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Le SPVM ne lutte pas contre le racisme adéquatement, soutient un rapport indépendant

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La stratégie de lutte contre le profilage racial du Service de police de la ville de Montréal (SPVM) « n’est pas une réponse institutionnelle à la hauteur de l’ampleur du problème », soutient un rapport indépendant qui a analysé les données disponibles sur les interpellations policières au Québec.

« Les chiffres de l’année 2024 nous indiquent que la situation ne s’est pas du tout améliorée sur le plan des disparités de traitement à Montréal, et que ça c’est même détérioré pour les personnes arabes qui sont beaucoup plus ciblées qu’avant », explique en entrevue , l’un des auteurs du rapport, Massimiliano Mulone, professeur agrégé à l’école de criminologie de l’Université de Montréal.

« Et puis, l’autre élément important, c’est que ce problème n’est pas circonscrit à Montréal », affirme-t-il. « On parle beaucoup de Montréal Nord, du poste de quartier 39 [PDQ 39], mais il faut comprendre que le problème de discrimination, ce n’est pas juste une équipe de pommes pourries qui s’est organisée au PDQ 39. C’est un problème beaucoup plus large qui n’est pas juste le fait de personnes mal intentionnées, mais qui se traduit à l’échelle probablement de la province. »

« Sans enquête indépendante et sans moratoire sur les interpellations discrétionnaires, la réponse institutionnelle risque de continuer à gérer le problème plutôt qu’à le corriger », peut-on ainsi lire dans le rapport rédigé par les quatre chercheurs, qui ont déjà réalisé deux analyses sur les disparités raciales dans les interpellations pour le compte du SPVM.

« L’arrêt des interpellations non justifié par une enquête criminelle ou un soupçon raisonnable, c’est juste une étape, résume M. Mulone. Mais il faut commencer par des gestes plus concrets que la formation des policiers ou l’amélioration du recrutement — qui n’a pas l’air d’être si incroyable que ça si on est capable d’avoir des policiers qui sont en dessous de 2-3 ans d’expérience et qui sont déjà en train de commettre des actes racistes. »

Données incomplètes

Leur constat va toutefois plus loin : les données fournies par l’ensemble des corps policiers et par le ministère de la Sécurité publique (MSP) « sont trop limitées pour permettre une véritable reddition de comptes ». Surtout dans un contexte où le MSP a mis en branle en 2023 un cadre de collecte de données policières, mentionne le document d’une trentaine de pages.

Les chercheurs relèvent que certains corps policiers n’ont pas enregistré assez d’interpellations pour permettre l’analyse exhaustive, et que les écarts entre les municipalités ne correspondent pas nécessairement à leurs tailles. « Ces écarts laissent entrevoir des différences importantes dans l’usage et de l’enregistrement de cette pratique d’un service à l’autre », notent Victor Armony (Université du Québec à Montréal), Alicia Boatswain-Kyte (Université McGill), Mariam Hassaoui (Université TELUQ) et M. Mulone.

En somme, le panel d’experts fait parfois état de différences entre les données récoltés par le MSP et celles qui étaient comptabilisés avant l’entrée en vigueur du nouveau cadre. Le rapport cite l’exemple de Repentigny où l’on enregistrait environ 600 interpellations par années entre 2016 et 2019 contre 17 en 2024.

En plus des données publiées par le MSP, les chercheurs ont aussi réalisé des demandes d’accès à l’information auprès de divers corps policiers pour tenter de comprendre la collecte de données réalisée par le MSP. Si leur collecte n’a pas été des plus fructueuses, ils ont appris que la « volonté de rendre disponibles les données d’interpellations à l’échelle de la province n’est pas faite dans l’objectif de rendre des comptes en matière, par exemple, d’initiative, mais plutôt pour légitimer cette pratique-là », déplore Massimiliano Mulone.

« Le manque de données complètes ne fait pas disparaître le problème. Il réduit surtout la capacité de le documenter pleinement, alors même que les indices disponibles continuent d’en signaler la persistance. »

Les données du MSP concernant le SPVM ne sont aussi pas parfaites, puisque contrairement aux autres corps policiers, elles proviennent d’une estimation basée sur un échantillonnage stratifié proportionnel, ce qui rend connaître le nombre total d’interpellations effectuées par le SPVM impossible.

Encore des disparités raciales

Si « les disparités raciales dans les interpellations policières n’ont pas disparu », Montréal est qualifié par le rapport comme étant « un cas particulièrement préoccupant ». Le document prend aussi d’autres villes en exemple, dont Laval, où de telles données sont disponibles pour la première fois. Dans cette ville en 2024, « les personnes noires et arabes sont respectivement 4,07 et 7,03 plus à risque de se faire interpeller qu’une personne blanche ».

Ce sont des chiffres « comparables à Montréal » où, pour la même période, « les personnes noires ont 3,78 plus de risques de se faire interpeller que les personnes blanches, un chiffre qui monte à 5,18 pour les personnes arabes », indique le rapport. « À l’inverse, la part des personnes blanches interpellés a diminué de manière prononcée. »

Les quatre universitaires qui signent le rapport tirent ainsi la conclusion que « même là où l’information devient plus fragmentaire, les indices disponibles continuent de pointer vers la persistance d’une sur-interpellation visant les personnes racisées et, plus largement, vers un problème structurel de gouvernance policière ».

D’où tirent-ils leurs données ?

Les chercheurs basent leur analyse sur le Rapport des corps de police sur l’interpellation policière publié par le MSP en novembre 2025, et sur le Plan de lutte contre les discriminations et le racisme 2026-2030, présenté par le SPVM en mars 2026.

La publication du rapport a été accélérée « dans un contexte rendu plus urgent encore par les événements récents touchant le poste de quartier 39 du SPVM », où une équipe de patrouilleurs a été démantelée pour des comportements racistes allégués, précise le rapport.

À noter que dans le cadre de l’analyse qui a mené à la production du rapport, les données rendues publiques par le MSP ne permettent de calculer des « indicateurs de disparité raciale » que pour Montréal, Laval, Longueuil et Québec. Et pour ces deux dernières villes, « les résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence, puisque les effectifs à la base des calculs demeurent relativement faibles ». « Il importe néanmoins de souligner la cohérence d’ensemble qui se dégage de ces données : les personnes noires et les personnes arabes y apparaissent nettement surreprésentées », peut-on lire.

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