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On aura tout tenté… Échanger 18 mails en l'espace d'un mois avec son affable attaché de presse (Jeremy Westby, candidat républicain au Congrès dans le Minnesota et qui s'occupe aussi de Kid Rock et d'Oak Ridge Boys, artistes proches de Trump), booké vingt minutes d'interview un vendredi à 18h pour recevoir ce mail le matin même : "Lee doit ménager sa voix aujourd'hui. Nous devons reporter. Je suis désolé. On va essayer lundi." La semaine d'après, aucune disponibilité n'a trouvé grâce à ses yeux… Sans qu'on daigne nous répondre.
L'agenda du chanteur country, 83 ans, est chargé. On lui accorde. Ce week-end-là, il se produisait à Oxford et Auburn (Alabama). Surtout, le "fabulous Lee Greenwood", comme l'avait annoncé Donald Trump, a introduit sur scène le Président américain au meeting politique du 24 juin à Washington, pour le lancement des célébrations du 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance. L'événement avait été boudé par plusieurs artistes. "Ce qui nous avait été présenté comme une célébration de notre pays a évolué vers quelque chose de bien plus clivant que ce à quoi j'avais accepté de participer", avait, par exemple, expliqué Bret Michaels, chanteur du groupe Poison.

Lee Greenwood n'a jamais caché ses convictions politiques… Dès 1984, il se produit lors d'une convention républicaine pour Donald Reagan, puis quatre ans plus tard pour Georges Bush "père" qui lui avait demandé de partir motiver les troupes américaines avant l'invasion du Panama en 1989. Dans la jungle, sa jeep aurait été la cible de balles ennemies. Lee Greenwood a aussi chanté aux funérailles du sénateur Bob Dole et était l'ami de George W. Bush. Il dormait même à la Maison Blanche où les deux copains regardaient apparemment Lawrence d'Arabie ensemble. Bush l'a, par ailleurs, nommé au National Council on the Arts, avant que Biden ne l'en retire.
Un tube
Le principal fait d'armes de la carrière de Greenwood, qui a été croupier dans des casinos avant de percer, aura été d'écrire à 42 ans la chanson "God Bless The USA", même s'il a sorti 36 albums et en a vendu, selon son site, plus de 25 millions. Dans ce clip, entre un épisode de La petite maison dans la Prairie et une pub pour les tracteurs John Deere, on découvre cette chanson nommée pour un Grammy dans la catégorie "meilleure chanson country".

Cette ballade tire larme on ne peut plus patriotique raconte au "Je" le désarroi d'un homme et de sa famille, obligés de tout recommencer mais qui trouve la force de se relever grâce à son pays et après un bon repas de famille. Un hymne aux lacs du Minnesota, aux collines du Tennessee en passant par les plaines du Texas, New York et Los Angeles, sa ville de naissance, sur des images de bénédicité. Cette chanson serait inspirée par l'histoire de ses grands-parents qui l'ont élevé près de Sacramento. "Ils étaient métayers et fermiers. Mes grands-parents ont perdu leur ferme à cause des subsides sur les céréales. Je voulais aussi dire quelque chose qui fasse lever les gens", expliquait le chanteur dans une récente vidéo.
Un tube qui a été adapté en 1989 pour le Canada (God Bless the Canada "des rivages de la Nouvelle-Écosse des forêts de Colombie-Britannique"). Il a même osé le God Bless the NRA (lors d'une convention de la National Rifle Association à Atlanta en 2017).

Donald Trump a bien compris l'utilité de ce chanteur complotiste qui pense que Barack Obama n'est pas né aux USA. Donald et Lee se connaissent depuis les années 90, car l'épouse du second, Kimberly Payne, ex-Miss Tennessee a travaillé dans l'organisation de Miss Univers qui appartenait à l'actuel président des États-Unis jusqu'en 2015.
Au cœur du récit "MAGA"
Depuis l'arrivée de Trump en politique, ce dernier compte sur lui pour galvaniser les foules. Selon une étude publiée l'été passé dans la revue European Association for American Studies, qui a répertorié 221 chansons diffusées dans les meetings de Trump ou ses vidéos promotionnelles entre 2015 et 2024, le Républicain privilégie les chansons "douces-amères" (30 %). "Des titres comme "God Bless the USA" de Lee Greenwood ou "My Way" de Frank Sinatra évoquent la nostalgie et une forme de deuil patriotique — des éléments au cœur du récit "Make America Great Again", écrit Antonio Francisco Alaminos-Fernández, l'auteur de l'étude.
La plupart des titres choisis par l'équipe du Président datent des années 1970 et 1980. Soit la désillusion de la période post-Vietnam ("Fortunate Son" de Creedence Clearwater Revival) suivie de l'ère Reagan : "Eye Of The Tiger", "We Are the Champions" ou "Born in the U.S.A". "qui puisent dans l'esthétique de la force et du renouveau, propre à l'ère Reagan, renforçant ainsi le récit central du mouvement MAGA : l'Amérique a connu la grandeur par le passé et peut la retrouver."
Lee tire également profit de cette collab. Pour le remercier, Trump l'a nommé membre du conseil d'administration du Kennedy Center, mythique centre culturel fédéral. Il a pu compter sur l'aide de son Président pour faire la promo de sa "God Bless The USA Bible".

Plusieurs versions existent, dont la "Presidential Edition Bible" que vous pouvez vous procurer le site leegreenwood.com pour la modique somme de 99,9 dollars. Moins cher que le jukebox à l'effigie de Donald Trump (2500 dollars) ou le pack "America 250 Birthday Collection" à 113 dollars, composé de trois bouteilles (bourbon, whisky, vodka) toutes estampillées "Soldier Valley" et inspirée par le "patriotisme, le service et l'inébranlable esprit américain". Ouh yeah.
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