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Si les hommes doivent laisser les shorts de bain façon parachute au vestiaire, pourquoi ces dames seraient-elles plus autorisées que ces messieurs à porter des vêtements couvrants et flottants ?
Victoire Riquetti 22 juillet 2026

C’est, depuis quelques années, le marronnier incontournable de l’été : l’interdiction, ou non, des burkinis sur les plages et dans les piscines municipales. Si, à Grenoble, après des années de procédures, le tribunal administratif a tranché et confirmé l’interdiction de ces tenues dans les piscines de la ville, c’est, cette fois, à côté de Toulouse, à Léguevin, que le débat est relancé.
Un règlement trop explicite ?
Sur le site de la mairie de cette commune de moins de 10 000 habitants, le règlement de l’accès à la piscine municipale publié le 3 juin dernier est clair : « L’accès aux bassins est exclusivement autorisé aux personnes portant une tenue de bain spécifiquement conçue pour la baignade et près du corps », lit-on d’abord, avant que ne soit détaillées les tenues « exclusivement autorisé[es] : les slips de bain ; les boxers de bain moulants de type « shorty » ; les jammers de natation » et les tenues « strictement interdit[es] : les shorts de bain ; les bermudas ; les caleçons ; les boardshorts ; toute tenue ample ou flottante ; tout vêtement porté en dehors de l’espace de baignade ; les sous-vêtements portés sous les tenues de bain ; les combinaisons non justifiées par un motif médical ; les strings ; les tenues en monokini ; les burkinis ». Autrement dit, la mairie n’a pas déclaré la guerre spécifiquement aux burkinis, loin de là, mais a décidé de n’autoriser dans la piscine municipale que les tenues de bain près du corps et répondant à certains critères d’hygiène. C’est d’ailleurs ce qu’a répété le maire, Étienne Cardeilhac-Pugens, interrogé sur CNews : l’interdiction du burkini « pour [lui], c’était d’abord une question d’hygiène ». Frappé au coin du bon sens : si les hommes doivent laisser les shorts de bain façon parachute au vestiaire, pourquoi ces dames seraient-elles plus autorisées que ces messieurs à porter des vêtements couvrants et flottants ?
À ce sujet — Verdict du tribunal administratif : pas de burkini dans les piscines de Grenoble
Des mesures d’hygiène égalitaires et élémentaires
Pourtant, ajouté à la fin du règlement, un « arrêté assure l’exécution immédiate de l’ordonnance rendue le 17 juillet 2026 par le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse » et modifie les critères concernant les tenues autorisées ou non dans la piscine. Entre autres, la tenue doit « être ajustée au corps afin de permettre une parfaite liberté de mouvement et une intervention rapide des personnels de secours ; ne présenter aucune partie ample, flottante ou susceptible de flotter dans l’eau ; ne comporter ni superposition de vêtements, ni élément susceptible de gêner la pratique de la baignade, les opérations de surveillance ou les interventions de secours, permettre aux personnels chargés de la surveillance d’apprécier immédiatement la position du corps et les mouvements du baigneur ». D’ailleurs, « sont notamment regardées comme ne répondant pas à ces exigences : les tenues de ville ; les shorts, bermudas, boardshorts et vêtements assimilés ; les sous-vêtements; les strings et toute tenue ne garantissant pas une couverture suffisante compatible avec l’usage familial de l’établissement ; les tenues comportant une jupe, une tunique, des pans de tissu, une superposition de vêtements ou tout autre élément non ajusté au corps ; plus généralement, toute tenue qui, par sa coupe, sa conception ou ses caractéristiques, est susceptible de compromettre les exigences d’hygiène, de sécurité des usagers ou le bon fonctionnement du service public ». Autrement dit, le burkini n’est plus qu’implicitement interdit …
« Burkini », le mot interdit ?
Sur CNews le maire explique, en effet, que cette interdiction explicite du burkini en a chatouillé certains, « sur le terrain de la polémique et sur le terrain de la religion ». Ainsi, explique-t-il, il y a fort à parier que ce soit la liste d’opposition « Léguevin en commun » qui ait voulu y voir une discrimination. Pour le maire, ces revendications sont communautaristes et il ne faut pas chercher plus loin : la liste d’opposition à sa majorité municipale est alliée avec LFI, « donc, on sait très bien le jeu qu’il y a derrière avec le vote communautariste ». Quant à la Ligue des droits de l’homme, qui s’est saisie de l’affaire et l’a portée devant le tribunal administratif, l’édile s’« interroge sur [ses] orientations politiques » mais est forcé aussi, comme beaucoup, de « constater leurs prises de position ». Dans son communiqué, la LDH justifie son action en expliquant que « dans la mesure où l’interdiction du maillot de bain de type « burkini » n’est justifiée par aucune considération tirée du bon fonctionnement du service public et qu’une telle interdiction caractérise une discrimination fondée sur la religion et le genre et qu’elle méconnaît la liberté de conscience, la LDH a formé, le 30 juin 2026, un recours en annulation contre cette interdiction, assorti d’un référé-suspension, devant le tribunal administratif de Toulouse ». À La Dépêche, Jean-François Mignard, président de la fédération de Haute-Garonne de la Ligue des droits de l’homme, explique que « des habitants de Léguevin [les] en ont alertés. [Ils ont] alors saisi le juge des référés du tribunal administratif de Toulouse, qui [leur] a donné raison. Le fait de mentionner explicitement le « burkini », qui renvoie à un terme religieux, porte atteinte aux libertés individuelles et peut avoir un caractère discriminatoire. »
Hygiène et laïcité…
Ainsi, dans les faits, selon La Dépêche, le burkini reste interdit dans la piscine de Léguevin puisque « la mention explicite du terme « burkini » avait pour seul objectif de « donner aux agents et aux usagers des règles claires, fondées sur l’expérience du terrain, afin d’éviter toute interprétation subjective », dans le but de garantir « l’hygiène, la sécurité et le bon fonctionnement de l’établissement » ». Alors, même si le tribunal administratif de Toulouse a donné raison à la LDH et que le maire révèle à CNews ne pas vouloir faire appel pour éviter d’engager plus de frais pour la commune, les règles d’hygiène ne changent pas, l’édile redit sur CNews son attachement à la laïcité, trouve « très grave pour notre pays que d’amener justement des vêtements religieux au sein des espaces publics » et regrette de devoir faire face à « des extrémistes qui favorisent le communautarisme ». Il n’est pas le seul.
Source : BVoltaire


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