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Dès que le ballon se met à rouler, la Coupe du monde de foot génère inévitablement des moments magiques. Mais pour les comités organisateurs des 16 villes qui présenteront des matchs d’ici à la mi-juillet, la dure réalité semble déjà avoir frappé.
En regardant les matchs disputés à Vancouver et à Toronto à compter de vendredi, des amateurs regretteront probablement que Montréal ne fasse pas partie de la fête. Et ils blâmeront peut-être le gouvernement de François Legault d’avoir sonné le glas de la candidature de la métropole en juillet 2021.
À l’époque, les engagements financiers publics exigés par la FIFA montaient en flèche. Ils étaient passés à 300 millions de dollars (pour la présentation de trois matchs à Montréal), sans compter les centaines de millions nécessaires pour adapter le Stade olympique aux normes de la Fédération internationale. En plus, de nombreux coûts étaient encore cachés. Et le gouvernement québécois, qui n’avait toujours pas vu le cahier de charge final, sentait que la facture allait encore grimper.
Ironiquement, l’ex-maire de Chicago, Rahm Emanuel, a eu le même réflexe du côté américain. À l’époque, beaucoup de gens se demandaient comment la troisième ville des États-Unis pouvait se permettre de tourner le dos à la Coupe du monde. Mais aujourd’hui, cet ex-chef de cabinet de Barack Obama passe pour un visionnaire.
Dans une entrevue accordée au site The Athletic ces derniers jours, Rahm Emanuel a expliqué qu’il trouvait inacceptable de demander aux contribuables d’assumer tous les risques financiers associés à la présentation de l’événement, alors que la FIFA s’en attribuait tous les bénéfices.
Pour accueillir le Mondial, les villes candidates devaient s’engager à assumer toutes les dépenses, comme les coûts d’amélioration des stades, les coûts de transport public des détenteurs de billets, les coûts de transport des dignitaires, les coûts de sécurité et de surveillance policière ainsi que l’organisation de festivals pour les amateurs.
En revanche, les villes hôtesses n’ont droit à aucune recette découlant de la présentation des matchs. Même les revenus de stationnement doivent être versés à la FIFA.
Les exigences du contrat proposé étaient telles, raconte Emanuel, que la FIFA se réservait même le droit d’exiger qu’un dôme (!) soit construit au-dessus de la surface de jeu du Soldier Field, qui est normalement le domicile des Bears de Chicago.
Je leur ai dit : "Je ne sais ce que les autres maires ou gouverneurs font, mais si vous vous attendez à ce que je traite mes contribuables comme des payeurs idiots, vous vous trompez."
L’argumentaire de la FIFA, se souvient Rahm Emanuel, tournait autour du fait que la présentation de matchs de la Coupe du monde allait s’avérer un formidable outil de marketing pour sa ville.
Je leur ai répondu que j’avais réussi mes mathématiques de huitième année et qu’il n’y aurait pas d’entente. Les chiffres n’avaient pas de sens, a-t-il témoigné.

Le Soldier Field de Chicago, domicile des Bears dans la NFL, aurait pu accueillir des matchs du Mondial.
Photo : La Presse canadienne / Kiichiro Sato
Un membre du comité organisateur des matchs qui seront présentés à Los Angeles se dit d’accord avec l’ex-maire de Chicago.
Tout le monde a signé des ententes très désavantageuses avec la FIFA. En ce moment, beaucoup de gens se disent que ce sont les élus de Chicago qui ont été les plus intelligents. Dans les 11 villes (américaines) qui présenteront des matchs, personne ne s’attendait à ce que ce soit aussi difficile, estimait récemment Alan Rothenberg dans le cadre d’une enquête menée conjointement par le Houston Chronicle et la publication indépendante ProPublica.
Rothenberg n’est pas le dernier venu. Il était le président de U.S. Soccer quand les États-Unis ont présenté la phase finale en 1994.
À cette époque, les villes hôtesses avaient notamment droit à une partie des recettes de restauration des stades lors de la présentation des matchs. De tels revenus aidaient à couvrir les dépenses de sécurité et d’organisation, a expliqué Alan Rothenberg.
Désormais, les villes assument tous les risques financiers sous la foi de promesses qui ressemblent à du vent.
Le président de la FIFA, Gianni Infantino, répète ad nauseam que la présentation de la Coupe du monde générera des retombées économiques de 30 milliards de dollars aux États-Unis seulement. Si ces chiffres vous apparaissent frivoles, attachez bien votre tuque : en avril dernier, la FIFA a publié en collaboration avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC) une étude qui établissait à 47 milliards (!) les retombées économiques en sol américain.
Un économiste de l’Université Holy Cross a fait le calcul : l’étude prévoyait 400 millions de retombées économiques pour chaque match disputé…

Le président controversé de la FIFA, Gianni Infantino, est en poste depuis 2016.
Photo : Getty Images / Carl Recine
Au cours des dernières semaines, deux organisations différentes ont toutefois révélé que la manne touristique attendue par les organisateurs s’annonce plus mince que prévu.
Selon le New York Times, l’Association américaine de l'hôtellerie et de l'hébergement établissait que les taux de réservation étaient inférieurs aux prévisions initiales dans près de 80 % des hôtels situés dans les villes hôtesses de la Coupe du monde.
Plusieurs en sont alors venus à la conclusion que ce manque d’engouement était attribuable aux politiques de l’administration Trump. Mais en validant ses informations différemment, le Times de Londres a constaté que les hôteliers de Toronto et de Vancouver font face au même genre de situation.
Selon CoStar, une firme spécialisée dans la compilation et l’analyse de données du secteur de l’immobilier, les prévisions de taux d’occupation des hôtels de Vancouver s’élevaient récemment à 39 %, comparativement à 53 % pour la même période l’an dernier.
À titre d’exemple, la Belgique affrontera la Nouvelle-Zélande le 27 juin au stade BC Place. Pour cette date, les taux d’occupation des hôtels de Vancouver se situent sous les 40 %, alors qu’ils s’élevaient à 56 % l’an dernier.
Le même phénomène est remarqué à Boston et dans la région de New York.
Le Brésil, l’une des équipes les plus populaires du monde, affrontera le Maroc au New Jersey samedi. Pour cette date, les taux d’occupation des hôtels de la région de New York s’établissaient récemment à 31 % comparativement à 43 % l’an dernier, selon CoStar.
Le tournoi se met en branle jeudi et toutes ces considérations deviendront bien secondaires d’ici la finale du 19 juillet. Le lendemain, les dirigeants de la FIFA se féliciteront d’avoir empoché 11 milliards de revenus. Les villes hôtesses, quant à elles, paieront leurs factures sans trop pouvoir mesurer ce qu’elles auront obtenu.

Le Stade de New York/New Jersey accueillera la grande finale le 19 juillet.
Photo : Getty Images / AFP/ANGELA WEISS


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