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Les ados qui vapotent ont plus de difficulté à arrêter que les fumeurs du passé

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Si les cigarettes électroniques sont attrayantes pour ceux qui ne souhaitent pas fumer de cigarettes, elles deviendraient aussi plus difficiles à abandonner pour les adolescents que pouvaient l’être les cigarettes à une autre époque. Ce constat ressort d’une nouvelle étude qui dresse un portrait des barrières auxquelles les jeunes vapoteurs font face quand ils souhaitent mettre fin à leur consommation.

Quelles sont les barrières à cesser de vapoter? Pour trouver la réponse, les chercheurs ont utilisé les données recueillies dans les écoles du Québec en 2022-2023 lors d’un large sondage mené auprès des jeunes.

En tout, 16 % des répondants, soit 7493 adolescents, ont répondu avoir déjà utilisé une cigarette électronique et avoir tenté de cesser de vapoter.

Une jeune femme qui fume une cigarette électronique.

L'étude conclut que les adolescents font face à de multiples barrières lorsqu'ils tentent de cesser de vapoter et que celles-ci varient selon les groupes. Elles sont aussi liées à la réduction de l'abstinence et soulignent la nécessité de mieux cibler les interventions. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Steven Senne

Le docteur Richard Bélanger, médecin spécialisé en médecine adolescente au CHU de Québec-Université Laval, est l’un des auteurs de l’étude publiée dans le journal Addictive Behavior. Avec les résultats obtenus et les constats qu’il fait lui-même dans sa pratique, le médecin affirme que c'est très, très, très difficile d'arrêter de vapoter. C'est maintenant plus difficile que l'était la cessation tabagique par le passé pour les jeunes.

Parmi les éléments rapportés comme barrière à arrêter ce type de consommation se trouve d’abord la dépendance. Près de la moitié de ceux qui vapotent (44 %) affirment être dépendants. Le deuxième frein est la gestion des émotions. Ils se sentent moins en contrôle de leurs émotions.

Avec la cigarette électronique, explique le Dr Bélanger, les jeunes reconnaissent bien plus toute la dépendance à laquelle ils doivent faire face puisqu’elle contient des produits bien plus concentrés en nicotine.

La troisième grande barrière est la peur de ne pas réussir à arrêter. Face, peut-être, à ce qu'ils voient chez leurs pairs, décrit Richard Bélanger, [ils ont] peur de ne pas être capable de cesser parce qu'ils voient qu'il y a beaucoup de personnes dépendantes autour d'eux.

Détail à noter : 57 % des jeunes qui disent vapoter sont des filles. Et, selon le docteur Bélanger, elles rapportent plus de difficulté que les garçons à cesser de vapoter, ce qui pourrait expliquer pourquoi on trouve maintenant plus de jeunes filles qui sont des vapoteuses que de jeunes garçons.

À quoi servent ces résultats?

Comme médecin, Richard Bélanger estime que ces résultats montrent la nécessité de travailler en amont, avec les familles, les écoles, les partenaires en santé, à adapter les approches en prévention.

Informer les jeunes et leur famille des défis qui pourraient mener un jeune qui ne fait que commencer à vapoter à devenir un vapoteur régulier et, à la suite, peut-être transiter vers d'autres produits plus nuisibles du tabac.

Les attraits de la cigarette électronique sont forts, admet le médecin, avec les odeurs ajoutées, par exemple, mais les conséquences néfastes le sont aussi. Il voit souvent des jeunes qui ont des symptômes respiratoires importants, associés au vapotage.

Ils s'exposent à de grandes quantités de nicotine, un stimulant qui peut les amener à avoir des maux de tête, des nausées. Je vois même des jeunes qui ont de la toux avec du sang, ce n’est pas banal.

Un jeune homme montre sa cigarette électronique.

Un jeune homme montre sa cigarette électronique.

Photo : Radio-Canada / Jérémie Camirand

Pour tenter de rendre le vapotage moins attrayant, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) rappelle qu’un règlement a été mis en place en 2023, pour interdire la vente de produits de vapotage selon certains critères.

Caractéristiques pour l'interdiction de vente de produits du vapotage.

  • comportent une saveur ou un arôme autres que ceux du tabac;

  • contiennent une concentration en nicotine excédant 20 mg/ml;

  • possèdent une capsule ou un réservoir dont la capacité contient plus de 2 ml de liquide à vapoter;

  • disposent d'un contenant de recharge (bouteille) pouvant contenir plus de 30 ml;

  • présentent la forme d’un jouet, d’un bijou, d’un aliment, d’un animal ou d’un personnage réel ou fictif ou toute autre forme, apparence ou fonction qui peuvent être attrayantes pour les personnes mineures.

Source : Ministère de la Santé et des Services sociaux

Le MSSS est conscient que, malgré les mesures législatives mises en place, certaines pratiques de l’industrie du vapotage et du tabac demeurent en contradiction avec les intentions réglementaires, se désole le Ministère, dans un courriel à Radio-Canada.

Une affiche est posée dans une vitrine de commerce.

Des affiches de ce genre ont été apposées dans les commerces spécialisés dans les articles de vapotage en 2023. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Julien Boudreault-Gauthier

Québec assure que des travaux se poursuivent également afin de nous assurer de faire usage de l’ensemble des leviers réglementaires et législatifs à notre disposition pour mettre fin aux contournements observés.

Ottawa doit emboîter le pas

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac mène une campagne pour demander à Santé Canada d’en faire davantage d’abord pour régulariser, à l’échelle du pays, les règlements sur la vente de produits aromatisés de vapotage, mais aussi pour en interdire la vente en ligne.

La co-directrice de l’organisme, Flory Doucas, explique qu’il y a des embûches à appliquer des règlements mis en place dans quatre provinces et territoires parce que l’encadrement du fédéral nuit, notamment en raison des ventes interprovinciales et des ventes en ligne. [...] On voit qu’il y a une limite à ce que les provinces peuvent faire.

Il reste que, pour le Québec, la réglementation semble porter ses fruits. La bonne nouvelle, lance Mme Doucas, c’est qu'on voit une baisse du vapotage chez les jeunes [au Québec] qu'on n'observe pas dans les autres provinces, certainement pas à l'échelle nationale. Donc le règlement a un effet, malgré le manque de conformité, malgré la délinquance de l'industrie.

Une photo montre des boîtes de cigarettes électroniques jetables « puffs » sur une table du magasin La Vapotitheque à Béthune, dans le nord de la France, le 25 mai 2022.

La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac souhaite que la vente de ce type de produits aromatisés et plus attrayants soit interdite. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / AFP / DENIS CHARLET

À son avis, il ne faut cependant pas crier victoire, surtout en ce qui a trait aux arômes et aux ventes des produits du vapotage en ligne, puisqu’un rapport de l'INSPQ montre que les ventes en ligne ont triplé au Québec, sont passées de 5 % à plus de 16 %.

Quand ça goûte la pastèque, il y a des mélanges de mangue-melon avec un goût rafraîchissant de menthe, c'est difficile pour n'importe qui de comprendre qu'on s'embarque dans quelque chose qui est hautement addictif, martèle Mme Doucas, qui souhaite donc que le fédéral adopte enfin le projet de règlement proposé en 2021.

Avec les informations de Rosalie Sinclair et de Jérémie Camirand.

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