Chaque année, en avril, Milan devient la Mecque mondiale du design et de l’ameublement grâce à son traditionnel Salone del Mobile. J’ai eu beaucoup de chance de pouvoir, pour la première fois, découvrir les installations spectaculaires présentées en ville, les designers émergents et extrêmement talentueux réunis au sein de l’exposition Alcova, ou encore les titanesques halles de la foire située à Rho où sont représentés plus de 1900 exposants sur près de… 169 000 m²!
Qu’est-il ressorti de mes pérégrinations milanaises hormis les 83 459 pas réalisés sur quatre jours? Sans trop d’hésitations, le retour d’un design fastueux et enveloppant au sein des grandes maisons de meuble, inspiré tout droit des années 1970. On y trouve des laques brillantes aux couleurs sombres, des courbes arrondies, des pièces qui se parent de velours y compris pour l’extérieur, et des laines bouclées offrant des assises aussi douces que tactiles. La palette chromatique se fait brun chocolat, rouille, noire, vert olive mais peut aussi se teinter de couleurs plus vives. Les matières tressées s’imposent à nouveau.
Lire aussi: Au Salon du meuble de Milan, l’art du tressé redessine les lignesLe foyer comme un refuge
Dit comme cela, cela pourrait presque paraître anecdotique. Mais dans le contexte climatique et géopolitique actuel, qui nourrit sans cesse nos anxiétés les plus profondes, les intérieurs semblent prendre une forme de contre-pied aux déséquilibres contemporains. La référence aux seventies est loin d’être anodine. Cette décennie incarne un moment paradoxal, presque miroir à celui que nous vivons actuellement. Celle-ci a été traversée par des crises majeures – choc pétrolier, tensions politiques, désillusions post-utopiques – et la réponse à cette instabilité a pris la forme d’une esthétique plus libre, plus sensorielle, plus émotionnelle. L’idéal collectif s’est alors déplacé vers l’expérience intime, le foyer perçu comme un refuge.
Ce retour à des intérieurs réconfortants fait aussi écho, par extension, à une transformation radicale de notre rapport à l’espace domestique depuis la pandémie. Le pinacle de ce mouvement étant sans conteste la projection du lit comme un espace non plus uniquement de repos, mais où l’on travaille, converse, mange, comme le démontre l’article rédigé par Aurélia Antoni.
Lire aussi: «C’est désormais un meuble à tout faire: dormir, manger, regarder des séries»: sanctuaire de nos vies modernes, le lit s’impose comme un art de vivreC’est peut-être tout cela que réactivent les créations présentées à Milan, faisant fi, à certains égards, de la rigueur, du minimalisme et des lignes épurées valorisés ces dernières années pour privilégier le confort et l’abondance. Comme si le design avait compris que le vrai luxe c’est, finalement, de se sentir bien quelque part.


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