qui revenait à la scène, quoiqu’encore ennuyé par des soucis de santé, qui se sont aggravés lors du séjour au Japon.

« On a répété chez lui, dans le Upper West Side, pendant une ou deux semaines, mais il ne nous donnait pas de direction claire. On jouait, simplement. Puis son manager nous a annoncé que notre premier concert était la semaine suivante. OK… On a dû comprendre ce qu’on allait jouer sur scène — à Boston la première fois, puis de retour à New York, au Lincoln Center », se rappelle Miller, qui, en parallèle de sa carrière de musicien et réalisateur funk-R&B, a assisté Davis en composant et en réalisant ses albums Tutu (1986) et Amandla (1989).

Ce qui a d’abord surpris Marcus Miller en côtoyant Miles Davis, c’est « qu’il était un véritable être humain : cette légende arrivait en studio comme une personne normale ». « Je dis ça parce qu’à force de le fréquenter pendant des années, j’ai vu qu’il était une personne normale, et ça m’a inspiré, comme si je me disais que même moi, j’étais aussi capable de faire des choses extraordinaires — peut-être pas autant que Miles, mais tout de même. Il répondait simplement à ses émotions, à ses goûts musicaux, et non pas en s’imaginant qu’il allait accomplir quelque chose de grand », poursuit-il.

En 1959, année de la parution des classiques Porgy and Bess et Kind of Blue, « il était déjà la plus grande étoile du jazz sur la planète. En 1961, il s’était déjà complètement transformé » avec son quintette, au sein duquel soufflait John Coltrane. « Miles n’avait pas peur de suivre ses impulsions — musicalement, c’était super, dans sa vie personnelle, sans doute un peu moins. J’ai appris ça de lui : suivre mon instinct, me fier à ma première idée », raconte le bassiste.

Le legs de Miles Davis, estime Marcus Miller, est enraciné dans son époque, musicale autant que sociale : « Il a créé en plein milieu du XXe siècle, appartenant à une génération très spéciale » à laquelle appartenait aussi Coltrane, « une génération qui a d’abord connu la liberté, en tant qu’Afro-Américains. Et ces musiciens étaient déterminés à ce qu’on les reconnaisse comme des artistes et non pas comme des entertainers. Autant Miles admirait Louis Armstrong et ces autres musiciens de la première moitié du siècle, autant il détestait les voir sourire sur scène, car sourire, c’est ce qui était attendu des performeurs “negros” ».

« À partir des années 1950, poursuit Miller, les musiciens jazz sur scène ne souriaient plus. Et ce qui a renforcé ce désir de reconnaissance, c’est que ces musiciens ont commencé à être reconnus ailleurs, en France, par exemple, où on les invitait à jouer et où on les traitait comme des artistes, avec respect. [L]a musique [de Davis] exprimait encore la même joie qu’exprimaient les anciens musiciens afro-américains, mais elle était faite sérieusement. Cette combinaison entre musique intellectuelle et musique soulful était particulière à l’œuvre de Miles, ainsi qu’à celle de Coltrane. »

« Carte blanche » à Coltrane

« Je monte peu de ce genre de concert hommage ; je préfère apprendre à propos de l’héritage que ces grands nous ont laissé, et comprendre comment celui-ci a contribué à ma propre évolution en tant que musicienne », soutient d’abord Christine Jensen, compositrice, saxophoniste, band leader, professeure à la Eastman School of Music de l’Université de Rochester (État de New York) et illustre membre de la scène jazz montréalaise qui, avec son sextet, présentera le concert Modes of Coltrane le 1er juillet.

Le premier album ayant marqué la musicienne fut Kind of Blue (1959) de Davis ; au sein de son sextet, son ami John Coltrane. « Je me souviens du moment où j’ai déposé le vinyle sur le tourne-disque et que j’ai entendu le son, si unique et personnel, de Coltrane, quelque chose que je ne pouvais m’expliquer alors à l’âge de 12 ans. Même si je ne joue pas le saxophone ténor — plutôt l’alto —, ça m’a fait comprendre à quel point j’ai été influencée par ce qu’on a appelé ses sheets of sound », terme utilisé à l’époque par un critique américain pour décrire le jeu, rapide, gavé de notes et d’arpèges, de l’as improvisateur, ainsi que sa conception « verticale » des progressions harmoniques.

Selon Mme Jensen, l’art de Coltrane, son style de composition autant que sa manière d’improviser, forme une seule « vision artistique qui nous a propulsés vers la musique modale », notamment avec son Classic Quartet dès 1962, avec McCoy Tyner au piano, Elvin Jones à la batterie et Jimmy Garrison à la basse. « Ils étaient au sommet de ce que le jazz pouvait offrir, l’exploration, l’improvisation, un son universellement transparent, et c’est pour ça qu’on le célèbre aujourd’hui, à juste titre. John Coltrane était une voix essentielle du jazz, et a incarné l’évolution de cette musique, laquelle évolution s’est faite en un court laps de temps. Il a laissé une quantité énorme d’enregistrements en à peine une quinzaine d’années », jusqu’à son décès en 1967, à l’âge de 40 ans.

Christine Jensen est encore à peaufiner le programme de l’hommage à Coltrane qu’elle présentera en compagnie de son ensemble de luxe, experts improvisateurs : André Leroux au saxophone ténor (« lui est assurément un élève de Coltrane ! »), François Bourassa au piano, Lex French à la trompette, Rémi-Jean LeBlanc à la basse et Jim Doxas à la batterie « qui va nous donner des impressions d’Elvin Jones ». « J’ai envie que ce sextet ait le son d’un ensemble large pour mettre en valeur les mélodies de Coltrane, mais qui permette aussi d’explorer l’improvisation sur différents niveaux », ajoute Mme Jensen.

Le Festival international de jazz de Montréal se déroule du 25 juin au 4 juillet.

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