Ah, il faisait le malin, le premier siècle du nouveau millénaire, au tournant de l’an 2000. Vous vous souvenez de l’an 2000? C’était il y a 26 ans. On entrait enfin dans le futur et pour de bon, promis. Fini le tragique, fini le dramatique, fini l’imprévisible même. Augmenté, amélioré, perfectionné si possible jusqu’à l’immortalité, l’homme nouveau serait affranchi des contingences. Le XXe siècle avait tué Dieu? Le XXIe prendrait sa place.
Passé la petite angoisse du grand bug informatique à l’heure fatidique, l’humanité soulagée allait pouvoir dessiner les plans de sa Cité radieuse et prendre la main sur son destin maîtrisé. Dans tous les domaines, l’heure était à l’architecture définitive. On savait désormais tout mesurer, tout calculer et tout prévoir, plus vite que la lumière. Le réel devenait une montagne d’octets, moulinables et remoulinables à l’envi. On l’avait subi: on le façonnerait.


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