L’époque actuelle semble avoir tranché: pour une partie de l’opinion mondiale, le sionisme ne serait qu’un avatar du colonialisme européen. Cette lecture occulte pourtant une réalité d’une complexité unique. Réduire le sionisme à une entreprise coloniale, c’est méconnaître qu’il fut d’abord un nationalisme de secours, né du silence d’une Europe devenue un tombeau. C’est aussi masquer les dilemmes qui le rongent aujourd’hui, alors que l’Etat d’Israël se confronte à l’exercice d’une puissance dont les excès meurtriers interrogent ses propres origines.
Le sionisme n’est pas né d’une volonté d’expansion, mais de l’échec de l’hospitalité européenne. Au XIXe siècle, les Juifs ont tenté le pari de l’assimilation, mais l’affaire Dreyfus et les pogroms russes brisèrent cet espoir. Theodor Herzl comprit que le Juif resterait l’étranger tant qu’il n’aurait pas de patrie souveraine.


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